Mohamed Hattab, Médiateur de la République : un haut fonctionnaire au service de la confiance citoyenne

Par : Mohammed CHOUAKI

La nomination de Mohamed Hattab au poste de Médiateur de la République, par décret Présidentiel daté du 18 avril 2026, marque le retour d’un haut fonctionnaire de l’État dans une fonction institutionnelle stratégique. Ce choix du Président Abdelmadjid TEBBOUNE ne relève pas du hasard : il sanctionne un itinéraire de trente ans passés dans les rouages de l’administration Algérienne, au fil duquel Hattab a alterné postes de Direction Territoriale, fonctions centrales et une brève parenthèse Ministérielle .

Parcours administratif : de la Daïra à la Wilaya

Mohamed Hattab, né le 29 octobre 1964 à Bordj Ménaïel (wilaya de Boumerdès), est sorti de l’École Nationale d’Administration (ENA), pépinière traditionnelle des cadres de l’État. Son ascension administrative débute dans la fonction publique territoriale, avec plusieurs postes de Chef de Daïra à travers le pays : d’abord à Gouraya (Tipaza), puis à El Harrach (Alger), ensuite à Azzaba (Skikda), ce qui lui confère une culture de terrain directement confrontée aux attentes des citoyens et aux blocages locaux. Ces étapes locales constituent une école de gouvernance pratique : gestion des services publics, arbitrage des conflits locaux, et coordination entre collectivités et administration centrale.

Après ce parcours territorial, Hattab rejoint les sommets de l’administration Wilayale. Il occupe la fonction de Secrétaire Général de la Wilaya de Sétif (2000–2005), puis celles de Wali délégué d’El Harrach (2005–2010) et de Secrétaire Général de la Wilaya d’Alger (2010–2013), ce qui le place au cœur du dispositif de pilotage de la capitale, espace où se concentrent les tensions administratives, économiques et sociales. Cette expérience lui offre une compréhension fine des mécanismes de centralisation, de gestion des services publics et de relations avec les élus locaux, autant d’atouts pour un futur médiateur.

Wali de wilayas clés et Ministre de la Jeunesse

Entre 2013 et 2018, Mohamed Hattab gravit les derniers échelons de la hiérarchie territoriale : Wali de Sidi Bel Abbès (2013–2016), puis Wali de Béjaïa (2016–2018). À Sidi Bel Abbès, il est associé à une politique de relance du sport et de valorisation des infrastructures locales, notamment dans le football, ce qui participe à forger sa réputation de « proche du terrain sportif ». À Béjaïa, il supervise la gestion d’une Wilaya stratégique sur le plan économique et social, confrontée à des tensions entre citoyens et administration, ce qui renforce son expérience dans la gestion des crises de gouvernance locale.

En avril 2018, il est nommé Ministre de la Jeunesse et des Sports par le Président Abdelaziz Bouteflika, dans le cadre d’un remaniement Ministériel. À ce poste, il pilote des dossiers sensibles liés à la politique sportive, aux infrastructures et aux relations avec les clubs et fédérations, avant de quitter le gouvernement en 2019, au moment où la crise politique s’intensifie. Son passage Ministériel reste marqué par son profil de technocrate plus que de politique de Parti, ce qui le distingue dans le paysage post‑2019.

Retour en selle : Médiateur de la République

Sept ans après sa sortie du Gouvernement, le Président TEBBOUNE lui offre un retour institutionnel en le nommant Médiateur de la République. Ce choix s’explique par plusieurs facteurs : sa connaissance intime de l’administration, son expérience de la gouvernance territoriale, et sa capacité à incarner un interlocuteur crédible entre l’État et les citoyens.   Tebboune, qui insiste sur la réduction des abus et des blocages administratifs, semble vouloir transformer la médiation en véritable instrument de bonne gouvernance, en s’appuyant sur un profile de haut fonctionnaire aguerri, plutôt que sur un acteur politique partisan.

Une confiance présentielle ciblée

La nomination de Hattab reflète une stratégie de confiance sélective : TEBBOUNE choisit un cadre connu, expérimenté, plutôt qu’un nouveau venu dans la scène publique. Ce signal envoie un message à la fois aux citoyens, qui attendent une médiation crédible, et à l’appareil administratif, qui voit dans ce choix une volonté de durcir le contrôle interne des services. Si le Médiateur doit rester un arbitre indépendant, son profil de haut fonctionnaire formé dans l’ENA et passé par les wilayas les plus sensibles suggère que la Présidence attend de lui une médiation efficace, pragmatique, et alignée sur la modernisation de l’État.

En Algérie, le Médiateur de la République est une institution de recours non juridictionnelle, indépendante, placée auprès du Président de la République, chargée de protéger les droits des citoyens face aux dysfonctionnements de l’administration et des services publics. Il ne rend pas de décisions judiciaires, mais exerce une fonction de contrôle moral, de recommandation et de prévention dans les relations entre l’État et les citoyens.

Rôle principal

Le Médiateur a pour mission de :

• Recevoir les plaintes des citoyens contre les administrations, collectivités locales, établissements publics et tout organisme chargé d’un service public.

• Lutter contre la bureaucratie, les abus et les blocages administratifs, en particulier dans les « zones d’ombre » où les services publics créent des injustices ou des difficultés pour les usagers.

• Contribuer à améliorer le fonctionnement des institutions publiques en proposant des pistes de réforme ou de clarification des procédures.

Pouvoirs concrets

Le Médiateur dispose d’un ensemble de prérogatives lui permettant d’agir de manière sérieuse, sans pour autant remplacer la justice ou un Ministre :

• Pouvoir d’enquête : il peut mener des enquêtes, saisir des dossiers, demander des explications aux administrations concernées et consulter les documents administratifs, sauf en matière de secret défense, sûreté de l’État, politique étrangère ou instruction judiciaire.

• Pouvoir de recommandation : il peut proposer des mesures correctrices, des compensations, ou des sanctions internes à l’encontre de fonctionnaires ou de services défaillants, mais il ne peut pas imposer ses recommandations.

• Pouvoir de proposition de réformes : il peut formuler des propositions de réformes législatives ou réglementaires pour améliorer la transparence et la qualité des services publics.

• Possibilité de s’autosaisir : il peut intervenir de sa propre initiative, même sans plainte individuelle, lorsqu’il perçoit un dysfonctionnement généralisé ou répété dans une administration.

• Rapport annuel au Président de la République : il dresse un bilan de ses activités et peut y signaler des cas emblématiques ou des dysfonctionnements systémiques, voire saisir directement le Président si une administration ne répond pas ou refuse de coopérer.

Limites de ses pouvoirs

• Il ne peut pas juger à la place des tribunaux ni intervenir dans une procédure judiciaire en cours.

• Il ne peut pas rappeler ou nommer des fonctionnaires : ses suggestions sont indicatives et relèvent de la responsabilité des autorités compétentes (Ministres, Walis, etc.).

• Il ne traite pas les litiges entre employeur public et agents (personnel de l’État en tant que fonctionnaire), laissant ce domaine à la justice administrative ou au dialogue social.

En pratique, le Médiateur de la République en Algérie agit donc comme un « gardien invisible » de la bonne gouvernance, un intermédiaire entre citoyens et administration, habilité à investiguer, recommander et alerter le sommet de l’État, tout en restant hors du champ judiciaire.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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