
Par : Mohammed CHOUAKI
Ce vendredi 11 septembre marque le 25e anniversaire des attentats les plus meurtriers de l’histoire moderne. Si le Monde Occidental découvrait alors l’ampleur de la menace terroriste Islamiste, l’Algérie, elle, la combattait déjà depuis près d’une décennie dans l’indifférence quasi Générale. Un quart de siècle plus tard, retour sur un basculement qui a rapproché Alger et Washington, avant de faire naître, aux portes du Sahara Algérien, une nouvelle menace : AQMI.
Le 11 septembre 2001, dix-neuf terroristes d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne aux États-Unis, causant la mort de 2 977 personnes à New York, à Washington et en Pennsylvanie. Un choc pour l’Amérique et pour le Monde entier — mais pas pour l’Algérie, qui vivait depuis 1992 sa propre tragédie, largement ignorée par les capitales Occidentales de l’époque.
Une Algérie qui « savait » depuis dix ans
Lorsque les tours du World Trade Center s’effondrent sous les caméras du Monde entier, l’Algérie sort à peine d’une décennie de violence Islamiste — la « décennie noire » — qui a fait, selon les estimations, entre 60 000 et 150 000 morts depuis l’interruption du processus électoral de 1992.
Le Front Islamique du Salut (FIS), puis le Groupe Islamique Armé (GIA), avaient plongé le pays dans une guerre civile marquée par des massacres de masse, sans que la communauté internationale n’y voie autre chose qu’une « affaire intérieure » Algérienne.
C’est dans ce contexte que les Autorités Algériennes multiplient, dès les années 1990, les mises en garde sur l’internationalisation du phénomène islamiste armé — des avertissements longtemps balayés par les diplomaties Occidentales, jusqu’à ce que le 11-Septembre leur donne, rétrospectivement, une résonance nouvelle.
Fait révélateur : dès mars 2001, six mois avant les attentats, le directeur du FBI Louis Freeh s’était rendu à Alger pour solliciter la coopération Algérienne dans la traque du réseau d’Oussama Ben Laden.
Bouteflika, premier Chef d’État à tendre la main à Bush
Le jour même des attentats, le Président Abdelaziz Bouteflika adresse un message à George W. Bush, se disant « horrifié » par ce « déferlement effroyable d’une violence aussi abjecte que de la dernière lâcheté », qu’il qualifie de « marque ignoble du terrorisme aveugle ».
L’Algérie devient ainsi l’un des tout premiers pays au monde à condamner les attaques et à proposer sa coopération dans la lutte antiterroriste.
Quelques semaines plus tard, lors d’une entrevue avec le Président Américain, Bouteflika Officialise cette offre de coopération sécuritaire, ouvrant une nouvelle ère dans les relations entre Alger et Washington (Wikipédia, Abdelaziz Bouteflika). Le partenariat antiterroriste Algéro-Américain, resté relativement discret jusqu’alors, s’intensifie rapidement : échanges de renseignement, coopération judiciaire, formation des forces de sécurité. L’Algérie, longtemps tenue à distance en raison de son passé de guerre civile, devient un partenaire stratégique incontournable de Washington dans la région.
Sur le plan intérieur, ce basculement international profite également au pouvoir Algérien : la légitimité de la lutte contre les groupes Islamistes armés, jusque-là contestée par une partie de l’opinion et des observateurs étrangers, se trouve « profondément renforcée » après le 11-Septembre, comme le note un rapport du CERI de Sciences Po. Le débat interne Algérien, entre partisans de la réconciliation nationale et tenants d’une ligne plus dure, s’en trouve lui aussi ravivé, une partie de l’élite reprochant à la communauté internationale son silence passé face à un fléau qu’elle découvrait seulement à ses propres dépens.
De la « guerre contre le terreur » à la naissance d’AQMI
Mais ce rapprochement stratégique a aussi eu un revers, dont le Sahel paie aujourd’hui encore le prix. Intégré par l’administration Bush dans sa politique de lutte antiterroriste au « Grand Moyen-Orient », le Maghreb devient, après 2001, un théâtre à part entière de la « guerre contre le terreur » . C’est dans ce contexte que le Groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), héritier du GIA Algérien, se rallie en 2006 à la mouvance d’Al-Qaïda pour donner naissance à Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), qui essaime rapidement vers le Sahel.
Deux décennies plus tard, cette nébuleuse continue de déstabiliser une bande Sahélo-Saharienne entière — Mali, Niger, Burkina Faso — profitant du chaos Libyen post-2011 et de la porosité des frontières pour recruter, trafiquer et frapper, obligeant l’Algérie à renforcer continuellement la surveillance de ses frontières Sud.
Un paradoxe amer pour Alger : le pays qui avait vu venir la menace Islamiste avant tout le Monde se retrouve, un quart de siècle après le 11-Septembre, en première ligne face à ses métastases régionales.
Un anniversaire chargé de sens pour l’Algérie
Vingt-Cinq Ans après les attentats de New York, Washington et Shanksville, le 11-Septembre demeure, pour l’Algérie, bien davantage qu’un souvenir venu d’ailleurs. Il marque le moment où son propre combat contre le terrorisme Islamiste, mené seule et à un coût humain considérable pendant toute la décennie noire, a enfin trouvé un écho international — au prix, aussi, d’une région Sahélienne durablement fragilisée par la dissémination du phénomène Jihadiste qu’elle a elle-même contribué, la première, à repousser hors de ses frontières.
Alors que les cérémonies du souvenir se multiplient cette semaine à New York et à travers le Monde, cet anniversaire invite aussi à relire l’histoire Algérienne du terrorisme non comme un simple chapitre national, mais comme l’un des premiers actes d’une menace globale que l’Occident n’a pris pleinement la mesure qu’après avoir été, lui aussi, frappé en plein cœur.
Sources : Wikipédia – Guerre civile Algérienne – Sciences Po CERI – Carnegie Endowment – Relations Algérie-USA – Chronique des groupes armés – Le Monde – Open Edition – Année du Maghreb – iReMMO – Africa Center for – Strategic – Studies – Policy Center for – the New South
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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