
Par : Abdelkader REGUIG
Il y a des déclarations qui, par leur outrance, finissent par dessiner le portrait de leurs auteurs. Celle d’Omar Hilale, représentant permanent du Maroc à l’ONU, prononcée fin août 2026 et reprise comme un trophée par certains médias, en est un parfait exemple. En osant réduire l’Algérie à « un pays de seulement 60 ans d’existence », Mr Hilale ne livre pas une analyse géopolitique ; il exécute une pirouette diplomatique digne des tréteaux, où l’histoire est sacrifiée sur l’autel de la polémique.
Mais puisque le représentant Marocain semble avoir oublié les fondamentaux de la chronologie Méditerranéenne, rappelons-lui, cartes et archives à l’appui, que l’Algérie n’est pas née en 1962. En 1962, l’Algérie renaît, elle retrouve sa souveraineté après 132 années de colonisation. Confondre la fin d’une parenthèse douloureuse avec l’acte de naissance d’un peuple relève soit d’une méconnaissance crasse, soit, plus vraisemblablement, d’une tartufferie politique assumée.
Le grand écart historique du diplomate
Pour tenter de rabaisser son voisin, Omar Hilale joue la carte de l’âge des États. Un argument bien fragile quand on sait que le Maroc lui-même, dans ses frontières actuelles, doit son tracé à des traités Franco-Espagnols du XXe siècle. Mais laissons là le jeu des miroirs et revenons aux sources.
Pour répondre à cette amnésie diplomatique, les propos de l’historien Français Jean-Noël Jeanneney. ( un célèbre historien, universitaire et homme politique Français) relayés sur les réseaux sociaux, tombent à pic. L’ancien Président de la BNF le rappelle : avant d’être Française, l’Algérie était numide. Avant d’être une colonie, elle était un royaume. Et avant toute chose, elle était une terre de résistance.
Jeanneney rappelle une évidence :
Jugurtha, roi numide, meurt enchaîné à la prison Mamertine de Rome en 104 av. J.-C., quelques décennies avant Vercingétorix. Et l’historien de plaisanter :
« On devrait faire une cérémonie Franco-Algérienne à la prison Mamertine de Rome.»
L’Algérie tenait tête à Rome quand le Maroc n’était qu’une province Romaine secondaire, la Maurétanie Tingitane, loin de toute gloire souveraine.
Alors, Mr. Hilale, quand vous réduisez l’Algérie à 1962, vous ne rabaissez que votre propre crédibilité. L’histoire, elle, ne se négocie pas à la tribune de l’ONU. Elle s’écrit dans le sang des Rois et la poussière des prisons Antiques. Et elle vous rappelle, sans ménagement, que les peuples ne naissent pas le jour où on leur rend leur liberté. Ils naissent bien avant. Et parfois, ils meurent en héros pour que d’autres, des siècles plus tard, puissent encore se souvenir.
Une profondeur historique que les frontières ne sauraient effacer
La liste des États qui ont marqué le territoire de l’Algérie actuelle est vertigineuse. De la Numidie (202 av. J.-C.) à la Maurétanie Césarienne, en passant par les Rustumides, les Zirides, les Hammadides, le Royaume de l’Aurès ou encore le glorieux Royaume Zianide de Tlemcen (1236), l’histoire politique de l’Algérie est une succession ininterrompue de pouvoirs souverains. Oublier ce patrimoine pour ne retenir que 1962, c’est comme lire un roman en ne s’attachant qu’à son dernier chapitre.
Et que dire de la frontière Orientale du Maroc ? Là encore, Mr. Hilale ferait bien de consulter les géographes anciens. Le tracé entre le Maroc et ce qu’on appelait jadis la Maurétanie Césarienne (l’Algérie actuelle) suit l’Oued Melouia. Ce n’est pas un caprice colonial, c’est une constante géographique que les Romains eux-mêmes avaient reconnue. L’histoire est une science, pas une variable d’ajustement.
La paix à vendre ? La tartufferie Onusienne
Le paradoxe est d’autant plus saisissant qu’Omar Hilale, en sa qualité de Président de la Commission de consolidation de la paix de l’ONU pour 2026, endosse une fonction qui exige rigueur et impartialité. Or, en choisissant de transformer l’Assemblée Générale en ring politique, il égratigne gravement la crédibilité de son mandat.
Quand il évoque « l’intégrité territoriale » du Maroc tout en déniant celle de l’Algérie, il commet une faute diplomatique majeure. Quand il ironise sur l’âge de la République Algérienne, il ignore les enseignements de l’histoire. La paix ne se construit pas en niant le passé des autres, mais en reconnaissant que chaque nation, aussi jeune soit-elle dans sa forme étatique moderne, porte en elle des millénaires de civilisations.
En définitive, si Omar Hilale veut vraiment donner des leçons, qu’il commence par en recevoir une. Une seule, brève, comme un uppercut historien : l’Algérie ne fut jamais une terre sans mémoire. Elle fut, elle est, et elle restera un carrefour de souverainetés, d’empires, de résistances et de gloire. 1962 n’est pas un début : c’est un retour aux sources.
La prochaine fois qu’il prendra la parole à New York, qu’il se souvienne : dans l’enceinte des Nations Unies, on ne gagne pas les débats en niant l’évidence, mais en la regardant en face. L’évidence, ici, est que l’Algérie, riche de sa Numidie et de ses Jugurtha, n’a rien à envier à la mémoire d’un pays qui, lui, n’ose plus regarder la sienne.
-Réponse rédigée en écho aux déclarations d’Omar Hilale, pour rétablir une vérité historique que la diplomatie voudrait parfois étouffer.
Par : Abdelkader REGUIG
Contact: orarexe@gmail.com

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