
Par : Mohammed CHOUAKI
La capitale Malienne accueille, les 9 et 10 septembre, la 13e session de la Grande Commission mixte de coopération Algéro-Malienne, dans le cadre de l’amélioration et de la promotion des relations entre les deux pays. Cette réunion, la première depuis novembre 2016, intervient après un dégel diplomatique amorcé cet été entre Alger et Bamako.
Après près d’une décennie sans réunion de cette instance, l’Algérie et le Mali se retrouvent pour relancer leur coopération bilatérale. Les échanges devraient porter notamment sur les relations économiques, la sécurité, les échanges transfrontaliers et plusieurs secteurs stratégiques. La rencontre intervient dans un contexte régional profondément transformé : le Mali, dirigé par le Général d’armée Assimi Goïta, place désormais la souveraineté nationale et la diversification de ses partenariats au cœur de sa politique extérieure, tandis que l’Algérie, présidée par Abdelmadjid TEBBOUNE, accorde une importance particulière à ses relations avec ses voisins et à la stabilité de l’espace Sahélo-Saharien.
Une décennie de silence institutionnel, deux ans de brouille diplomatique
La précédente session de la Grande Commission mixte s’était tenue en novembre 2016. Mais au-delà de cette longue interruption institutionnelle, les relations entre Alger et Bamako ont surtout traversé, plus récemment, une véritable crise diplomatique. Celle-ci a atteint un point de rupture au début de l’année 2024, lorsque le Mali a formellement dénoncé l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, conclu en 2015. Les autorités Maliennes de transition reprochaient alors à Alger une ingérence dans les affaires intérieures du pays et une complaisance envers les factions séparatistes du Nord. Cette détérioration s’était traduite militairement par de violents combats à Tinzawatène, à la frontière Algéro-Malienne, ravivant les tensions autour du sanctuaire frontalier.
Le dégel diplomatique s’est amorcé durant l’été 2026 et s’est concrétisé à la suite du déplacement à Alger, le 24 août, du Premier Ministre Malien, le Général de division Abdoulaye Maïga, reçu par les plus hautes autorités Algériennes. Cette visite a permis, selon les observateurs, d’aplanir les divergences accumulées, de restaurer la confiance mutuelle et de jeter les bases d’un agenda renouvelé, réorientant les relations vers la souveraineté des États, la sécurité transfrontalière et le co-développement économique. La tenue de la Grande Commission mixte à Bamako est ainsi présentée comme la concrétisation institutionnelle de ce rapprochement.
Un agenda large, entre économie, sécurité et co-développement
Les travaux des 9 et 10 septembre doivent permettre de renforcer les mécanismes de concertation entre Bamako et Alger et d’identifier de nouvelles opportunités de coopération dans les domaines politique, économique, commercial, énergétique, agricole, culturel et scientifique. Le Mali dispose d’importantes ressources minières et agricoles, tandis que l’Algérie peut apporter ses capacités industrielles, énergétiques et technologiques — des secteurs comme l’énergie, les infrastructures, les transports, la santé, la formation, les télécommunications ou l’enseignement supérieur étant cités comme susceptibles de faire l’objet de nouveaux partenariats.
Sur le plan sécuritaire, la réunion doit aussi aborder le renseignement, la surveillance de la frontière commune — longue de plus de 1 300 kilomètres — et la lutte contre le terrorisme, notamment contre le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM). Cette dimension prend une importance particulière dans un contexte où l’émergence de l’Alliance des États du Sahel (AES) et son rapprochement avec de nouveaux partenaires, dont la Russie, ont redéfini la carte des influences régionales, poussant Alger à adapter sa posture pour éviter un isolement sur son flanc sud.
Des dossiers sensibles qui subsistent
Malgré cette dynamique de réchauffement, certains points de friction demeurent. Bamako continue de pointer la présence en Algérie de figures d’opposition qu’il considère comme des acteurs déstabilisateurs, notamment autour de la Coalition des Forces pour la République (CFR), coalition Co-initiée par l’Imam Mahmoud Dicko, qui prône un dialogue avec le JNIM et les mouvements séparatistes du Nord — une option fermement rejetée par les autorités Maliennes de transition. La pérennité du rapprochement dépendra donc, selon les analystes, de la capacité d’Alger à donner des garanties sur ce dossier sans renoncer totalement à ses leviers d’influence dans la région.
Il n’en demeure pas moins que cette 13e session est perçue, de part et d’autre, comme une étape majeure de normalisation entre deux voisins liés par plus d’un demi-siècle de solidarité historique, depuis les luttes d’indépendance jusqu’aux défis sécuritaires communs de l’espace Sahélo-Saharien d’aujourd’hui.
Sources : Malijet – rt
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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