
Par : Mohammed CHOUAKI
La réouverture de l’espace aérien Algérien aux vols en provenance ou à destination du Mali pourrait modifier les itinéraires de plusieurs compagnies aériennes Européennes. Une évolution qui risque de réduire le trafic traversant le ciel Marocain, devenu ces derniers mois un passage obligé pour les liaisons vers l’Afrique de l’Ouest.
Par le service économie
Une décision qui redessine les corridors aériens
Le 10 juillet 2026, Alger et Bamako ont annoncé le rétablissement des droits de survol, mettant fin à plus de quinze mois de détours imposés par les tensions entre les deux capitales. L’Algérie autorise désormais tous les vols en provenance ou à destination du Mali, tandis que Bamako applique une mesure similaire pour les appareils liés à l’Algérie.
Cette évolution ouvre la voie au retour des anciens corridors aériens reliant l’Europe à l’Afrique de l’Ouest via l’Algérie et le Mali. Les compagnies pourront ainsi étudier des itinéraires plus courts, réduisant le temps de vol ainsi que les dépenses en carburant. Pour le Maroc, cette situation va entraîner une baisse progressive du trafic aérien international qui s’était reporté sur son espace aérien depuis le printemps 2025.
Le Maroc, passage obligé pendant la crise
Durant cette période, le royaume était devenu un passage privilégié pour plusieurs liaisons Européennes à destination de l’Afrique subsaharienne. Des transporteurs comme Air France et Corsair contournaient alors l’Algérie en survolant l’Espagne, le Maroc puis la Mauritanie avant de rejoindre leurs destinations finales.
Cette configuration avait permis au Maroc de renforcer sa position stratégique dans le ciel Africain, compensant partiellement les pertes liées à la fermeture de l’espace aérien Algérien aux avions Marocains depuis septembre 2021. Royal Air Maroc (RAM), interdite de survoler l’Algérie, avait dû adapter ses itinéraires, entraînant des surcoûts et des allongements de temps de vol.
Un impact économique à double tranchant
Pour les compagnies Européennes, le retour aux routes historiques via l’Algérie représente une opportunité de réduire leurs coûts opérationnels. Les vols plus directs permettent d’économiser du carburant et d’optimiser les rotations, un enjeu crucial dans un contexte de flambée des prix du kérosène.
Pour le Maroc, en revanche, cette évolution pourrait se traduire par une perte de revenus substantiels. Les droits de survol constituent une source de revenus non négligeable pour le Royaume, qui avait bénéficié du report de trafic vers son espace aérien. À moyen terme, une partie des appareils qui avaient quitté le ciel Algérien pourrait retrouver leur trajectoire historique, réduisant ainsi le rôle du Maroc comme itinéraire de contournement entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest.
Des ajustements à prévoir
Le retour aux anciennes routes ne sera toutefois pas automatique. Chaque compagnie devra obtenir les autorisations nécessaires, adapter sa planification opérationnelle et tenir compte des évaluations de sécurité avant de modifier ses itinéraires.
Même si certains vols continueront ponctuellement de passer par le Maroc selon les conditions météorologiques ou la gestion du trafic aérien, la décision de l’Algérie marque un tournant pour le transport aérien régional. Elle illustre également la normalisation progressive des relations entre Alger et Bamako, après une période de tensions qui avait poussé les deux Pays à restreindre leurs droits de survol mutuels.
Contexte géopolitique sous-jacent
Cette réouverture s’inscrit dans un contexte plus large de réchauffement des relations entre l’Algérie et certains de ses partenaires régionaux, après une période marquée par des tensions diplomatiques avec le Maroc. La fermeture de l’espace aérien Algérien aux avions Marocains, annoncée en septembre 2021, avait été justifiée par Alger par des « provocations et pratiques hostiles » de Rabat.
Depuis, la Royal Air Maroc a dû opérer des détours coûteux pour desservir plusieurs destinations, notamment en Afrique de l’Est et au Moyen-Orient. La réouverture partielle du ciel Algérien aux vols Maliens pourrait donc être interprétée comme un signal d’assouplissement, même si la question du survol Marocain reste en suspens.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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