
Par : Dr Amina Salhi
Une vision prospective entre biodiversité, science et souveraineté alimentaire*
Lorsqu’on parle de souveraineté alimentaire, on pense généralement à la terre, à l’eau, aux récoltes, aux stocks et aux infrastructures. Pourtant, une autre richesse, invisible mais stratégique, pourrait jouer un rôle déterminant dans l’alimentation des générations futures : la diversité génétique de nos ressources biologiques.
Une question mérite alors d’être posée :
et si une partie de la sécurité alimentaire de l’Algérie en 2050 se trouvait dans son patrimoine génétique ?
Les changements climatiques annoncent des conditions de production de plus en plus difficiles : hausse des températures, stress hydrique, salinité des sols, nouvelles maladies et évolution des écosystèmes.
Dans ce contexte, les ressources génétiques végétales et animales peuvent devenir un véritable patrimoine stratégique. Certaines variétés locales peuvent présenter des caractéristiques intéressantes en matière d’adaptation à la sécheresse, à la chaleur, aux maladies ou à des conditions environnementales particulières.
Préserver cette diversité ne signifie donc pas seulement protéger le patrimoine agricole. Il s’agit aussi de conserver des possibilités pour l’avenir.
À l’horizon 2050, la recherche scientifique pourrait permettre d’identifier, de caractériser et de valoriser davantage les ressources génétiques adaptées aux conditions algériennes, tout en développant de nouvelles variétés répondant aux besoins futurs.
Une telle vision pourrait encourager la création ou le renforcement de **collections nationales de ressources génétiques alimentaires**, associant universités, centres de recherche, instituts spécialisés et professionnels du secteur agricole.
L’objectif serait de mieux connaître notre patrimoine biologique, de le conserver, de l’étudier et, lorsque cela est scientifiquement et réglementairement approprié, de le valoriser au service de l’agriculture, de la nutrition et de l’industrie agroalimentaire.
Cette approche pourrait également contribuer à réduire certaines vulnérabilités liées à la dépendance extérieure pour certains matériels biologiques, tout en encourageant le développement d’une recherche nationale capable de répondre aux défis climatiques et alimentaires.
Le patrimoine génétique n’est cependant pas une ressource à exploiter sans limites. Sa protection, sa traçabilité, sa conservation et son utilisation responsable doivent être au cœur de toute stratégie nationale.
La souveraineté alimentaire du futur ne reposera donc peut-être pas uniquement sur ce que nous produisons aujourd’hui, mais aussi sur ce que nous choisissons de préserver pour pouvoir produire demain.
L’Algérie possède des compétences scientifiques, des territoires diversifiés et un patrimoine biologique qui méritent d’être étudiés et mieux valorisés. Transformer cette richesse invisible en connaissance, en innovation et en résilience pourrait constituer un investissement stratégique pour les prochaines décennies.
À l’avenir, la véritable question ne sera peut-être plus seulement : combien pouvons-nous produire ?
Elle sera aussi :
« Quelles ressources devons-nous préserver aujourd’hui pour être capables de nourrir l’Algérie de 2050 ?
C’est peut-être là que commence une nouvelle conception de la souveraineté alimentaire : protéger aujourd’hui les possibilités alimentaires de demain.
Par : Dr Amina Salhi – Alger
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