Bouchra, 19,26/20 au BAC 2026 : le portrait d’une première nationale qui vise l’architecture

Par : Pr Sofiane BENSMAINE

À 17 ans, Bouchra Hibat Allah Gueroumi vient d’inscrire son nom dans le palmarès du baccalauréat Algérien. Première Nationale de la session juin 2026 avec une moyenne de 19,26/20 dans la filière Technique mathématiques – option Génie civil, la Lycéenne de Tiaret impressionne autant par la régularité de son relevé de notes que par la clarté de son projet : devenir architecte.

Une première nationale qui ne doit rien au hasard

Dimanche 20 juillet 2026, lors de la conférence de presse officielle du Ministère de l’Éducation Nationale, le Ministre Mohamed Seghir Saâdaoui a proclamé les résultats du BAC 2026 et désigné les trois meilleurs lauréats du Pays.

En tête : Gueroumi Bouchra Hibat Allah, élève du lycée Chahid Bouzira Ahmed, dans la commune de Sougueur, Wilaya de Tiaret.

Sa moyenne de 19,26/20 la place devant deux autres excellents candidats : Nasrallah Yakeen (19,21/20, Mathématiques) et Saal Zineb Douaa (19,16/20, Sciences expérimentales).

Mais ce qui frappe, au-delà du chiffre, c’est la structure même de son bulletin : une quasi-perfection dans les matières à fort coefficient, et une homogénéité remarquable dans toutes les disciplines]

Un relevé de notes qui raconte une méthode

Sur un coefficient global de 33, Bouchra a totalisé 635,50 points, un score qui traduit une maîtrise fine des attendus de l’examen.

Les piliers scientifiques

Les trois épreuves qui ont le plus pesé dans sa moyenne illustrent une logique implacable :

• Génie civil (coef 7) : 20/20

• Mathématiques (coef 6) : 19,5/20

• Physique (coef 6) : 20/20

« J’ai travaillé ces matières comme un tout, explique-t-elle. Les maths et la physique ne sont pas des îles, elles se nourrissent mutuellement. Et le génie civil, c’est la concrétisation de tout ça. »

Ces trois notes lui ont apporté un socle de points quasi inattaquable, parfaitement aligné avec son ambition : intégrer une école d’architecture.

Littéraires et langues : l’équilibre d’un profil complet

Contrairement à certains profils très          « scientifiques », Bouchra n’a pas négligé les disciplines littéraires et linguistiques :

• Arabe : 18,5/20

• Français : 15,5/20

• Anglais : 18,5/20

• Philosophie : 19/20

• Histoire-géographie : 18,5/20

• Sciences islamiques : 20/20

« La philosophie m’a appris à structurer ma pensée, et les langues à ouvrir mon regard. L’architecture, ce n’est pas que des plans, c’est aussi une vision du monde », résume-t-elle.

Ce 19/20 en philosophie, dans une matière réputée sévère au BAC algérien, témoigne d’une capacité à passer d’un registre à l’autre sans perdre en rigueur.

Tiaret, Sougueur, un lycée public : la fierté d’une réussite locale

Née et scolarisée à Sougueur, dans la wilaya de Tiaret, Bouchra incarne une réussite ancrée dans son territoire. Son parcours s’est entièrement construit dans le système public, au lycée Chahid Bouzira Ahmed.

Dans une Algérie où les résultats au BAC varient fortement selon les régions, sa performance rappelle que l’excellence ne se limite pas aux grandes métropoles.

« Je suis fière de venir de Tiaret, dit-elle. Beaucoup de jeunes ici ont un potentiel énorme. Il faut juste qu’ils croient que c’est possible. »

Son nom, déjà largement relayé par les médias et les réseaux sociaux, est devenu un symbole pour les lycéens de l’Ouest Algérien, dans un contexte national où le taux de réussite au BAC 2026 s’établit à 56,18%, avec 327 029 admis. 

« Architecture » : un projet mûri, pas un rêve vague

Contrairement à nombreux lauréats qui hésitent encore sur leur orientation, Bouchra a arrêté son choix depuis longtemps : architecte.

« Depuis le collège, je dessine des maisons, des espaces publics. J’aime imaginer comment les gens vont vivre dedans, comment la lumière va entrer, comment les rues vont respirer. »

Son profil correspond parfaitement aux exigences de cette filière :

• solides bases en mathématiques et physique,

• maîtrise des notions de géométrie, de proportions, de structures,

• sens esthétique et culturel, attesté par ses notes en philosophie, histoire-géographie et langues.

« L’architecture, c’est un pont entre la technique et l’humain. C’est exactement ce que je veux faire. »

Une méthode de travail : régularité, fiches, et discipline

Derrière les chiffres, il y a une organisation quasi militaire. Bouchra décrit un rythme de travail rodé sur plusieurs années :

• Révisions régulières, pas seulement en période d’examens.

• Fiches synthétiques par chapitre, surtout en maths, physique et génie civil.

• Exercices variés, en insistant sur les annales et les sujets types.

• Travail en groupe avec quelques

camarades très motivés, pour comparer les méthodes et se corriger mutuellement.

« Je ne me lève pas à 5 heures du matin pour faire genre, mais j’ai une discipline. Quand je rentre du lycée, je pose mon téléphone, je fais une pause, puis je travaille. Pas de miracle, juste de la constance. »

Elle insiste aussi sur le rôle de ses enseignants : « Ils m’ont poussée, mais sans me mettre la pression. Ils m’ont appris à comprendre, pas à réciter. »

Un symbole dans un pays où le BAC reste un cap national

En Algérie, le baccalauréat conserve un statut particulier : il est à la fois un examen scolaire et un rite de passage social. Les résultats, attendus chaque été, donnent lieu à des débats nationaux sur le niveau, les filières, les inégalités entre Wilayas.

Dans ce contexte, le parcours de Bouchra offre plusieurs messages :

• La filière technique, souvent perçue comme « secondaire » par rapport aux sections scientifiques classiques, peut mener au sommet.

• Les lycées publics, même dans des wilayas éloignées des grands centres, peuvent former des profils d’excellence.

• La régularité et la méthode priment sur les coups d’éclat de dernière minute.

« Je ne veux pas qu’on me voie comme une exception magique, dit-elle. Je suis la preuve que si on travaille bien, avec de bons profs et un peu de soutien familial, c’est accessible. »

Encadré – La filière Technique mathématiques : qu’est-ce que c’est ?

Une voie technologique à forte dominante scientifique

La filière Technique mathématiques fait partie des sections technologiques du baccalauréat algérien. Elle s’adresse à des élèves attirés par les applications concrètes des mathématiques et de la physique dans des domaines techniques.

Principales caractéristiques

• Public visé : élèves ayant un bon niveau en maths et en physique, et souhaitant une formation plus appliquée que la filière « Mathématiques » pure.

• Spécialités / options : selon les établissements, on trouve notamment l’option Génie civil, mais aussi d’autres déclinaisons techniques (mécanique, électrotechnique, etc.).

• Volume de matières techniques : importante présence de matières comme le génie civil, avec des coefficients élevés (par exemple coef 7 dans le cas de Bouchra).

Débouchés typiques

Cette filière ouvre naturellement vers :

• les écoles d’ingénieurs (génie civil, BTP, mécanique, etc.),

• les instituts de technologie et universités spécialisées,

• et, comme dans le cas de Bouchra, les écoles d’architecture, qui valorisent les profils à la fois techniques et créatifs.

Pourquoi cette filière peut mener à l’excellence

• Elle combine rigueur mathématique et projets concrets, ce qui motive les élèves.

• Les coefficients élevés dans les matières techniques permettent aux bons élèves de se distinguer nettement.

• Elle prépare bien aux études supérieures où la modélisation, la géométrie et la physique sont centrales.

Et après ?

Pour l’instant, Bouchra profite de ces quelques jours de calme avant la rentrée universitaire. Elle parle de voyages, de lectures, et aussi de projets de bénévolat pour aider des lycéens de Tiaret à préparer leur BAC.

« Je veux montrer aux jeunes, surtout aux filles, que les filières techniques et scientifiques ne sont pas réservées aux garçons. On peut être une fille, venir de Sougueur, et être première nationale. »

Son nom, associé au BAC 2026, restera comme celui d’une élève qui a transformé une ambition claire en résultats tangibles et qui, désormais, s’apprête à dessiner, sur le papier puis dans le réel, les espaces de demain.

Par : Sofiane BENSMAINE – Cambrai

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