« Hommage à la Doctoresse Annette Roger, une Juste aux côtés de la Révolution Algérienne »

Par : Mohammed CHOUAKI

Résistante contre le Nazisme, neurologue de renommée Internationale, elle a mis sa liberté, sa carrière et sa sécurité au service de la lutte du peuple Algérien. En novembre 1959, la presse Marseillaise la présentait comme « la complice du Chef FLN de la Wilaya France-Sud ». L’Algérie, elle, se souvient d’une amie fidèle.

Certaines vies se résument en un mot.

Pour Annette Roger, née Anne Beaumanoir, ce mot est « résistance ». Elle naît le 30 octobre 1923 à Créhen, en Bretagne. Très jeune, elle entre dans la Résistance au sein des Jeunesses Communistes et sert de courrier pour les Jeunesses patriotiques. Pendant l’Occupation, elle aide des familles Juives à échapper aux persécutions. Cet engagement lui vaudra, ainsi qu’à ses parents, le titre de Juste parmi les nations décerné par Yad Vashem.

De la Neurologie au combat anticolonial

Après la guerre, elle devient une scientifique de premier plan. Spécialiste de l’Epilepsie de l’enfant, reconnue dans le Monde entier, elle dirige un laboratoire de Neurophysiologie à Marseille. Elle y milite au Parti Communiste avec son mari, Jo Roger, puis quitte le Parti en 1956. En 1957 et 1958, elle rejoint à Paris le réseau Jeanson et conduit des dirigeants de la Fédération de France du FLN.

Son engagement est à la fois politique et humain. De nombreux militants Algériens trouvent refuge chez elle. Elle est arrêtée à Marseille en novembre 1959, et Le Monde lui consacre un article le 13 novembre. Au moment de son arrestation, elle transporte un responsable du FLN dans sa propre voiture. Elle est incarcérée alors qu’elle est enceinte de quelques semaines.

La presse de l’époque parle d’une femme devenue complice du FLN « par amour et par conviction politique ». Elle raconte aussi qu’une figure du barreau Marseillais, Germaine Poinso-Chapuis, a refusé de la défendre. Ce refus montre à quel point il fallait du courage, dans la France de 1959, pour se tenir aux côtés des Algériens.

L’exil, puis l’Algérie libre

Remise en liberté provisoire, Annette Roger ne se présente pas devant ses juges. Elle rejoint la Tunisie et est condamnée par contumace à dix ans de prison. À Tunis, elle succède à Frantz Fanon à l’hôpital et soigne les combattants de l’ALN traumatisés par la guerre, dans les camps.

À l’indépendance, elle reste au service du pays qu’elle a choisi. Elle devient l’une des principales responsables du Ministère Algérien de la Santé. Elle contribue à former des médecins et des soignants dans un pays qui ne comptait alors qu’une centaine de médecins pour neuf Millions d’habitants.

Une amie de l’Algérie

Anne Beaumanoir s’est éteinte le 4 mars 2022 à Quimper, à 98 ans. Pour El Watan, elle restera « l’une des figures humaines et fraternelles à laquelle l’Algérie doit beaucoup ».

Contre l’occupant nazi comme contre l’ordre colonial, Annette Roger n’a jamais séparé la médecine de la dignité humaine. Elle a soigné et caché des militants, et elle a payé le prix de ses choix. En lui rendant hommage, l’Algérie honore aussi tous ces Européens qui ont compris très tôt que la liberté des Algériens était aussi leur combat.

Sources : Maitron – El Watan-dz – le Monde    

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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