
Par : Mohammed CHOUAKI
Un montant colossal de 18,1 Milliards de Dollars a été au cœur de l’actualité économique et diplomatique Africaine récente, dans le cadre d’un vaste projet d’infrastructure énergétique associant l’Algérie, le Nigeria, le Niger et, en filigrane, le Maroc à travers un projet concurrent. Ce « pactole » ne correspond pas à une simple enveloppe budgétaire, mais à la valeur estimée de contrats, d’investissements et de projets liés à la construction de Gazoducs Stratégiques visant à exporter le gaz Nigérian vers l’Europe.
Un projet phare : le Gazoduc TransSaharien (TSGP)
Le Trans-Saharan Gas Pipeline (TSGP) est un Mégaprojet de Gazoduc reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie sur environ 4 200 kilomètres. Initialement estimé à 10 Milliards de Dollars en 2009, son coût a été réévalué entre 12 et 18 Milliards d’Euros (soit environ 13 à 19,5 Milliards de Dollars) selon les dernières actualisations du Ministère Algérien des Hydrocarbures.
• Capacité prévue : 20 à 30 Milliards de mètres cubes de gaz par an.
• Objectif : exporter le gaz Nigérian (et Algérien) vers l’Europe via les interconnexions existantes (Medgaz vers l’Espagne, Transmed vers l’Italie).
• Lancement effectif : les travaux du tronçon Algérien ont officiellement débuté en juin 2026, sous la supervision des Ministres des trois Pays.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération Sud-Sud et de sécurisation des approvisionnements énergétiques Européens, dans un contexte de tensions géopolitiques Mondiales.
Le projet concurrent : le gazoduc atlantique Nigeria-Maroc (AAGP)
En parallèle, un autre méga-projet est porté par le Maroc et le Nigeria : le Gazoduc Africain Atlantique (AAGP), anciennement appelé Nigeria-Morocco Gas Pipeline (NMGP).
• Longueur : près de 6 900 kilomètres, longeant la côte Ouest-Africaine.
• Coût estimé : 25 à 26 Milliards de Dollars, susceptible d’augmenter.
• Capacité : environ 30 Milliards de mètres cubes par an.
• Pays concernés : 13 pays côtiers, de la Nigeria au Maroc.
• Accord intergouvernemental : signé en juillet 2026 sous l’égide de la CEDEAO.
Ce projet vise également à exporter le gaz Nigérian vers l’Europe, mais par une voie maritime, avec des implications géopolitiques et économiques majeures pour toute la région.
Le « pactole » de 18,1 Milliards de Dollars : de quoi s’agit-il exactement ?
Le chiffre de 18,1 Milliards de Dollars apparaît comme une estimation consolidée des investissements et contrats liés à ces deux projets concurrents, notamment :
• La part Algérienne dans les accords signés lors de la Foire Commerciale Intra-Africaine (IATF 2025) à Alger, où l’Algérie a capté 11,2 à 11,4 Milliards de Dollars de contrats, dont une large part dans les secteurs de l’énergie, des mines et des infrastructures.
• Les engagements supplémentaires en cours de finalisation, estimés à 11,6 Milliards de Dollars, portant le total des opportunités pour l’Algérie à plus de 23 Milliards de Dollars.
• Les coûts actualisés du TSGP, évalués entre 12 et 18 Milliards d’Euros (soit environ 13 à 19,5 Milliards de Dollars), dont une partie significative revient aux entreprises et institutions Algériennes, Nigérianes et Nigériennes.
Ainsi, le « pactole » de 18,1 Milliards de Dollars peut être interprété comme la somme des investissements directs, des contrats signés et des projets en cours liés à ces infrastructures gazières, bénéficiant principalement à l’Algérie, au Nigeria, au Niger et, indirectement, au Maroc via son projet concurrent.
Enjeux géopolitiques et économiques
Ces projets s’inscrivent dans une rivalité stratégique entre Alger et Rabat, chacun cherchant à s’imposer comme le principal hub énergétique entre l’Afrique et l’Europe.
• Pour l’Algérie : renforcer son rôle de partenaire énergétique fiable pour l’Europe, diversifier ses revenus au-delà des hydrocarbures traditionnels, et consolider son leadership en Afrique de l’Ouest.
• Pour le Nigeria : sécuriser des débouchés pour son gaz, attirer des investissements massifs, et renforcer son intégration régionale.
• Pour le Niger : bénéficier de revenus de transit, développer ses infrastructures, et s’insérer dans les chaînes de valeur énergétiques régionales.
• Pour le Maroc : affirmer sa position de porte d’entrée Atlantique vers l’Europe, développer son secteur énergétique, et renforcer ses liens avec l’Afrique de l’Ouest.
Perspectives et défis
Malgré l’ampleur des engagements, plusieurs défis subsistent :
• Financement : mobiliser les capitaux nécessaires dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de risques géopolitiques.
• Sécurité : assurer la protection des infrastructures dans des zones parfois instables (Sahel, golfe de Guinée).
• Viabilité économique : garantir la rentabilité des projets face à la transition énergétique et à la concurrence des énergies renouvelables.
• Coordination régionale : harmoniser les réglementations, les normes et les intérêts des multiples pays impliqués.
En somme, les 18,1 Milliards de Dollars en jeu symbolisent bien plus qu’un simple montant : ils incarnent les ambitions, les rivalités et les opportunités d’une Afrique en quête de souveraineté énergétique et de développement intégré.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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