
Par : Mohammed CHOUAKI
Plus de soixante ans après la disparition de Mehdi Ben Barka, figure emblématique de l’opposition Marocaine, l’affaire continue de hanter la mémoire politique du Royaume. Longtemps entourée de zones d’ombre, elle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt à la lumière de nouvelles révélations, de témoignages persistants et d’archives progressivement mises au jour. Une dynamique qui fragilise le récit officiel entretenu par le Makhzen et ravive les interrogations sur les responsabilités de l’État.
Le 29 octobre 1965, à Paris, Mehdi Ben Barka est enlevé en plein jour devant la brasserie Lipp. Depuis, son corps n’a jamais été retrouvé. Très vite, l’implication de services Marocains est évoquée, en lien avec des complicités Françaises. À l’époque, l’affaire provoque une crise diplomatique majeure entre Paris et Rabat, mais sans déboucher sur une vérité judiciaire complète.
Au fil des décennies, plusieurs enquêtes, commissions et travaux journalistiques ont mis en évidence l’existence d’une opération orchestrée avec l’aval de hautes sphères du pouvoir Marocain. Si certains anciens responsables ont livré des éléments partiels, le silence officiel a longtemps prévalu, alimentant les soupçons d’une volonté délibérée d’étouffer l’affaire.
Aujourd’hui, de nouvelles pièces viennent ébranler cette omerta. Des archives déclassifiées en France, mais aussi des témoignages d’anciens agents et intermédiaires, pointent vers une responsabilité directe des appareils sécuritaires Marocains de l’époque. Certains documents suggèrent même une chaîne de commandement remontant aux plus hauts niveaux du régime.
Ce regain de vérité intervient dans un contexte où les questions de mémoire, de justice et de transparence prennent une importance croissante au sein des sociétés maghrébines. Pour de nombreux observateurs, l’affaire Ben Barka est devenue un symbole des dérives autoritaires du passé, mais aussi un test pour la capacité des États à affronter leur histoire.
Du côté des autorités Marocaines, la position reste prudente, voire silencieuse. Si certaines initiatives de réconciliation ont été mises en avant, notamment à travers l’Instance Équité et Réconciliation, elles n’ont jamais permis d’élucider pleinement le sort de Ben Barka ni de désigner clairement les responsabilités.
Pour les défenseurs des droits humains et les proches de la victime, l’exigence reste la même : vérité, justice et reconnaissance. Ils estiment que seule une transparence totale permettra de clore définitivement ce dossier et de tourner une page douloureuse de l’histoire contemporaine du Maroc.
Plus qu’une simple affaire judiciaire, le dossier Ben Barka demeure un enjeu politique majeur. Il interroge la relation entre pouvoir et vérité, et rappelle que certaines pages de l’histoire, même anciennes, continuent de peser lourdement sur le présent.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

Views: 10