L’assiette est-elle devenue une nouvelle frontière de la Sécurité Nationale ?

Par : Dr Amina SALHI

Quand la Sécurité Alimentaire rencontre la santé, le commerce et la diplomatie

Nous avons longtemps associé la Sécurité Nationale aux frontières, à l’énergie, aux ressources stratégiques ou aux infrastructures.

Mais une autre frontière mérite aujourd’hui notre attention : celle de notre assiette.

Que mange une population ?

D’où viennent ses aliments ?

Comment sont-ils produits, contrôlés, transportés et conservés ?

Que se passe-t-il lorsqu’un risque sanitaire apparaît dans une chaîne alimentaire devenue internationale ?

Ces questions ne relèvent plus uniquement de l’agriculture ou de la santé publique. Elles touchent désormais à la sécurité nationale.

En juin 2026, l’Organisation Mondiale de la Santé a publié de nouvelles estimations Mondiales particulièrement préoccupantes : environ 866 Millions de personnes tombent malades chaque année après avoir consommé des aliments contaminés et 1,52 Million en meurent. Les pertes de productivité liées aux maladies d’origine alimentaire étaient estimées à environ 310 Milliards de dollars en 2021.

Ces chiffres changent la manière dont nous devons regarder la Sécurité Alimentaire.

Produire ne suffit plus. Il faut savoir ce que nous mettons dans l’assiette.

Un aliment peut être disponible sur le marché et pourtant représenter un risque.

La véritable Sécurité Alimentaire repose donc sur deux dimensions indissociables :

avoir suffisamment de nourriture et garantir qu’elle soit sûre. Cette seconde dimension devient particulièrement complexe lorsque les chaînes d’approvisionnement traversent plusieurs frontières.

Un produit peut être cultivé dans un pays, transformé dans un deuxième, conditionné dans un troisième et consommé dans un quatrième.

La sécurité du consommateur devient alors une question de coopération internationale, de normes, de laboratoires, de traçabilité et d’échange rapide d’informations.

C’est ici que commence une nouvelle diplomatie alimentaire.

La diplomatie alimentaire ne devrait plus se limiter à négocier l’achat ou la vente de produits. Elle doit également permettre de construire des partenariats autour de la sécurité sanitaire, de la surveillance des risques, des normes, de la certification et de la capacité scientifique.

Pour l’Algérie, cette approche représente une véritable opportunité.

Notre position géographique, à la croisée de l’Afrique, de la Méditerranée et des marchés internationaux, peut nous permettre de développer une coopération renforcée dans les domaines des laboratoires, de la surveillance sanitaire, de la certification et de l’alerte précoce.

Nous devons passer du contrôle à l’intelligence sanitaire.

Contrôler un produit après son arrivée sur le marché est nécessaire.

Mais prévenir le risque à la source est beaucoup plus efficace. Cela suppose de renforcer les systèmes de surveillance, les laboratoires de référence, la traçabilité et la circulation des données entre agriculture, santé, commerce, environnement et autorités de contrôle.

L’OMS souligne d’ailleurs que la Sécurité Alimentaire est une responsabilité partagée et nécessite une approche multisectorielle fondée sur le principe « One Health ».

Pour l’Algérie, cela pourrait se traduire par une ambition claire :

construire un système national intégré d’intelligence sur les risques alimentaires.

Un système capable de détecter, analyser et anticiper les risques microbiologiques, chimiques et sanitaires avant qu’ils ne deviennent des crises.

La sécurité de l’assiette est aussi une question économique.

Une crise sanitaire alimentaire peut affecter les consommateurs, mais également la confiance, les producteurs, le commerce, le tourisme et l’image d’un pays.

À l’inverse, un système de contrôle performant peut devenir un avantage compétitif. La qualité sanitaire n’est donc pas seulement une dépense publique.

Elle est un investissement dans la santé, la confiance et la compétitivité nationale.

L’Algérie peut construire sa propre doctrine.

Une doctrine fondée sur trois principes :

produire davantage, contrôler mieux et anticiper plus tôt. Notre ambition ne devrait pas être uniquement de sécuriser l’approvisionnement du marché.

Elle doit être de garantir à chaque citoyen un aliment disponible, accessible, traçable et sûr.

Car dans un monde où les crises sanitaires, climatiques et commerciales peuvent traverser les frontières en quelques heures, la souveraineté alimentaire ne peut plus être pensée uniquement en tonnes produites.

Elle doit également être pensée en capacité scientifique, sanitaire et diplomatique.

La prochaine frontière de la sécurité nationale pourrait donc être beaucoup plus proche que nous ne le pensions.

Elle commence peut-être là où chaque citoyen commence sa journée : dans son assiette.

Par : Dr Amina SALHI – Oran

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