Viande rouge : et si l’Algérie construisait enfin sa propre capacité de production ?

Par Dr Amina SALHI

De l’urgence de l’approvisionnement à une stratégie nationale d’autonomie : le pari des fermes modèles, de la génétique et de l’alimentation animale

Pendant longtemps, la question de la viande rouge en Algérie a été posée principalement en termes de disponibilité : combien faut-il importer pour répondre à la demande ?

Mais cette question, aussi légitime soit-elle dans la gestion des marchés, ne peut plus constituer l’horizon d’une politique agricole ambitieuse.

La véritable question est désormais différente : quelle capacité productive l’Algérie doit-elle construire pour que l’importation devienne progressivement inutile ?

L’enjeu n’est donc pas d’opposer importation et production nationale. L’importation peut répondre à une situation conjoncturelle. La souveraineté alimentaire, elle, se construit dans la durée, par la capacité à produire, reproduire, nourrir, soigner et valoriser notre propre cheptel.

La ferme modèle ne doit plus être une simple exploitation agricole

L’Algérie dispose d’un formidable potentiel territorial et pastoral. Mais pour transformer ce potentiel en puissance productive, il faut changer d’échelle.

Les fermes modèles dédiées à l’élevage bovin et ovin pourraient devenir de véritables plateformes nationales d’innovation : sélection génétique, reproduction, alimentation, santé animale, engraissement, gestion des pâturages et économie de l’eau.

Leur mission ne serait pas simplement de produire quelques centaines ou milliers d’animaux.

Elles devraient surtout produire des références techniques et économiques reproductibles, puis transférer ces modèles vers les éleveurs privés et les exploitations familiales.

Autrement dit : la ferme modèle doit devenir un laboratoire national de compétitivité de la viande rouge.

Deuxième chantier : produire davantage avec notre propre génétique

Une stratégie durable ne peut reposer indéfiniment sur l’achat d’animaux à l’extérieur.

L’Algérie doit accélérer un programme national de sélection et d’amélioration génétique, en valorisant ses races locales et en recherchant les croisements les plus adaptés à chaque territoire.

Le véritable indicateur ne devrait plus être seulement le nombre de têtes, mais le kilogramme de viande produit par animal, par hectare et par unité d’aliment consommée.

C’est là que commence la productivité.

Troisième chantier : la bataille de la viande se joue aussi dans l’alimentation animale

On ne peut construire une souveraineté carnée tout en restant fortement exposé aux fluctuations internationales des aliments du bétail.

La production de fourrages, l’utilisation rationnelle des sous-produits agricoles et agro-industriels, le développement des cultures fourragères adaptées aux zones arides et semi-arides et l’amélioration de la valorisation des pâturages doivent devenir des composantes centrales de la stratégie.

Produire la viande de demain commence donc par produire une partie de l’alimentation de l’animal d’aujourd’hui.

Vers une nouvelle gouvernance du cheptel national

L’Algérie dispose désormais d’un levier particulièrement important : la digitalisation de l’agriculture.

Chaque animal reproducteur devrait progressivement pouvoir être identifié et suivi : origine, race, âge, performances, vaccination, traitements, reproduction et destination.

Cette traçabilité permettrait enfin de passer d’une politique fondée essentiellement sur les volumes à une politique fondée sur la performance réelle du cheptel.

Et pourquoi ne pas créer demain un Indice national de capacité en viande rouge, intégrant le cheptel reproducteur, la productivité, les coûts d’alimentation, les disponibilités fourragères, les capacités d’abattage et les besoins de consommation ?

Cet indicateur permettrait de mesurer, année après année, le chemin parcouru vers l’autonomie.

Réduire les importations par étapes, et non par slogans

L’objectif ne devrait pas être de décréter la fin des importations.

Il devrait être de réduire progressivement notre dépendance, à mesure que la production nationale devient suffisamment compétitive, régulière et sécurisée.

Une trajectoire 2030 pourrait ainsi fixer, année après année, des objectifs de production, de renouvellement du cheptel reproducteur, de réduction des coûts et de diminution de la part des importations.

Car la véritable souveraineté alimentaire n’est pas l’absence d’importation à un instant donné.

C’est la capacité d’un pays à pouvoir produire lui-même lorsque le monde extérieur devient incertain.

L’Algérie possède les territoires, les éleveurs, les ressources biologiques et les compétences scientifiques nécessaires pour construire cette capacité.

Il reste à les connecter autour d’une même ambition : passer d’une logique de gestion de la pénurie à une véritable économie nationale de la viande rouge.

Par : Dr Amina SALHI – Alger

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