Après la crise Sánchez mise sur Alger et ses géants économiques

Par : Mohammed CHOUAKI

La visite annoncée de Pedro Sánchez en Algérie, première d’un Chef du Gouvernement Espagnol depuis la crise diplomatique de 2022, ne sera pas seulement politique. Elle s’annonce aussi comme un signal économique fort, avec la présence attendue de quatre grands groupes Espagnols désireux d’accompagner le retour à la normale entre Alger et Madrid. Le déplacement du Président du Gouvernement Espagnol, prévu le 20 juillet, doit consacrer la reprise d’un dialogue longtemps gelé par le différend sur le Sahara Occidental.

Cette visite intervient après plus de trois ans de tensions ouvertes entre les deux capitales, déclenchées par le soutien de l’Espagne au plan Marocain d’autonomie pour le Sahara Occidental. À la suite de cette position, l’Algérie avait fortement durci sa relation avec Madrid, avec des répercussions immédiates sur le commerce bilatéral et sur la confiance entre les deux partenaires Méditerranéens. Depuis 2025, toutefois, le dégel est progressif, porté par des gestes diplomatiques et une reprise graduelle des échanges économiques.

Un retour politique très attendu

Pedro Sánchez doit être reçu à Alger par le Président Abdelmadjid TEBBOUNE et participer à un forum d’affaires réunissant des entreprises des deux Pays. Au-delà du protocole, le voyage a une portée symbolique particulière : il acte le rétablissement d’un canal politique direct entre Alger et Madrid, après une phase de méfiance persistante. Il s’agit aussi du premier déplacement de Sánchez en Algérie depuis octobre 2020, ce qui renforce l’idée d’un retour à une relation plus structurée.

Pour Alger, cette visite permet de confirmer que la normalisation avec Madrid n’est plus seulement déclarative. Pour Madrid, elle offre l’occasion de consolider une relation stratégique avec un pays clé de la rive Sud de la Méditerranée, notamment sur les plans énergétique, industriel et commercial.

Les entreprises en embuscade

La présence annoncée de quatre grands groupes Espagnols illustre le caractère très concret de cette relance. Sans effacer les séquelles de la crise, le climat actuel ouvre à nouveau des perspectives pour les entreprises Espagnoles qui avaient subi de plein fouet la dégradation des relations bilatérales. Le commerce entre les deux Pays avait fortement reculé après 2022, avant de repartir à la hausse à partir de 2024, puis de se stabiliser dans un contexte plus favorable en 2025.

Ces groupes veulent manifestement se positionner tôt dans la phase de réouverture. Leur présence à Alger montre que la diplomatie économique accompagne désormais la diplomatie tout courte. Dans ce type de séquence, les entreprises jouent souvent le rôle de thermomètre politique : elles testent la solidité du rapprochement et cherchent à s’inscrire dans les futurs contrats, partenariats et appels d’offres.

Un enjeu énergétique central

La relation Algéro-Espagnole reste fortement marquée par la question énergétique. L’Algérie demeure un acteur essentiel pour l’Espagne, même si les tensions politiques ont momentanément brouillé cette dépendance mutuelle. La visite de Sánchez intervient donc dans un contexte où les deux Pays ont tout intérêt à sécuriser leurs échanges, à rassurer les opérateurs économiques et à éviter qu’un différend diplomatique ne se transforme à nouveau en choc commercial.

Le forum d’affaires prévu à Alger devrait servir à mettre en avant cette logique de stabilisation. Pour les autorités Algériennes, l’enjeu est aussi de montrer que le Pays redevient une destination fiable pour les investisseurs et les industriels Européens. Pour les Espagnols, il s’agit de regagner des parts de marché dans un environnement concurrentiel où d’autres acteurs n’ont pas cessé d’occuper le terrain.

Une normalisation encore prudente

Malgré le rapprochement, rien n’indique que les divergences politiques ont disparu. L’Espagne n’a pas renoncé à sa position sur le Sahara Occidental, et la visite de Sánchez ne règle pas le fond du dossier. Elle marque plutôt une volonté de dépasser la crise par le pragmatisme, en séparant autant que possible les contentieux diplomatiques des intérêts économiques communs.

C’est précisément ce qui donne à ce déplacement sa portée : il ne s’agit pas d’une simple visite de courtoisie, mais d’un test de crédibilité pour la nouvelle phase des relations bilatérales. Si le dialogue politique se confirme et si les groupes Espagnols reviennent durablement sur le marché Algérien, Alger et Madrid pourraient refermer l’un des épisodes les plus délicats de leur histoire récente.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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