
Par : Dr Sofiane CHERFI
Après avoir atteint son niveau le plus bas depuis presque quarante ans par rapport au Dollar, la devise Japonaise a profité d’une action exceptionnelle des États-Unis. Une action visant à apaiser les marchés, mais qui ne s’attaque pas aux racines de sa vulnérabilité.
En juillet 2026, le Yen a touché un plancher historique, a monnaie Japonaise a atteint des niveaux dépassant 164 Yens pour un Dollar, un plus bas de 40 ans qui a semé l’inquiétude à Tokyo. La chute n’est pas passée inaperçue. Une intervention à deux voix le Japon est intervenu. Mais cette fois, il n’était pas seul.
Le Japon et les États-Unis ont annoncé avoir mené une intervention coordonnée pour contrer la faiblesse excessive du Yen face au Dollar. La Ministre des Finances Satsuki Katayama a confirmé que les deux pays ont travaillé ensemble pour vendre des Dollars et acheter des Yens, afin de freiner la volatilité sur les marchés.
Le résultat a été immédiat.
Le Yen a bondi jusqu’à atteindre 155,20 pour un Dollar, son niveau le plus élevé depuis près de trois mois. Mais une partie du mouvement s’est ensuite effacée. Une intervention peut freiner une chute, mais ne l’efface pas.
Pourquoi le yen chute-t-il ?
La réponse tient en un mot : les taux d’intérêt. Aux États-Unis, emprunter coûte cher. Au Japon, c’est encore bon marché. Des investisseurs empruntent donc au Japon, convertissent en Dollars et placent leur argent aux États-Unis. C’est ce qu’on appelle le carry Trade. Le Yen est depuis longtemps la monnaie de financement préférée pour ce type d’opérations, où les investisseurs empruntent à bas prix en Yens pour investir dans des actifs plus rémunérateurs ailleurs.
Résultat : des Yens sont vendus en masse. La devise s’affaiblit. Mais les taux ne sont pas l’unique explication. Le prix de l’énergie, la situation économique du Japon et les anticipations des marchés jouent aussi un rôle.
Gagnants d’un côté, perdants de l’autre
Un Yen faible a des effets opposés selon les acteurs. Les grandes entreprises Japonaises y gagnent. Leurs bénéfices à l’étranger, une fois convertis en Yens, sont plus élevés. Le tourisme aussi profite : le Japon devient moins cher pour les visiteurs étrangers. Mais pour les ménages et les petites entreprises, c’est une autre histoire.
La dépréciation du Yen a contribué à la hausse des prix à l’importation au Japon, alimentant des pressions inflationnistes qui pèsent sur les budgets des ménages.
Le pétrole, le gaz, les produits alimentaires : tout coûte plus cher.
Comment le Japon se défend-il ?
Au Japon, c’est le Ministère des Finances qui décide d’intervenir. La Banque du Japon exécute ensuite les ordres : elle achète des Yens sur le marché avec des devises étrangères, principalement des Dollars. Le Japon dispose de moyens considérables pour le faire. Mais les précédentes interventions n’ont pas suffi à stopper la chute durablement. Malgré les interventions menées en avril et mai 2026, et une hausse des taux en juin jusqu’à 1 %, le Yen a continué de glisser. Le montant exact dépensé lors de l’opération de fin juillet n’est pas encore connu officiellement. L’intervention Japonaise, estimée à environ 85 milliards de dollars sur deux jours, serait la plus importante de son histoire hors octobre 2011.
Pourquoi les États-Unis ont-ils agi ?
L’intervention coordonnée est la première opération conjointe États-Unis–Japon pour acheter des Yens depuis 1998. Pourquoi Washington a-t-il bougé ? Plusieurs raisons, toutes liées à ses propres intérêts.
☞ Première raison : le commerce.
L’intervention correspond aussi aux intérêts Américains : Washington veut éviter que sa balance commerciale se creuse davantage à cause d’un Yen trop faible, qui rend les exportations Japonaises moins chères.
☞ Deuxième raison : la dette Américaine.
Le Japon est le plus grand détenteur étranger de bons du Trésor Américain. Une forte dépréciation du Yen pourrait le pousser à vendre massivement ces titres pour financer ses interventions, ce qui déstabiliserait les marchés obligataires Américains et ferait monter les taux.
☞ Troisième raison : la stabilité Mondiale.
Le Président Trump a indiqué que les États-Unis avaient participé à l’intervention en signe de soutien au Japon et dans l’intérêt de la stabilité économique Mondiale.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré ne pas hésiter à participer à de nouvelles interventions communes. Un détail technique important, l’intervention Américaine a été réalisée via le croisement Euro-Yen plutôt que directement en Dollar-Yen. En d’autres termes, Washington a vendu des Euros pour acheter des Yens. Pas des Dollars. Cela lui permettait d’aider le Japon sans sembler chercher à affaiblir sa propre monnaie.
Le rôle Américain était plus symbolique que massif, mais il a amplifié l’effet en signalant la volonté de Washington de s’engager. Ce que cette intervention n’est pas Il ne s’agit pas d’un plan de sauvetage. Les États-Unis n’ont pas financé le Japon. Ils ont acheté une monnaie sur le marché.
Tokyo a fait de même avec ses propres réserves. Ce sont deux opérations distinctes, menées en parallèle. L’objectif n’est pas de prendre en charge l’économie Japonaise. C’est de stabiliser un marché dont les turbulences peuvent affecter les deux pays. Le vrai problème reste entier l’intervention a envoyé un message fort aux spéculateurs. Elle change le calcul pour ceux qui misent sur la baisse du Yen. Si les investisseurs voient le risque d’intervention comme une menace coordonnée et réelle, ils deviendront plus prudents face aux positions vendeuses sur le yen.
Mais les causes profondes, n’ont pas disparu. Un yen plus fort exige, à terme, un resserrement de la politique monétaire japonaise plutôt que des interventions répétées. La Banque du Japon le sait. Mais elle avance prudemment une hausse trop rapide des taux pèserait sur les crédits, les entreprises et la croissance.
L’intervention peut acheter du temps, mais c’est une mesure à court terme. Sur le long terme, il faudrait convaincre les investisseurs Japonais de revenir vers les actifs en Yens.
Par : Dr Sofiane CHERFI – Villeneuve d’Ascq
Views: 6