Mali : Goïta appelle à la réconciliation, les contours du dialogue restent à préciser

Par : Mohammed CHOUAKI

À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Mali, Assimi Goïta a réaffirmé son ouverture au dialogue et à la « réconciliation entre frères Maliens », tout en maintenant la priorité accordée à la défense de l’intégrité territoriale . Les comptes rendus de son intervention ne précisent toutefois ni les interlocuteurs envisagés ni le calendrier d’éventuelles discussions, laissant ouverte la question de la portée politique de cet appel

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Une ouverture dans le discours, mais pas encore de processus de négociation précisément défini : c’est ce qui ressort de l’adresse à la nation prononcée lundi 21 septembre 2026 par le Président de la Transition Malienne, à la veille de la fête de l’indépendance . Assimi Goïta s’est dit « ouvert au dialogue et à la réconciliation entre frères Maliens », affirmant également que le pays restait disponible pour accueillir ceux qui souhaitent contribuer à sa construction .

Une ouverture accompagnée d’un message de fermeté

Cette main tendue ne s’accompagne pas d’un abandon de la ligne sécuritaire : le Dirigeant Malien a réaffirmé sa détermination à défendre l’Unité Nationale et annoncé un renforcement de la lutte contre l’insécurité et les groupes armés terroristes (KOACI). Son intervention associe ainsi un appel à la cohésion entre Maliens à la poursuite des efforts militaires, sans détailler l’articulation entre ces deux orientations.

L’enjeu sera donc de savoir à qui s’adresse concrètement cette proposition.

Un dialogue national ne prendrait pas la même signification selon qu’il réunirait uniquement des acteurs déjà engagés auprès des autorités ou qu’il permettrait également la participation de forces contestataires, de représentants des différentes communautés et d’interlocuteurs aujourd’hui éloignés de Bamako.

À ce stade, les comptes rendus consultés ne font état ni d’une liste de participants ni de garanties de participation ni d’un dispositif précis de négociation. Il convient donc de distinguer l’expression d’une disponibilité politique de l’ouverture effective de discussions inclusives.

L’accord d’Alger, une question distincte

L’hypothèse d’un retour à l’accord de paix de 2015 ne peut, en l’état, être déduite de cette déclaration : les comptes rendus du discours ne mentionnent aucune annonce en ce sens. Le texte issu du processus d’Alger avait été signé entre l’État Malien et des groupes armés du nord du pays, sous médiation internationale conduite par l’Algérie.

La chronologie est importante : Bamako y a officiellement mis fin le 25 janvier 2024, et non dans l’immédiat après-coup du renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020. Pour justifier cette rupture, les Autorités Maliennes avaient invoqué le changement de posture de certains groupes signataires et accusé les autorités Algériennes d’« actes d’hostilité », selon le communiqué rapporté par l’AFP.

Passer de l’appel politique aux garanties concrètes

L’appel de septembre 2026 s’inscrit aussi dans une succession d’initiatives nationales : un dialogue inter-Malien avait déjà été organisé en 2024, mais sans les groupes séparatistes et jihadistes, comme le rappelle l’International Crisis Group.

Dans son dernier discours, Assimi Goïta a également évoqué la Charte pour la paix et la réconciliation nationale ainsi que l’Observatoire de la paix et de la réconciliation nationale, créé le 2 mars 2026.

La question n’est donc pas seulement celle de l’existence d’un cadre institutionnel, mais de sa capacité à accueillir les désaccords et à rétablir la confiance. Le choix des participants, les garanties offertes et la possibilité d’aborder les causes politiques des divisions seront déterminants pour apprécier la portée de cette ouverture.

Pour donner corps à la réconciliation, les prochaines étapes devront permettre de répondre à trois questions simples : avec qui dialoguer, sur quels sujets et avec quels engagements ? C’est à cette aune que pourra être mesurée la distance entre l’appel à l’unité et la construction d’un compromis durable.

Sources : Studio Tamani – Panafricain Media – Le Monde – La Presse        

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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