« Fuir pour survivre » : à Ceuta, des centaines de femmes et d’enfants migrants coincés entre violence et incertitude

Par : Mohammed CHOUAKI

À Ceuta, enclave Espagnole en Afrique du Nord, des centaines de femmes et d’enfants Marocains ont trouvé un refuge de fortune sur un terrain de football après avoir fui violences familiales, mariages forcés et abus sexuels. Mais loin d’être en sécurité, beaucoup dorment dans la rue, exposées à de nouveaux dangers, tandis que les autorités peinent à répondre à l’urgence humanitaire et judiciaire.

Un terrain de football transformé en refuge improvisé

Dans le quartier de La Reina, en périphérie de Ceuta, un terrain de football géré par des habitants est devenu le seul abri sûr pour environ 300 femmes et enfants Marocains. « Nous avons commencé à constater des cas d’extrême vulnérabilité et de viols parmi les filles dormant dehors, alors nous avons décidé de leur offrir un abri et un refuge », explique Abdelah Mustafa, Président de l’Association de quartier Sidi Embarek, à l’origine de cet espace.

Parmi elles, Wiam, 16 ans, qui a traversé la frontière à la nage pour échapper à un père violent : « Mon père voulait abuser de moi au Maroc et m’a menacée de mort si je rentrais. Je devais lui échapper et changer de vie », confie-t-elle. Comme elle, des dizaines de jeunes filles répètent la même phrase : « Si je retourne là-bas, mon père me tuera. »

Des violences sexuelles en hausse, des mineures en première ligne

La situation sanitaire et judiciaire est alarmante. Le Docteur Enrique Roviralta, médecin au CHU de Ceuta, confirme une augmentation des agressions sexuelles sur des mineures Marocaines. Les autorités sanitaires ont déjà confirmé quatre cas de viols sur mineures, tandis que six plaintes ont été déposées au total.

Le Ministère Espagnol de l’Égalité a alerté sur un « risque extrême » de violences sexuelles et de traite pour ces femmes et enfants, beaucoup dormant dans la rue faute de places en foyer. Save the Children souligne que l’absence d’identification et de logement sécurisé expose particulièrement les filles à l’exploitation et aux réseaux criminels.

Une réponse institutionnelle débordée

Les autorités espagnoles peinent à faire face à l’afflux massif de migrants depuis le 30 juillet 2026. Selon la ministre de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, 1 342 mineurs sont enregistrés dans le système d’accueil de Ceuta, mais des centaines d’autres resteraient cachés dans des zones boisées ou des quartiers périphériques.

La ville ne dispose que de 90 places d’accueil pour mineurs, alors qu’environ 1 100 enfants auraient besoin d’une prise en charge immédiate. Face à l’urgence, des voisines et des bénévoles ont ouvert leurs portes pour protéger ces migrantes, tandis que la police enquête sur plusieurs viols présumés, sans arrestation à ce stade.

Un avenir incertain entre protection et expulsion

Pour ces femmes et enfants, l’avenir reste suspendu entre l’espoir d’une protection en Espagne et la crainte d’un retour forcé au Maroc. « Elle vit désormais dans la rue mais elle ne souhaite pas retourner au Maroc, où son père la frappait », rapporte RTVE au sujet d’une adolescente de 16 ans.

Les associations réclament des espaces sécurisés, une identification rapide et un accompagnement spécialisé, notamment pour les mineures non accompagnées. Mais tant que les structures d’accueil restent saturées et que les procédures judiciaires n’aboutissent pas, le sort de ces centaines de migrantes demeure incertain, entre violence subie et violence redoutée.

Sources principales : La Dépêche, RTVE, Euronews, Le Populaire, BFMTV, Save the Children, Ministerio de Igualdad (Espagne).

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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