
Par : la rédaction
Les relations entre l’Algérie et la France traversent depuis un an une période de redressement après une crise diplomatique sévère déclenchée à l’été 2024. Après des mois de tensions et même de paralysie totale des échanges en juillet 2024, les deux pays Méditerranéens entament doucement une phase de normalisation.
Une crise profonde née du Sahara Occidental
La détérioration majeure des relations Franco-Algériennes remonte au 30 juillet 2024, lorsque la France a reconnu la « souveraineté Marocaine » sur le Sahara Occidental. Cette décision, perçue à Alger comme un soutien au plan Marocain d’Autonomie, a provoqué une rupture diplomatique immédiate.
De nouvelles affaires sont venues envenimer le dialogue : l’expulsion d’immigrés Algériens en situation illégale et l’affaire de l’écrivain Boualem Sansal ont créé de nouvelles crispations.
La réponse de Macron : une stratégie de fermeté
Le 6 août 2024, le Président Emmanuel Macron a pris une initiative majeure en demandant à son Premier Ministre d’agir « avec plus de fermeté et de détermination à l’égard de l’Algérie ». Cette batterie de sanctions incluait :

Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, Macron s’est résolu au rapport de force avec Alger.
Les fondamentaux d’une relation unique
Malgré les crises, la relation Franco-Algérienne reste unique par la profondeur des liens humains et historiques entre les deux pays. Plusieurs éléments structurent cette relation :
La mémoire de la colonisation
Les questions mémorielles continuent d’occuper une place centrale :
• 2 mars 2021 : Macron reconnaît la responsabilité de la France dans la torture et l’assassinat d’Ali Boumendjel (23 mars 1957)
• 9 mars 2021 : Facilitation de la déclassification des archives de la guerre d’Algérie
• 16 octobre 2021 : Premier Chef d’État Français à commémorer les événements du 16 octobre 1961, à leur 60ème anniversaire
• 3 juillet 2020 : Restitution des restes humains de 24 Algériens conservés au Muséum National d’Histoire Naturelle
La Déclaration d’Alger de 2022
La visite Présidentielle du 25 au 27 août 2022 a abouti à la signature de la Déclaration d’Alger pour un partenariat renouvelé. Les deux Chefs d’État se sont engagés à se retrouver tous les deux ans dans le cadre d’un « Haut Conseil de Coopération ».
Le 5e Comité intergouvernemental de haut niveau (9-10 octobre 2022 à Alger) a débouché sur la signature de 11 accords dans les secteurs du tourisme, santé, agriculture, entrepreneuriat, innovation, industrie, social, inclusion et éducation.
La coopération économique : un partenaire stratégique
L’Algérie demeure le deuxième partenaire commercial de la France en Afrique, avec des échanges à hauteur de 8 Milliards d’Euros en 2021 :

Les principaux secteurs porteurs incluent les services financiers (Société Générale, BNP Paribas), les transports (Air France), le maritime (CMA-CGM avec 400 personnes), l’hôtellerie-restauration (Accor, Sodexo), l’automobile (Renault), et la santé (Sanofi, Ipsen).
Le tournant de mai 2026 : des biens mal acquis aux extraditions
La visite du Ministre Français de la Justice Gérald Darmanin à Alger du 18 mai 2026 marque un tournant décisif. L’Algérie a présenté plus d’une centaine de demandes concernant des biens saisis et confisqués issus de la corruption d’anciens responsables.
Les autorités judiciaires Algériennes ont été invitées à Paris début juin 2026 pour approfondir ce dossier et porter devant la justice Française les procédures de restitution. Ce rapprochement judiciaire coïncide avec un climat diplomatique moins tendu après la paralysie de juillet 2024.
Les défis persistants
Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. 61 commissions rogatoires adressées à la France par l’Algérie étaient restées sans réponse jusqu’en avril 2026, selon un communiqué de la Présidence Algérienne. L’affaire de l’ancien Ministre Abdeslam Bouchouareb, que la justice Française a refusé d’extrader, illustre les limites de la coopération.
Comme l’observe l’Ifni dans une analyse de mai 2026 : « paradoxalement, les relations avec la France sont plus tendues qu’elles ne l’étaient en 1962, après une guerre de libération meurtrière. Le temps n’a pas apaisé des relations qui restent fondamentalement conflictuelles malgré les efforts de réconciliation ».
Perspectives : vers un apaisement durable ?
La normalisation en cours repose sur trois piliers : la coopération judiciaire sur les biens mal acquis, la reprise de la coopération migratoire, et le dialogue économique et énergétique. La visite de Darmanin et l’invitation des magistrats Algériens à Paris pour juin 2026 constituent des signes encourageants.
Cependant, la relation Franco-Algérienne restera toujours fragile, marquée par la mémoire douloureuse de la colonisation et les intérêts géopolitiques divergents en Méditerranée. Comme le souligne la diplomatie Française elle-même : « le temps n’a pas apaisé des relations qui restent fondamentalement conflictuelles ».
Par : la Rédaction – Lille
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