Mali : la rançon Émiratie, un nouveau carburant pour les groupes Jihadistes

Par : Mohammed CHOUAKI

Au Mali, la guerre ne se nourrit plus seulement des armes, des trafics et des rivalités communautaires. Elle se finance aussi par des versements opaques, discrets, et parfois dévastateurs pour l’équilibre sécuritaire régional. C’est tout le sens de l’affaire de la rançon attribuée aux Émirats Arabes Unis, présentée par plusieurs médias et par des sources sécuritaires comme l’une des plus importantes jamais payées dans le Sahel.

L’affaire remonte à l’enlèvement de ressortissants Émiratis, et d’un accompagnateur Iranien, dans un Mali en pleine dégradation sécuritaire. Selon les informations publiées, la libération des otages aurait été obtenue contre une somme évaluée à 50 Millions de Dollars, voire davantage selon certaines sources, ainsi que contre d’autres concessions dont la libération de prisonniers liés au groupe Jihadiste. Cette transaction, si elle est confirmée dans ses grandes lignes, dépasse le simple échange humanitaire : elle devient un acte de financement indirect d’une guerre insurrectionnelle.

Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, a bâti une partie de sa puissance sur les enlèvements contre rançon. Dans le Sahel, cette stratégie lui permet non seulement de remplir ses caisses, mais aussi de consolider ses réseaux, de payer ses combattants et de maintenir sa capacité de nuisance sur de vastes zones du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Autrement dit, chaque rançon exceptionnelle peut se transformer en carburant stratégique pour la guerre asymétrique menée contre l’État Malien et ses alliés.

Le montant avancé est particulièrement préoccupant. D’après les analyses citées par la presse, une somme de cet ordre offre au groupe une marge de manœuvre considérable : achat d’armes, logistique, soldes des combattants, renforcement des opérations et expansion régionale. En clair, un paiement destiné à sauver des vies peut, en retour, prolonger un conflit, encourager de nouveaux enlèvements et accroître la valeur des otages étrangers dans les calculs des groupes armés.

Au-delà de l’aspect financier, cette affaire révèle aussi une réalité diplomatique embarrassante. Les États qui négocient dans l’ombre pour protéger leurs ressortissants évitent souvent d’assumer publiquement le coût politique de ces transactions. Mais au Sahel, cette discrétion alimente une économie de guerre où les groupes Jihadistes savent que certains otages valent plus que d’autres, et que la nationalité peut devenir une prime de marché

Pour Bamako, l’enjeu est immense.

Le Mali affronte déjà une crise de souveraineté, une fragmentation de son territoire et une pression militaire constante sur les axes économiques et les populations civiles. Si une telle rançon a bien été versée, elle confirme une réalité brutale : la guerre Malienne ne se joue pas seulement sur le champ de bataille, mais aussi dans les négociations secrètes où l’argent, les prisonniers et les otages deviennent des armes à part entière.

Cette affaire pose enfin une question politique plus large : jusqu’où peut-on payer pour sauver des vies sans nourrir la machine qui les menace ? Dans le Sahel, la réponse semble de plus en plus difficile. Car chaque rançon record peut devenir, pour les groupes armés, une victoire tactique et une ressource durable pour poursuivre la guerre.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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