Législatives Algériennes : une correction a posteriori, une légitimité toujours en question

Par : Mohammed CHOUAKI

En annulant des milliers de voix dans cinq Wilayas, la Cour Constitutionnelle corrige certaines irrégularités du scrutin du 2 juillet 2026, mais ne rétablit pas la confiance dans un processus marqué par une abstention historique et de nombreuses contestations. La décision, intervenue le jour même de la proclamation des résultats définitifs, illustre une volonté de « nettoyer » a posteriori les excès les plus visibles, tout en maintenant intacte l’architecture dominante du Parlement.

Une intervention tardive mais ciblée

La Cour Constitutionnelle a annoncé, ce samedi 18 juillet, les résultats définitifs des législatives, après avoir examiné les recours déposés par les listes et candidats contestataires. Sa Présidente, Leïla Aslaoui, a signalé que plusieurs Milliers de Voix ont été invalidées dans « certaines Wilayas » en raison d’irrégularités confirmées ayant affecté la « sincérité du scrutin ». Les départements visés sont clairement identifiés : Alger, Bouira, Djelfa, Batna et Oran.

Cette intervention est tardive au sens politique : elle intervient après la clôture des urnes, le dépouillement, la transmission des procès-verbaux et la période de recours. Mais elle est ciblée au sens stratégique : les annulations ne bouleversent pas la répartition globale des sièges, tout en frappant des formations clés du système. À Alger, la circonscription la plus touchée, les voix de la liste du Front El Moustakbal ont été invalidées dans 57 bureaux de vote, avec un foyer critique dans la commune de Bourouba. À Bouira, le même Parti est sanctionné dans plusieurs communes (Bir Ghbalou, El Kadiria, El Djahabia, Aïn Bessem, Lakhdaria, Sour El Ghozlane). À Djelfa, à Hassi Bahbah, la Cour a annulé la totalité des voix de la liste du Parti de l’Unité Nationale et du Développement, ainsi que l’ensemble des suffrages du RND dans tous les bureaux de cette commune.

Le poids symbolique des annulations

Ces mesures ne sont pas anodines. Elles visent des formations majeures du système, dont le FLN, le RND et le Front El Moustakbal, selon les comptes rendus de la conférence de presse de la Cour. En Invalidant des voix dans des Wilayas stratégiques — la capitale, un département du centre (Bouira), une Wilaya des Hauts-Plateaux (Djelfa), une grande ville de l’Est (Batna) et un pôle économique de l’Ouest (Oran) —, la décision envoie un signal à la fois technique et politique.

Technique, car elle confirme que des irrégularités ont été constatées et jugées suffisamment graves pour annuler des suffrages. Politique, car elle montre que la haute juridiction est prête à sanctionner des Partis qui structurent la majorité Parlementaire, sans pour autant remettre en cause leur position dominante. Autrement dit : la Cour corrige les excès, mais ne remet pas en cause l’équilibre d’ensemble.

Abstention et bulletins nuls : une crise de légitimité

Le scrutin, lui, reste marqué par une crise de légitimité difficile à ignorer. Le taux de participation s’établit à 21,24% à l’intérieur du Pays, le plus faible jamais enregistré pour une consultation législative en Algérie, sur un corps électoral de 23 872 756 inscrits. Sur 5 071 020 votants recensés, 910 230 enveloppes ont été invalidées, ramenant les suffrages valablement exprimés à 4 160 790 voix. La Cour a confirmé que « près d’un million (959 689) de bulletins de vote ont été déclarés nuls pour diverses raisons », avant de valider les procès-verbaux.

Ces chiffres racontent une double défiance : celle des électeurs qui ne se déplacent pas, et celle de ceux qui se déplacent mais voient leur vote invalidé. Dans un contexte où l’opposition et une partie de la société civile contestaient déjà la crédibilité du processus, ces données pèsent lourdement sur la lecture politique des résultats. Les annulations ciblées de la Cour, aussi justifiées soient-elles sur le plan juridique, ne réparent pas cette fracture.

L’exemple de Barika : la question des listes électorales

En amont de la proclamation, plusieurs Partis avaient déposé des recours, alimentant le contentieux électoral. Le Mouvement El Bina, par exemple, a dénoncé des cas de « votes de personnes décédées » dans la Wilaya de Barika (commune d’Abdelkader Azzil), évoquant au moins 25 cas répartis sur trois bureaux de vote et plus de 2 000 voix contestées, et a saisi la Cour Constitutionnelle pour « récupérer les suffrages » perdus. Ces accusations, même si elles doivent être vérifiée au cas par cas, illustrent la tension autour de la fiabilité des listes électorales et du contrôle des bureaux de vote.

La question des listes électorales est récurrente en Algérie. Elle renvoie à la transparence des fichiers, à la mise à jour des décès et des déménagements, et à la capacité des Partis et des observateurs à contrôler effectivement les opérations de vote. Dans un climat post-électoral marqué par la défiance, chaque affaire de ce type alimente le récit d’un scrutin         « sous contrôle », où la marge de manœuvre des acteurs hors du système est réduite.

Un statuquo parlementaire qui en dit long

Malgré ces annulations, la hiérarchie politique issue du scrutin reste globalement inchangée. La nouvelle Assemblée Populaire Nationale (APN) se présente ainsi : FLN (91 sièges), RND (74), Front El Moustakbal (56), MSP (43), Mouvement El Bina (40), indépendants (33), complétés par d’autres formations (Sawt Echaâb : 16 ; FFS : 12 ; PLJ et El Fadjr El Djadid : 6 chacun, etc.).

Ce statuquo est politiquement significatif. Il montre que la « correction » opérée par la Cour ne vise pas à redistribuer les cartes, mais à éliminer les irrégularités les plus criantes tout en maintenant la structure dominante du Parlement. Pour les partisans d’une alternance ou d’une refonte du système, ce résultat confirme que les mécanismes électoraux, même ajustés a posteriori, restent insuffisants pour produire une représentation perçue comme véritablement compétitive.

Vers quelle crédibilité électorale ?

La décision de la Cour Constitutionnelle peut être lue comme un signal positif : l’institution assume un rôle de régulateur, capable de sanctionner des irrégularités, même lorsqu’elles impliquent des partis majeurs. Mais ce signal reste limité. Il ne compense ni l’abstention record, ni le nombre élevé de bulletins nuls, ni les accusations récurrentes de fraudes locales.

À moyen terme, la crédibilité des élections Algériennes dépendra de réformes plus structurelles : mise à jour fiable et contrôlée des listes électorales, renforcement de l’observation indépendante, transparence accrue sur les contentieux et leurs suites, et surtout, conditions politiques permettant à une opposition crédible de peser réellement sur le débat public. Sans ces évolutions, les annulations ciblées risquent de rester perçues comme un « nettoyage de surface », utile sur le plan juridique, mais insuffisant sur le plan politique.

Dans l’immédiat, la nouvelle APN se met en place avec une majorité largement dominée par les mêmes formations qu’auparavant. La question qui subsiste est celle de sa légitimité aux yeux d’une partie croissante de la population, entre abstention massive, bulletins nuls et défiance envers les institutions. Les prochaines étapes — formation du gouvernement, débats parlementaires, gestion des dossiers économiques et sociaux — diront si ce Parlement, issu d’un scrutin contesté, parvient à reconquérir une part de crédibilité, ou s’il reste prisonnier du contexte de sa naissance.

Par : Mohammed CHOUAKI

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