La nourriture qui n’arrive jamais à la table : combien l’Algérie perd-elle avant même que le consommateur ne mange ?

Par : Dr Amina SALHI

Une nouvelle lecture de la sécurité alimentaire à travers les pertes invisibles

Lorsque nous parlons de sécurité alimentaire, nous pensons généralement à la production : combien produisons-nous ? Combien importons-nous ? De quelles quantités avons-nous besoin ?

Mais une autre question mérite aujourd’hui une place centrale dans le débat national :

Combien d’aliments produits en Algérie n’arrivent jamais jusqu’à la table du consommateur ?

Entre le champ et l’assiette, les aliments traversent une longue chaîne : récolte, stockage, transport, chaîne du froid, transformation, distribution, commercialisation et consommation. À chacune de ces étapes, une partie peut être perdue, dégradée ou voir sa valeur économique diminuer.

C’est là que se trouve une partie de la perte invisible.

Lorsqu’un kilogramme d’aliment est perdu, nous ne perdons pas uniquement l’aliment. Nous perdons également une partie de l’eau, de l’énergie, des terres, du travail et des ressources financières mobilisés pour le produire, le transporter et le conserver.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, environ 13,2 % des aliments sont perdus dans le monde entre l’après-récolte et avant le commerce de détail, tandis qu’environ 19 % supplémentaires sont gaspillés au niveau du commerce de détail, de la restauration et des ménages.

Mais pour l’Algérie, la question n’est pas seulement : Combien perdons-nous ?

Elle est aussi : Où perdons-nous ? Pourquoi ? Et comment transformer ces pertes en opportunité alimentaire et économique ?

Une première étape pourrait consister à développer une véritable cartographie nationale des pertes alimentaires par filière : céréales, fruits, légumes, lait, viandes et autres produits stratégiques.

Il deviendrait alors possible d’identifier avec précision les principaux points de perte : stockage insuffisant, transport, chaîne du froid, conditionnement, normes de commercialisation ou encore comportements de consommation.

La technologie peut également devenir un levier important : amélioration de la chaîne du froid, emballages innovants, meilleure prévision de la demande, traçabilité et valorisation des produits qui ne trouvent pas leur place sur le marché malgré leur potentiel de transformation ou leur conformité à la consommation.

Réduire les pertes alimentaires n’est donc pas seulement une question environnementale.

C’est aussi une question de sécurité alimentaire, d’économie et de qualité.

Préserver une partie des aliments déjà produits peut permettre d’augmenter la disponibilité alimentaire sans nécessairement augmenter dans les mêmes proportions la pression exercée sur les terres, l’eau et l’énergie.

Ainsi, la question stratégique de demain pour l’Algérie ne devrait peut-être pas être uniquement :

Comment produire davantage ? Mais également : Comment perdre moins ?

Une Algérie qui ambitionne de renforcer sa sécurité alimentaire doit non seulement produire, mais aussi protéger la qualité des aliments, assurer leur arrivée jusqu’au consommateur et réduire ce qui disparaît tout au long de la chaîne.

Peut-être que l’un des grands défis de la sécurité alimentaire commence précisément là où nous regardons encore trop peu :

dans la nourriture que nous produisons aujourd’hui mais qui n’arrive jamais sur la table des Algériens.

Par : Dr Amina SALHI – Alger

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