
Par : Sofiane BENSMAINE
Alors que la production gazière de la mer du Nord s’effondre plus vite que prévu et que la dépendance Britannique aux importations pourrait grimper jusqu’à 85 % d’ici 2035, le Royaume-Uni diversifie ses sources d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié. Dans ce contexte, l’Algérie, partenaire gazier historique de Londres depuis les années 1960, renforce sa présence à travers un accord d’ampleur avec le terminal de Grain LNG et une relation commerciale en pleine expansion.
Le compte à rebours gazier Britannique
Le constat dressé début septembre par le Telegraph est sans appel : la production de la mer du Nord s’effondre à un rythme largement supérieur aux prévisions. En 2025, celle-ci s’est établie à 28 Milliards de mètres cubes (Gm³), couvrant encore 41 % des besoins Britanniques. Mais ce volume pourrait être divisé par deux d’ici 2030, pour tomber à 14 Gm³, puis chuter à seulement 6 Gm³ en 2035. Le déclin annuel de la production, longtemps limité à environ 5 % avant 2022, s’est accéléré à près de 15 % par an depuis l’instauration de la taxe exceptionnelle sur les bénéfices des compagnies pétrolières et gazières. Sur les 172 champs gaziers offshore actuellement en exploitation, une soixantaine devraient fermer d’ici 2030, ramenant leur nombre à 110, avant une nouvelle vague de fermetures d’ici 2035.
Conséquence directe : la dépendance Britannique aux importations, déjà supérieure à 70 % à l’horizon 2030 selon le même rapport, pourrait atteindre 85 % en 2035, un seuil qui ferait du Royaume-Uni l’un des pays Européens les plus exposés aux marchés internationaux du gaz. Une analyse de l’opérateur national NESO, publiée en novembre 2025, confirme cette trajectoire : la production du plateau continental Britannique (UKCS) pourrait chuter de 78 % entre 2025 et 2035, à un rythme de 12 à 13 % par an, obligeant les importations à combler jusqu’à 452 Millions de m³ par jour lors des pics de demande hivernale.
Une diversification tous azimuts vers le GNL
Pour combler ce déficit, le Royaume-Uni mise massivement sur le gaz naturel liquéfié, dont les importations ont bondi de 24 % en un an. Londres s’approvisionne désormais auprès d’un éventail élargi de fournisseurs : les États-Unis, premier fournisseur du pays, mais aussi le Qatar, l’Égypte, l’Algérie, la Chine, la Guinée équatoriale et la Turquie. Cette diversification passe notamment par l’expansion du terminal de Grain LNG, sur l’île de Grain dans le Kent, déjà le plus grand terminal d’importation de GNL en Europe, dont les capacités de stockage et de relivraison sont étendues pour pouvoir couvrir jusqu’à 33 % de la demande gazière Britannique.
L’Algérie, partenaire gazier historique consolidé
C’est dans ce contexte que l’Algérie a renforcé sa position. Rappelons que le pays a été pionnier mondial du GNL, ayant signé dès 1961 un contrat avec le Royaume-Uni portant sur la livraison annuelle de près d’un Million de tonnes de GNL pendant quinze ans, les premières exportations ayant démarré en 1964 depuis l’usine du Camel vers le terminal de regazéification de Canvey Island.
Plus de soixante ans plus tard, ce partenariat s’est traduit par un accord d’ampleur : Sonatrach a signé, le 31 janvier 2024, un contrat de dix ans avec Grain LNG portant sur une capacité d’importation de 125 GWh par jour, soit l’équivalent de 3 Millions de tonnes de GNL par an, à compter de janvier 2029. Il s’agit du tout premier accord issu du processus d’enchères concurrentielles lancé par Grain LNG en septembre 2023, un processus dont le succès garantit, selon l’opérateur Britannique, l’avenir du plus grand terminal d’importation de GNL du continent pour toute la décennie à venir. Cet engagement à long terme offre à Sonatrach un accès garanti à l’un des principaux points d’entrée du GNL en Europe, tout en assurant à Londres une base de fournisseurs diversifiée dans le bassin Atlantique.
Un commerce bilatéral en pleine expansion
Cette consolidation énergétique s’accompagne d’une progression notable des échanges commerciaux entre les deux pays. Selon les données douanières Algériennes, le commerce bilatéral a atteint 2,77 Milliards de Dollars en 2025, dont plus de 2,25 Milliards de Dollars d’exportations Algériennes vers le Royaume-Uni, pour un excédent commercial en faveur de l’Algérie d’environ 1,73 Milliard de Dollars. Les hydrocarbures et produits énergétiques dominent très largement ces exportations, pour environ 2 Milliards de Dollars : 1,34 Milliard de Dollars de pétrole brut, 332 Millions de Dollars de gaz naturel et dérivés, et 331 Millions de Dollars de produits pétroliers raffinés.
Des données Britanniques, portant sur les quatre derniers trimestres clos début 2026, confirment cette dynamique haussière : le volume global des échanges a progressé de 14,7 % pour atteindre 2,8 Milliards de Livres Sterling, porté notamment par une envolée de 69,4 % des exportations Algériennes de gaz naturel vers le Royaume-Uni, à 289,7 Millions de livres, aux côtés d’une hausse de 38,3 % des produits pétroliers raffinés.
Une position qui s’annonce durable
À l’heure où le Royaume-Uni s’apprête à vivre ce que le Telegraph qualifie de véritable « falaise gazière », l’Algérie apparaît comme l’un des partenaires les mieux positionnés pour occuper l’espace laissé vacant par le déclin irréversible de la mer du Nord. Entre son ancienneté sur le marché Britannique du GNL, son accord décennal avec Grain LNG et la croissance soutenue de ses exportations énergétiques vers Londres, Alger consolide méthodiquement une relation qui pourrait prendre une importance stratégique croissante dans les années à venir.
Sources : icis – Euro-Petrole – Rivieramm – Radio Algerie – L’express Quotidien – Just-info dz
Par : Sofiane BENSMAINE – Cambrai
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