Analyse : Quand la « normalisation » rencontre les flammes de Gaza : les Accords d’Abraham vus depuis Alger

Par Abdelkader Reguig

Le 15 septembre 2020, sur la pelouse sud de la Maison-Blanche, quelques drapeaux Arabes flottaient aux côtés de l’étendard Israélien. Ce jour-là, les Accords d’Abraham furent présentés comme une     « percée historique pour la paix au Moyen-Orient ». Près de six ans plus tard, les ruines de Gaza, les corps d’enfants et la déclaration ISRAEL KATZ

Ministre israélien de la Défense— « nous avons détruit leurs maisons et leurs quartiers, c’est une politique délibérée », ont réduit ce récit en cendres. c’est une injustice radicale faire payer aux Palestiniens les crimes de l’Europe eux qui n’étaient ni nazis ni complices.

Alors que la guerre à Gaza entre dans son deuxième mois, la question de la normalisation avec Israël refait surface. Vue d’Alger, l’équation est simple : les Accords d’Abraham n’ont pas résisté à l’épreuve du feu.

Le 7 octobre 2023 devait être un tournant. Il l’a été, mais pas dans le sens espéré par les architectes des Accords d’Abraham. Trois ans après la signature historique entre Israël, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan, la guerre à Gaza a rouvert une plaie que la diplomatie Américaine pensait avoir cicatrisée. Depuis Alger, le constat est sans appel : la normalisation sans justice n’a jamais été la paix.

Un pari géopolitique aujourd’hui fissuré

Lorsqu’ils sont signés en 2020 sous l’égide de Donald Trump, les Accords d’Abraham sont présentés comme une révolution. Il s’agit de rompre avec le dogme du « non » Arabe, de construire une alliance régionale contre l’Iran et, surtout, de contourner la question Palestinienne devenue, aux yeux de Washington, un obstacle secondaire.

Cinq pays Arabes franchissent le pas. Les échanges commerciaux explosent, les Ambassades ouvrent, les vols directs se multiplient. Mais dans les capitales Arabes, les opinions publiques, elles, ne suivent pas. Sondage après sondage, la majorité des populations concernées rejettent cette normalisation.

Le 7 octobre 2023 et la riposte Israélienne à Gaza ont transformé ce rejet latent en colère ouverte. Des manifestations ont éclaté à Amman, Rabat, Manama, Tunis, Alger. Partout, un même slogan : « La Palestine n’est pas à vendre. »

Alger, gardienne d’une ligne constante

Dans ce concert de condamnations, l’Algérie occupe une place à part. Elle n’a jamais reconnu Israël, n’a jamais cédé sur la question Palestinienne et fait de cette cause un pilier de sa diplomatie depuis des décennies.

Intervenant devant le Conseil de Sécurité, le Ministre des Affaires Etrangères Algérien, Ahmed Attaf, a réitéré la position d’Alger : « Il n’y aura pas de paix durable au Moyen-Orient sans la fin de l’occupation et la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale ».

Alger a plaidé pour un cessez-le-feu immédiat, dénoncé les « crimes de guerre » à Gaza, soutenu la saisine de la Cour Internationale de Justice et appelé à la tenue d’une conférence de paix sous l’égide de l’ONU. Une position constante que les événements récents n’ont fait que renforcer.

Le retour du refoulé Palestinien

Pour Alger, les flammes de Gaza ont mis en lumière une évidence : on ne peut pas contourner indéfiniment la question Palestinienne. Trois contradictions ont éclaté au grand jour.

Contradiction morale. Comment des pays Arabes peuvent-ils maintenir des relations avec un État accusé de crimes de guerre devant la CIJ ? La question, posée dans les rues de Rabat ou de Manama, embarrasse les chancelleries.

Contradiction stratégique. La normalisation devait apporter stabilité et prospérité. Elle a au contraire attisé les tensions et exposé les régimes signataires à la colère populaire.

Contradiction diplomatique. Les États-Unis, architectes des accords, se retrouvent dans une position intenable : incapables de faire pression sur Israël, ils continuent de prôner une solution à deux États que le Gouvernement Netanyahou rejette ouvertement.

Et maintenant ?

Depuis Alger, on estime que l’après-Gaza ne ressemblera pas à l’avant-Gaza. Trois scénarios se dessinent.

Le gel de la normalisation. L’Arabie Saoudite, courtisée par Washington, conditionne désormais toute normalisation à un chemin crédible vers un État Palestinien , hypothèse improbable avec la coalition Israélienne actuelle.

Le retour de la centralité Palestinienne. La cause Palestinienne redevient incontournable dans toute équation régionale. Les Accords d’Abraham, eux, apparaissent comme une parenthèse.

La structuration d’un front anti-normalisation. L’Algérie, avec la Tunisie, l’Afrique du Sud ou encore la Turquie, pourrait porter un front diplomatique et juridique contre l’impunité Israélienne, notamment devant les instances internationales.

Une paix fragile

Vus depuis Alger, les Accords d’Abraham ressemblent à un château de cartes que les flammes de Gaza ont ébranlé. Non pas que la normalisation soit morte : les intérêts économiques et sécuritaires qui l’ont portée demeurent. Mais elle a perdu son argument principal, celui d’apporter la paix sans régler la question Palestinienne.

Tant que Gaza brûle, aucun accord ne pourra effacer la Palestine du cœur de la politique Arabe. C’est la leçon que tire Alger. Et c’est peut-être la leçon que le Monde, un jour, finira par entendre.

Contact: orarexe@gmail.com

Par : Abdelkader REGUIG

«Il est des fins d’empire qui se murmurent. D’autres qui s’annoncent avec fracas. Dans le cas d’Israel c’est un râle ,long ,violent, dément comme celui d’un corps qui refuse l’évidence sa propre agonie car oui l’état sioniste est en train de Mourir. (Amis de la Palestine ne perdons pas espoir. voici quelques extraits d’un éditorial absolumenta magistral d’Anouar Mactga)

Auteur/autrice

Views: 22

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *