Et si la Souveraineté Alimentaire de l’Algérie commençait par une graine ? Semences, innovation et adaptation climatique : préparer aujourd’hui les cultures dont l’Algérie aura besoin demain

Par : Dr Amina SALHI

Une graine paraît minuscule. Pourtant, elle contient une partie de la réponse à l’une des grandes questions stratégiques de l’Algérie : que produirons-nous demain, avec quel matériel végétal, et avec quelle capacité d’adaptation aux changements climatiques ?

La Souveraineté Alimentaire ne se construit pas uniquement dans les champs. Elle commence beaucoup plus en amont, dans la capacité d’un pays à préserver, sélectionner, améliorer et produire les semences dont son agriculture aura besoin.

L’enjeu n’est évidemment pas de rechercher l’autarcie. Une agriculture moderne doit rester ouverte à la coopération scientifique, aux échanges internationaux et aux innovations Mondiales. Mais cette ouverture doit s’accompagner d’une capacité nationale à protéger ses ressources génétiques et à maîtriser les choix stratégiques qui conditionnent son avenir agricole.

Préserver avant de produire

L’Algérie possède une diversité biologique et agricole qui constitue un patrimoine stratégique. Variétés locales, espèces adaptées aux différents territoires, ressources génétiques résistantes à certaines contraintes climatiques : cette diversité représente une véritable assurance pour l’avenir.

La première priorité devrait donc être de renforcer la conservation nationale des ressources phylogénétiques, à travers des collections modernes, sécurisées et régulièrement caractérisées.

Mais conserver ne suffit pas.

Il faut également transformer cette richesse biologique en innovation agricole.

De la conservation à l’innovation

L’Algérie pourrait accélérer la création d’un véritable système national de valorisation des ressources génétiques, réunissant recherche scientifique, universités, instituts techniques, agriculteurs et opérateurs économiques.

L’objectif serait clair : identifier les variétés les mieux adaptées à chaque territoire, notamment face à la sécheresse, aux températures extrêmes, aux nouvelles pressions parasitaires et à l’évolution des besoins alimentaires.

Pourquoi ne pas imaginer demain une      « Carte nationale des semences d’avenir », permettant d’identifier, région par région, les variétés présentant le meilleur potentiel agronomique, économique et climatique ?

Cette approche permettrait de passer progressivement d’une logique de réaction à une logique d’anticipation.

La prochaine révolution sera aussi numérique

La modernisation du secteur semencier peut également bénéficier du numérique.

Traçabilité des lots, certification électronique, identification génétique, bases de données nationales et outils d’aide à la décision pourraient permettre de mieux suivre une semence de la sélection jusqu’au champ.

Cela renforcerait à la fois la confiance, la qualité et la transparence du marché.

L’enjeu est également économique : développer une filière semencière performante signifie créer de la recherche, des emplois qualifiés, des entreprises spécialisées et de nouvelles opportunités d’exportation.

Préparer les cultures de 2050

La véritable question n’est donc pas seulement : combien produisons-nous aujourd’hui ?

Elle est aussi : quelles cultures seront capables de produire demain dans les conditions climatiques de l’Algérie ?

C’est ici que la prospective devient indispensable.

Nous devons commencer dès maintenant à sélectionner les caractéristiques dont notre agriculture aura besoin demain : efficacité hydrique, tolérance à la chaleur, résistance aux maladies, adaptation aux différents sols et stabilité des rendements.

Une stratégie nationale des semences pourrait ainsi devenir l’un des piliers de la politique agricole à long terme, en cohérence avec les ambitions de diversification économique, de modernisation de l’agriculture et de renforcement de la souveraineté nationale.

L’Algérie peut choisir de préparer l’avenir

L’objectif n’est pas de fermer l’Algérie au monde.

Au contraire.

Il s’agit de construire une agriculture suffisamment forte pour coopérer sans dépendre, importer lorsque cela est nécessaire, mais surtout savoir choisir, produire et innover.

Car une politique agricole se mesure aussi à sa capacité à préparer ce qui n’est pas encore visible.

Demain, la Souveraineté Alimentaire de l’Algérie ne se jouera peut-être pas seulement dans la quantité de terres cultivées ou dans les volumes produits. Elle se jouera dans notre capacité à posséder les connaissances, les ressources génétiques et les semences capables de faire pousser l’Algérie de demain.

Une graine est petite.

Mais lorsqu’elle porte l’avenir d’un pays, elle devient une question stratégique.

Par : Dr Amina SALHI – Alger

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