Joseph Kraft : Le journaliste Américain qui a fait basculer l’histoire de l’Algérie

Par : Abdelkader REGUIG

Un observateur privilégié au cœur du maquis

Joseph Kraft (1924–1986) était un journaliste, essayiste et éditorialiste politique Américain de renom. Il s’est d’abord illustré en tant que rédacteur pour les rubriques dominicales du New York Times entre 1953 et 1957.

En 1957, en pleine guerre de Libération Nationale, Kraft a été convié à effectuer une visite exceptionnelle au Maquis de l’Ouarsenis (Zone 7, Secteur W5). Ce voyage, organisé par le MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales) et dirigé par Si M. Mohammed Khelladi, alors Directeur de la Documentation et de la Recherche (DDR), a permis de capturer de nombreuses photographies historiques du Maquis.

Le livre de référence sur la guerre d’Algérie

Fin observateur des affaires internationales, Joseph Kraft a publié en 1961 un ouvrage de référence intitulé The Struggle for Algeria (La lutte pour l’Algérie). Ce livre a été salué pour la profondeur de son analyse du conflit Algérien. Bien que l’édition originale de 1961 soit devenue très rare, ce travail historique a été préservé grâce à des rééditions patrimoniales sous forme de fac-similés (notamment par Hassell Street Press en 2021). Bien que ces rééditions soient aujourd’hui épuisées sur des plateformes comme Amazon, elles restent des témoignages précieux.

Un rôle politique clé auprès de John F. Kennedy

Grâce à son expérience de terrain en Algérie, Joseph Kraft a joué un rôle de conseiller et d’informateur privilégié. Il a brièvement servi de rédacteur de discours pour John F. Kennedy lors de sa campagne Présidentielle de 1960, avant de retourner au journalisme indépendant. C’est en grande partie grâce aux informations et aux analyses de Kraft que Kennedy a pris conscience de la réalité du combat libérateur Algérien.

John F. Kennedy et la cause Algérienne : un tournant historique

Élu 35e Président des États-Unis le 8 novembre 1960 (et investi le 20 janvier 1961), John F. Kennedy est devenu l’un des plus fervents soutiens internationaux à l’indépendance de l’Algérie. Contrairement à la politique de l’administration Eisenhower, qui s’alignait sur la position Française, Kennedy a très tôt affirmé le droit du peuple Algérien à l’Autodétermination.

Sa position s’est articulée autour de plusieurs moments clés :

-1 Le « Discours Algérien » de 1957 (Le grand tournant)

Le 2 juillet 1957, alors qu’il est encore jeune Sénateur du Massachusetts, Kennedy prononce un discours retentissant devant le Sénat Américain, connu sous le nom de The Algerian Speech. Il y dénonce ouvertement l’impérialisme et le colonialisme Français, qualifie l’indépendance Algérienne         d’« inévitable » et exhorte la France à ouvrir les yeux. Ce discours provoque un séisme politique à Washington et à Paris, mais il contribue à internationaliser la cause Algérienne à l’ONU, offrant une victoire diplomatique majeure au FLN.

-2 Une vision stratégique pendant la Guerre froide :

La position de Kennedy n’était pas seulement idéaliste, elle était hautement stratégique. Il craignait que l’aveuglement de la France ne pousse les nationalistes Algériens et le Monde Arabe dans les bras de l’Union Soviétique ou de la Chine Communiste. Pour lui, soutenir la décolonisation était le meilleur moyen pour l’Occident de s’allier avec les nouveaux États émergents.

-3 Sa Présidence et la reconnaissance de l’Algérie :

Devenu Président en 1961, il modère son ton pour ne pas rompre définitivement avec le Général de Gaulle, mais il maintient la pression pour pousser la France à négocier. Dès l’indépendance proclamée en juillet 1962, les États-Unis reconnaissent Officiellement le nouvel État. En octobre 1962, JFK accueille chaleureusement le premier Chef de Gouvernement Algérien, Ahmed Ben Bella, à la Maison-Blanche, rappelant avec fierté son discours de 1957.

Une carrière journalistique marquante

Au-delà de son passage au New York Times, Joseph Kraft s’est distingué comme l’une des plumes politiques les plus influentes de Washington. Ses chroniques syndiquées étaient publiées dans plus de 200 journaux à travers les États-Unis. Ses analyses pointues sur la politique étrangère Américaine et son opposition très précoce à la guerre du Vietnam lui ont d’ailleurs valu de figurer sur la célèbre « liste des opposants politiques » du Président Richard Nixon.

Contact: orarexe@gmail.com

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