Après le feu reconstruire. Avant le prochain feu, protéger.

Par : Dr Amina Salhi

Les incendies qui ont récemment touché plusieurs régions d’Algérie ont rappelé une réalité que nous ne pouvons plus considérer comme exceptionnelle : le risque climatique est désormais une donnée permanente de notre économie agricole.

Aujourd’hui, l’État intervient.

Les opérations d’indemnisation des agriculteurs et des éleveurs sinistrés ont commencé, notamment à Jijel, avec la distribution de bovins, d’ovins, de caprins et d’aliments, ainsi que la réhabilitation de certaines infrastructures agricoles endommagées. Le dispositif concerne également les réseaux d’irrigation, les ruches, les bâtiments d’élevage et les autres pertes recensées.

Cette intervention est nécessaire. Elle permet à des familles agricoles de reprendre leur activité et d’éviter qu’un incendie ne transforme une perte matérielle en abandon définitif.

Mais une question stratégique mérite désormais d’être posée :

Et si notre véritable objectif n’était plus seulement d’indemniser après la catastrophe, mais de réduire le coût humain, économique et alimentaire de la catastrophe avant qu’elle ne survienne ?

C’est ici que doit commencer une nouvelle génération de politique agricole.

Car lorsqu’un éleveur perd son troupeau, nous ne perdons pas uniquement des animaux :

-Nous perdons des mois, parfois des années de sélection génétique.

-Nous perdons une capacité de reproduction.

-Nous perdons du capital.

-Nous perdons du lait, de la viande, du miel, des œufs ou des récoltes.

-Et surtout, nous perdons une partie de notre capacité nationale de production alimentaire.

L’indemnisation permet de réparer la perte.

La prévention permet d’éviter qu’elle ne devienne une perte nationale.

L’Algérie pourrait ainsi envisager la création d’un véritable Système national de résilience agricole, fondé sur trois piliers : prévention, assurance et reconstruction rapide.

Le premier pilier serait la prévention.

Chaque zone agricole à risque devrait disposer d’une cartographie dynamique identifiant les exploitations, les cheptels, les points d’eau, les réserves fourragères, les ruchers, les infrastructures sensibles et les voies d’accès.

Pourquoi ne pas disposer, à l’échelle de chaque commune rurale exposée, d’un plan agricole de protection contre les incendies ?

Le deuxième pilier serait l’assurance agricole.

Nous devons progressivement passer d’une culture de l’indemnisation exceptionnelle à une véritable culture de la couverture du risque.

Des mécanismes existent déjà : la Caisse régionale de mutualité agricole a, par exemple, indemnisé 44 agriculteurs touchés par les incendies à Guelma, pour plus de 14 Millions de Dinars.

Mais l’enjeu est désormais de généraliser, moderniser et simplifier ces mécanismes, notamment pour les petits exploitants et les éleveurs.

Le troisième pilier serait la reconstruction intelligente.

Après un incendie, il ne faudrait pas simplement remplacer ce qui a été perdu.

Il faudrait reconstruire mieux.

Si une étable a brûlé, pourquoi ne pas la reconstruire selon de nouvelles normes de sécurité ?

Si un troupeau a disparu, pourquoi ne pas privilégier des animaux issus de programmes génétiques adaptés aux conditions locales ?

Si une parcelle agricole a été détruite, pourquoi ne pas accompagner sa replantation avec des espèces plus résistantes et mieux adaptées au climat ?

Ainsi, chaque catastrophe pourrait devenir une occasion d’améliorer la résilience du système agricole.

C’est cette logique que nous devons désormais adopter.

L’Algérie ne peut pas empêcher tous les incendies.

-Mais elle peut réduire leur impact.

-Elle peut mieux protéger ses exploitations.

-Elle peut sécuriser ses troupeaux.

-Elle peut développer des réserves fourragères stratégiques.

-Elle peut renforcer les points d’eau agricoles.

-Elle peut moderniser les systèmes d’alerte.

-Elle peut utiliser les technologies satellitaires et numériques pour détecter plus rapidement les départs de feu et identifier les zones agricoles les plus vulnérables.

-Et surtout, elle peut intégrer le risque climatique dans chaque décision d’investissement agricole.

La sécurité alimentaire ne consiste donc plus uniquement à produire suffisamment.

Elle consiste aussi à protéger la capacité de production lorsque survient une crise.

C’est peut-être là le prochain grand chantier de notre agriculture.

Car un pays véritablement résilient n’est pas celui qui ne connaît jamais de catastrophe.

C’est celui qui refuse qu’une catastrophe détruise durablement sa capacité à nourrir sa population.

Aujourd’hui, nous indemnisons les pertes.

Demain, nous devons construire un système capable de les prévenir, de les assurer et de reconstruire plus vite.

Après chaque feu, reconstruire est une nécessité.

Avant le prochain feu, protéger doit devenir une stratégie nationale.

Par : Dr Amina SALHI – Alger

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