Hydrocarbures : les départs successifs des compagnies étrangères mettent à l’épreuve les ambitions énergétiques du Maroc

Par : Dr Sofiane CHARFI

Depuis plusieurs années, les retraits successifs de compagnies étrangères fragilisent les ambitions du Maroc dans l’exploration pétrolière et gazière. Malgré un cadre fiscal attractif et des annonces régulières sur le potentiel du sous-sol Marocain, les opérateurs peinent à transformer les découvertes exploratoires en projets rentables et durables.

Une série de départs

Depuis 2017, plusieurs sociétés étrangères ont réduit ou cessé leurs activités au Maroc, parmi lesquelles Circle Oil, Gulfsands, Europa Oil & Gas, SDX Energy, Energean, Genel Energy et Sound Energy. Ces départs ne répondent pas tous aux mêmes causes, mais ils révèlent une difficulté commune : le passage de l’exploration à la production commerciale.

Les retraits les plus récents concernent notamment Genel Energy et Energean, qui ont abandonné leurs activités offshores en 2025. Sound Energy, de son côté, a cédé ses actifs gaziers liés à Tendrara, invoquant principalement ses difficultés financières et son incapacité à financer la suite du développement du projet.

Des résultats de forage décevants

La première explication tient aux résultats géologiques. Dans l’exploration pétrolière et gazière, la présence d’indices de gaz ou de pétrole ne garantit pas l’existence de réserves suffisamment importantes pour justifier des investissements de plusieurs centaines de Millions de Dollars.

Le cas d’Energean est révélateur. Après un forage offshore au large de Larache, dans la zone d’Anchois, la compagnie a estimé que les résultats étaient inférieurs à ses attentes. Du gaz aurait bien été identifié, mais les volumes semblaient davantage adaptés à un opérateur de taille plus réduite qu’à une grande entreprise internationale.

Les difficultés techniques renforcent cette incertitude. Certaines analyses évoquent notamment des infiltrations d’eau, la présence d’argile et des complications dans l’évaluation des réservoirs. Ces facteurs peuvent augmenter le coût des forages et réduire les chances d’une exploitation rentable.

Un marché difficile à rentabiliser

Le Maroc demeure fortement dépendant des importations d’énergie. Cette situation pourrait théoriquement constituer un avantage pour les producteurs locaux, en leur garantissant un marché intérieur. Toutefois, l’existence d’une demande ne suffit pas à rendre un projet économiquement viable.

Les compagnies doivent financer des opérations longues et risquées, sans garantie de découverte exploitable. Entre les études sismiques, les forages, les infrastructures de raccordement et la construction des installations de traitement, plusieurs années peuvent s’écouler avant les premiers revenus.

Le Maroc offre pourtant des avantages importants aux investisseurs, notamment une exonération fiscale pouvant aller jusqu’à dix ans, des facilités douanières et une participation de l’État plafonnée à 25%. Ces mesures ne semblent plus suffisantes dans un contexte où les groupes énergétiques privilégient les régions disposant déjà de réserves prouvées et d’infrastructures opérationnelles.

Le poids des contraintes financières

Les difficultés financières propres à certaines entreprises ont également joué un rôle majeur. Sound Energy, très endettée, n’était plus en mesure de financer la deuxième phase du projet de Tendrara ni de maintenir ses autres permis d’exploration.

La cession de ses actifs a donc constitué une solution de survie financière plutôt qu’un simple désengagement stratégique. La compagnie cherchait désormais à se recentrer sur des actifs capables de générer rapidement des liquidités, plutôt que sur des projets nécessitant encore d’importants investissements.

Cette situation illustre une évolution du secteur : les petites compagnies d’exploration, souvent plus vulnérables aux retards et aux dépassements de coûts, doivent arbitrer rapidement entre leurs différents actifs internationaux.

Une concurrence mondiale plus forte

Le Maroc doit également faire face à la concurrence d’autres régions. Les compagnies internationales peuvent investir dans des bassins où les réserves sont mieux documentées, où la production existe déjà et où les infrastructures d’exportation sont disponibles.

À l’inverse, au Maroc, l’absence d’un vaste réseau dédié au traitement et à l’exportation d’éventuels hydrocarbures augmente le risque financier. Selon des experts cités par la presse économique, le pays ne dispose pas encore de toutes les infrastructures nécessaires pour transformer une découverte en activité industrielle complète.

Les entreprises doivent donc évaluer non seulement le potentiel géologique, mais aussi les coûts liés au transport, au traitement et à la commercialisation du gaz ou du pétrole.

Le cas particulier de Tendrara

Le retrait de Sound Energy ne signifie pas nécessairement l’abandon du projet de Tendrara. La reprise des actifs par le groupe Marocain Managem pourrait permettre de poursuivre le développement du gisement et de rapprocher le projet de la production commerciale attendue en 2026.

Ce transfert traduit une possible recomposition du secteur : les compagnies étrangères les plus fragiles se retirent, tandis que des acteurs Marocains cherchent à reprendre les actifs et à maintenir les projets stratégiques. Le rôle de l’Office national des hydrocarbures et des mines, l’ONHYM, demeure central dans cette stratégie.

Un revers, mais pas un abandon

Les départs successifs constituent un revers pour la stratégie Marocaine visant à attirer des majors de l’énergie. Ils montrent surtout que les annonces sur le potentiel pétrolier ou gazier ne suffisent pas à convaincre les investisseurs lorsque les réserves ne sont pas confirmées par des forages concluants.

Le Maroc conserve toutefois plusieurs atouts : sa proximité avec l’Europe, sa position géographique, son marché énergétique en croissance et son potentiel offshore encore partiellement exploré. Les autorités cherchent désormais à ajuster leur stratégie afin de retenir les opérateurs présents et d’attirer des entreprises davantage spécialisées dans les projets de taille moyenne.

La question n’est donc pas seulement de savoir si le Maroc possède du pétrole ou du gaz, mais si les volumes découverts peuvent être exploités à un coût compétitif. Pour l’instant, les retraits des compagnies étrangères montrent que cette rentabilité reste incertaine.

Par : Sofiane CHARFI – Villeneuve d’Ascq

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