Thermostat géopolitique : Quand l’Algérie souffle le chaud et le froid sur la France

Par : Dr Sofiane CHERFI

La canicule qui a frappé le vieux continent en générale et la France particulier, de plus la lenteur des expéditions des climatiseurs de Chine, ont favoriser le climat d’affaires entre Paris et Alger. Cela parait comme une boutade, mais aujourd’hui c’est une réalité « Au fond, l’Algérie réchauffe la France en hiver et la refroidit l’été ».

Derrière le trait d’esprit, la métaphore cache une réalité économique en pleine mutation. Du gaz de la Sonatrach aux climatiseurs Condor, l’axe Franco-Algérien s’est trouvé une étonnante saisonnalité.

On l’a vu lors des derniers hivers. Quand le mercure plonge dans l’Hexagone et que les craintes de pénurie énergétique font trembler Bercy, le regard de la France se tourne invariablement vers le Sud. Avec la crise Ukrainienne et la fermeture des vannes Russes, le gaz naturel Algérien n’est plus seulement une commodité d’importation : c’est devenu un filet de sécurité vital.

Les méthaniers qui quittent Arzew pour rallier Fos-sur-Mer ou Montoir-de-Bretagne transportent bien plus que du GNL. Ils charrient une diplomatie de l’énergie. L’hiver, donc, la France s’en remet à l’Or bleu Algérien pour faire tourner ses usines et chauffer les foyers de ses citoyens. C’est le versant classique, presque historique, de la relation bilatérale. Une asymétrie connue : la technologie et les services au Nord, les hydrocarbures au Sud.

Mais attendez le mois de juillet.

Quand la canicule et les incendies frappent la France et que la climatisation, les ventilateurs se retrouvent en rupture de stock venant de Chine, un acteur inattendu bouscule la donne. Fini les hydrocarbures, place à l’industrie manufacturière. Depuis quelques années, les climatiseurs Algériens Condor, fabriqués à Bordj Bou Arreridj, constituent un véritable pôle électronique du Pays, ils s’arrachent sur le marché Français.

Comment une marque Maghrébine a-t-elle réussi à se faire une place au soleil, ou plutôt à l’ombre, face aux mastodontes Asiatiques ? La stratégie a été fine. Au départ, le produit a traversé la Méditerranée dans les bagages ou via le bouche-à-oreille de la Diaspora Algérienne de France, toujours à l’affût d’un bon rapport qualité-prix. Très vite, l’attrait a débordé ce cadre communautaire. Face à une inflation galopante en Europe et à des coûts de fret maritime depuis l’Asie qui ont explosé post-Covid, le « made in Algeria » est apparu comme une évidence géographique et économique. Moins cher à produire, moins cher à acheminer.

En tant qu’observateur des flux commerciaux entre les deux rives, c’est précisément ce basculement estival qui m’interpelle. Il raconte une histoire que les chiffres macroéconomiques mettent parfois du temps à traduire.

Le succès de Condor en France n’est pas qu’un épiphénomène commercial lié aux vagues de chaleur. C’est la preuve tangible que l’industrie Algérienne est capable de se mettre aux normes Européennes (marquage CE, transition vers des gaz réfrigérants plus écologiques) et d’exporter de la valeur ajoutée. C’est un petit pas de côté vis-à-vis de la fameuse « maladie Hollandaise » qui ronge l’Algérie, cette dépendance toxique à la rente pétrolière.

L’Algérie qui exporte de l’électroménager en Europe, c’était de la science-fiction il y a vingt ans. C’est aujourd’hui une réalité dans les rayons.

Finalement, cette interdépendance climatique esquisse peut-être le futur des relations entre Paris et Alger (bien sûr il faut l’exploiter de part et d’autre). Un partenariat où l’on ne se contenterait plus d’échanger des visas contre du gaz, mais où la proximité géographique jouerait à plein régime avantageant un rapprochement économique et créant la délocalisation vers un continent et un pays plus proche. L’hiver, on chauffe. L’été, on climatise. Reste maintenant à savoir si les deux Capitales sauront transformer cet équilibre saisonnier en une alliance économique valable toute l’année.

Par : Dr Sofiane CHERFI

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