Dessalement à Oran : El Mactaa, pari technologique et enjeu de souveraineté

Par : Mohammed CHOUAKI

Située à une quarantaine de kilomètres à l’Est d’Oran, la station de dessalement d’eau de mer d’El Mactaa s’impose comme l’une des infrastructures majeures du programme national de sécurisation hydrique. Entre capacités de production rehaussées, modernisation technologique et rôle stratégique pour tout l’Ouest Algérien, cette Méga-Station incarne les ambitions d’une Algérie désireuse de transformer sa contrainte hydrique en levier de souveraineté.

Une infrastructure dimensionnée pour l’Ouest Algérien

Conçue initialement avec une capacité maximale de 500 000 m³/jour, la station d’El Mactaa a progressivement vu sa production effective augmenter au fil des opérations de réhabilitation et de maintenance.

En 2024, sa capacité annoncée atteignait déjà 460 000 m³/jour après d’importants travaux de remise à niveau. En 2026, la production quotidienne oscille autour de 420 000 m³/jour, avec des pics visant à se rapprocher des 500 000 m³/jour, selon les phases de maintenance et les besoins saisonniers.

Cette infrastructure alimente non seulement la Wilaya d’Oran, mais aussi celles de Mascara, Mostaganem et Relizane, contribuant ainsi à désengorger les réseaux hydrauliques de toute la région.

Un projet stratégique pour la souveraineté hydrique

Dans un Pays où les ressources en eau conventionnelles sont de plus en plus sous tension, le dessalement est devenu un pilier de la politique hydrique nationale. El Mactaa illustre cette orientation :

• Sécurisation de l’alimentation en eau potable : la Wilaya d’Oran, pauvre en ressources hydriques de surface, dépend largement de cette station pour couvrir ses besoins domestiques et économiques.

• Excédent exportable : au-delà des quelque 325 000 m³/jour nécessaires à Oran, l’excédent est redistribué vers les Wilayas voisines, transformant la région en hub hydrique de l’Ouest.

• Réduction de la pression sur les barrages : en prenant en charge une part importante de l’eau potable, la station permet de réserver les eaux de barrage à l’irrigation et à l’agriculture, renforçant ainsi la résilience du secteur agricole.

Modernisation technologique et montée en compétence locale

El Mactaa n’est pas seulement une question de volumes d’eau. C’est aussi un laboratoire technologique et industriel :

• Partenariats internationaux et transfert de savoir-faire : le projet a impliqué des consortiums associant capitaux Algériens (via AEC, Sonatrach, Sonelgaz et l’ADE) et partenaires étrangers, avec un accent mis sur la gestion et la maintenance à long terme.

• Optimisation des procédés : les campagnes de maintenance régulières, comme les arrêts techniques de 72 heures, visent à améliorer l’efficacité énergétique, la qualité de l’eau produite et la durée de vie des équipements.

• Montée en compétence des équipes locales : ingénieurs, techniciens et opérateurs Algériens assurent désormais une part croissante de la gestion quotidienne, dans une logique de souveraineté technologique.

Un symbole dans un contexte régional tendu

À l’heure où le stress hydrique s’accentue dans tout le Maghreb et le bassin Méditerranéen, El Mactaa prend une dimension géostratégique :

• Modèle pour d’autres Wilayas : la réussite de cette station nourrit les projets similaires sur le littoral Algérien, de Skikda à Tlemcen, en passant par Alger et Bejaïa.

• Signal politique : présenter El Mactaa comme une « vitrine » de la souveraineté hydrique et technologique, c’est affirmer la capacité de l’État à transformer une contrainte structurelle en atout de développement.

• Enjeu social : dans un contexte de demandes citoyennes croissantes sur la qualité et la régularité de l’approvisionnement, la performance de la station est aussi un test de crédibilité pour les autorités locales et nationales.

Perspectives : vers un dessalement          « nouvelle génération » ?

Les défis qui se dessinent pour El Mactaa et pour la politique de dessalement en Algérie sont multiples :

• Réduction de la consommation énergétique : le dessalement reste gourmand en électricité ; l’intégration d’énergies renouvelables et l’optimisation des procédés sont des axes prioritaires.

• Gestion des saumures : l’impact environnemental des rejets de saumure en mer exige des solutions plus durables et un suivi scientifique renforcé.

• Gouvernance et tarification : la question de la répartition de l’eau dessalée entre consommation domestique, agriculture et industrie, ainsi que celle de son coût, reste au cœur des débats.

Plus qu’une simple usine, El Mactaa est un symbole : celui d’une Algérie qui entend faire de l’eau un levier de souveraineté, de stabilité sociale et de développement technologique. Dans un Maghreb de plus en plus exposé aux tensions hydriques, la performance de cette station pourrait bien devenir un référentiel pour toute la région.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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