DIPLOMATIE – MAGHREB / GOLFE – L’Algérie rompt ses relations diplomatiques avec les Émirats Arabes Unis

Par : Rédaction Lakoom.fr   

Jeudi 10 septembre 2026

Après des années d’accusations croisées et de tensions grandissantes, Alger a fini par claquer la porte. Jeudi 10 septembre 2026, le Ministère Algérien des Affaires Etrangères a annoncé la rupture pure et simple des relations diplomatiques entre l’Algérie et les Émirats Arabes Unis, mettant un terme à une relation bilatérale minée depuis plusieurs années par des soupçons d’ingérence et de déstabilisation régionale.

Un communiqué sans détour

C’est la télévision publique Algérienne qui a diffusé l’information en premier, relayant un communiqué du Ministère des Affaires Etrangères indiquant que la décision intervenait « après avoir épuisé tous les moyens susceptibles de préserver les relations bilatérales ». Un texte bref, mais sans ambiguïté, confirmé dans la foulée par plusieurs agences internationales, dont l’AFP et Reuters (Mediapart ; Zonebourse).

Selon des précisions rapportées par Morocco World News, le Ministère Algérien des Affaires Etrangères a convoqué l’Ambassadeur Emirati à Alger dès jeudi pour lui notifier Officiellement la décision, en lui laissant un délai de 48 heures pour s’y conformer. Dans sa déclaration, le Ministère accuse Abou Dhabi d’un « comportement hostile persistant », affirmant que l’Algérie avait fait preuve « d’une grande retenue et d’un sens élevé des responsabilités » face à des « actions de plus en plus provocatrices », tout en ayant averti la partie Emiratie des « graves conséquences » que son attitude pourrait entraîner. Ces mises en garde, selon le texte, « sont restées lettre morte » .

Du côté d’Abou Dhabi, aucune réaction Officielle n’avait été enregistrée au moment de l’annonce.

Des années de brouille diplomatique

Cette rupture ne surgit pas de nulle part. Depuis l’arrivée au pouvoir de Mohamed Ben Zayed à Abou Dhabi en 2022, les relations Algéro-Emiraties n’ont cessé de se dégrader, sur fond de divergences politiques et de rivalités d’influence régionale. Le Président Abdelmadjid TEBBOUNE n’a eu de cesse, ces derniers mois, de dénoncer publiquement — sans toujours le nommer explicitement — un    « pays du Golfe » accusé de mener une politique hostile à l’Algérie.

Dès octobre 2025, le Chef de l’État Algérien évoquait déjà, à mots à peine couverts, des tentatives d’ingérence :       « Nous avons des problèmes avec celui qui vient chercher à semer le désordre dans notre maison. Et pour des raisons suspectes ! Il s’ingère dans des choses pour lesquelles on a empêché même les grandes puissances ! »

Le ton est monté d’un cran lors d’une interview télévisée diffusée le 7 février 2026, dans laquelle TEBBOUNE a qualifié les Émirats de « mini-État » à l’« impact très négatif », lançant cette formule restée dans toutes les mémoires : « Là où ils mettent le pied, le sang coule, c’est grave et nous avons des preuves ».

Il y accusait également Abou Dhabi d’avoir tenté de s’immiscer dans les scrutins Présidentiels Algériens :                            « Ils s’immiscent dans nos élections, dans la première puis la deuxième élection. Ils se sont mêlés de telle et telle autre affaire ».     

Le Président Algérien a par ailleurs mis en cause l’implication financière Emiratie dans plusieurs foyers de conflit de la région : « Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan », dénonçant une stratégie de déstabilisation visant selon lui à isoler l’Algérie et à réduire son influence au Sahel — une zone que Alger considère traditionnellement comme relevant de sa sphère de sécurité naturelle. En creux, plusieurs analyses pointent aussi des accusations Algériennes selon lesquelles Abou Dhabi favoriserait les intérêts du Maroc, rival régional de l’Algérie.

Fait notable : TEBBOUNE a toujours pris soin d’opposer ce discours très dur à l’égard des Émirats à des propos nettement plus chaleureux envers les autres monarchies du Golfe, évoquant des relations « plus que fraternelles » avec l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Koweït ou encore l’Égypte.

La rupture aérienne, premier signal fort

Le premier acte concret de cette escalade remonte à février 2026, lorsque l’Algérie a dénoncé la convention bilatérale régissant les services aériens entre les deux pays, signée en mai 2013 et ratifiée par décret Présidentiel en décembre 2014. En invoquant l’article 22 de l’accord, Alger a enclenché une procédure de retrait qui met fin, de fait, aux liaisons directes entre Alger et Dubaï.

La compagnie Emirates a depuis confirmé la fin programmée de sa desserte Algérienne, précisant qu’elle maintenait ses vols « comme prévu » dans l’immédiat mais que son tout dernier vol, le EK757, décollerait d’Alger le 3 février 2027. Un compte à rebours qui, à l’époque déjà, laissait présager une dégradation encore plus profonde des relations entre les deux capitales.

L’affaire Aissiou, la goutte de trop ?

Autre épisode qui a nourri l’exaspération Algérienne dans les jours précédant la rupture : selon des révélations publiées début septembre par le site TSA Algérie, un homme d’affaires mandaté par Abou Dhabi aurait multiplié les démarches en Espagne pour empêcher l’extradition d’Ayoub Aissiou, ancien homme d’affaires Algérien visé par un mandat d’arrêt international et condamné dans son pays pour corruption. Des sources citées par le média évoquaient déjà un possible           « casus belli » si l’implication émiratie venait à être confirmée.

Une décision qui couvait depuis longtemps

Dès janvier 2026, des médias proches du pouvoir Algérien évoquaient déjà la possibilité d’une rupture imminente, alimentée notamment par des accusations de soutien Emirati au Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), organisation classée « terroriste » par Alger. Un climat de défiance qui s’était d’ailleurs déjà traduit, sur le plan protocolaire, par le remplacement discret de l’Ambassadeur Algérien à Abou Dhabi, admis à la retraite à compter du 15 octobre 2025.

En juillet 2026 encore, TEBBOUNE assurait ne pas vouloir aggraver les divisions au sein du Monde Arabe, tout en laissant entendre que la patience Algérienne touchait à sa fin : « Il y a beaucoup de divisions dans le monde Arabe et nous ne voulons pas aggraver la situation. Sinon, cela fait longtemps que nous aurions rompu nos relations avec ce Micro-État, duquel il n’émane qu’humiliation et discorde ».

Repères Chronologiques

• Mai 2013 – décembre 2014 : signature puis ratification de la convention aérienne Algéro-Emiratie.

• Octobre 2025 : premières accusations publiques de TEBBOUNE contre une ingérence Emiratie dans les affaires intérieures Algériennes.

• 15 octobre 2025 : fin de fonction de l’Ambassadeur Algérien à Abou Dhabi.

• Janvier 2026 : médias Algériens évoquant une possible rupture, sur fond d’accusations de soutien au MAK.

• 7 février 2026 : TEBBOUNE qualifie les Émirats de « Mini-État » et évoque des ingérences électorales.

• 10 février 2026 : dénonciation par l’Algérie de la convention aérienne bilatérale.

• Début septembre 2026 : révélations sur une possible intervention Emiratie dans l’affaire Aissiou.

• 10 septembre 2026 : annonce Officielle de la rupture des relations diplomatiques.

Et maintenant ?

Le communiqué Algérien, volontairement succinct, ne précise pas encore le sort réservé aux représentations diplomatiques et consulaires des deux pays, ni le calendrier exact de mise en œuvre de la rupture. Sur le plan aérien, la fin de la desserte Alger-Dubaï, déjà actée depuis février, matérialisera concrètement cette rupture dès février 2027. Reste à savoir comment Abou Dhabi choisira de répondre à une décision qui referme, pour l’heure, un chapitre entier de la diplomatie Algérienne dans le Golfe.

Sources : L’Économiste Maghrébin – TSA Algérie – Aviation Week – La Radio des Sans Voix ; Tunisie Numérique – Le Figaro – Reuters – Morocco World News –

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