
Par : Mohammed CHOUAKI
La sortie du Président Abdelmadjid TEBBOUNE, très attendue dans un contexte de tensions persistantes entre Alger et Paris, a fixé un cap sans ambiguïté : l’Algérie refuse que la question des visas soit utilisée comme instrument de pression politique ou diplomatique. En réaffirmant que son Pays n’a jamais demandé de quota de visas à la France, le Chef de l’État Algérien a voulu couper court aux spéculations et aux interprétations qui ont alimenté la polémique ces derniers jours.
Une mise au point ferme
Selon les extraits diffusés de son entretien avec des médias nationaux, Abdelmadjid TEBBOUNE a assuré que la question des visas n’a jamais été abordée avec Paris sous l’angle d’une revendication chiffrée. Il a insisté sur un point précis : « le Président Algérien n’a jamais demandé un quota de visas, un nombre de visas ou parlé de visas » avec la France. Cette précision vise clairement à contredire la lecture faite en France de certains échanges diplomatiques récents, où la délivrance de visas semblait avoir été présentée comme un levier de négociation bilatérale.
Le Président Algérien a également voulu élargir sa réponse au-delà du seul dossier consulaire. Il a rappelé qu’il n’avait « jamais demandé d’excuses » ni « d’indemnisation », présentant ainsi la relation avec la France comme une relation qui ne peut pas être réduite à des compensations matérielles ou à des arrangements techniques. Le message politique est clair : Alger veut replacer le débat sur le terrain de la souveraineté, de la dignité nationale et du respect mutuel.
Le sens politique du message
La formule la plus marquante de son intervention, « L’Algérie ne fera jamais la manche », résume à elle seule la tonalité du propos. Dans le vocabulaire politique Algérien, cette expression renvoie à un refus de dépendance et à une volonté d’affirmer que l’Algérie ne mendie ni faveur, ni concession, ni geste symbolique de la part de l’ancienne puissance coloniale. Elle s’inscrit dans une ligne de communication déjà connue de TEBBOUNE, souvent fondée sur l’affirmation de la souveraineté et la dénonciation de toute forme d’injonction extérieure.
Cette posture intervient dans un climat où les dossiers migratoires, mémoriels et consulaires se superposent depuis plusieurs mois. D’un côté, des responsables Français ont évoqué un durcissement ou une remise à plat des mécanismes liés aux visas et aux expulsions. De l’autre, Alger réplique en rappelant que les relations bilatérales ne sauraient être conditionnées par des menaces ou des ultimatums.
L’intervention de TEBBOUNE vise donc autant la scène interne Algérienne que le message adressé à Paris.
La fracture avec Paris
La polémique sur les visas s’inscrit dans une crise plus large entre l’Algérie et la France, où chaque geste diplomatique est interprété à travers le prisme de la défiance. La déclaration attribuée à l’ambassadeur de France à Alger sur un retour progressif à un volume élevé de visas avait déjà ravivé le débat, avant que l’exécutif Français ne nuance publiquement la portée de ces propos. TEBBOUNE a profité de cette séquence pour reprendre la main sur le narratif : selon lui, l’Algérie n’a formulé aucune exigence de quotas et ne doit pas être présentée comme demandeuse dans cette affaire.
Cette réponse prend d’autant plus de relief que la question des visas est devenue un marqueur politique dans les deux Pays. En France, elle nourrit les débats sur la fermeté migratoire et la relation avec Alger. En Algérie, elle est perçue comme un dossier hautement sensible, susceptible d’être instrumentalisé dans une logique de pression diplomatique. TEBBOUNE cherche donc à refermer ce qu’il considère comme une polémique artificielle et humiliante pour l’image de l’État Algérien.
Une stratégie de souveraineté
Au fond, le discours Présidentiel dépasse la simple question administrative des visas. Il s’agit d’un rappel politique adressé à la France : l’Algérie entend décider seule de sa position, de son langage et de ses priorités. En refusant de lier la relation bilatérale à des « demandes » de visas, TEBBOUNE renvoie Paris à ce qu’il présente comme l’essentiel : le respect mutuel et l’abandon des rapports asymétriques hérités de l’histoire coloniale.
Cette stratégie a aussi une dimension intérieure. Dans un contexte où l’opinion publique Algérienne reste très sensible aux signaux venus de France, une réponse jugée trop conciliante aurait pu être interprétée comme une faiblesse. En adoptant un ton ferme, TEBBOUNE consolide son image de Chef d’État qui ne cède ni aux pressions ni aux débats imposés de l’extérieur. Le choix des mots, notamment l’expression « ne fera jamais la manche », relève donc d’un calcul politique autant que d’un positionnement diplomatique.
Un dossier appelé à durer
La séquence actuelle montre que la question des visas ne sera pas réglée rapidement, car elle est désormais imbriquée dans un contentieux plus vaste entre Alger et Paris. Les dossiers migratoires, consulaires et mémoriels se renforcent mutuellement et donnent à chaque prise de parole un poids particulier. Tant que les deux capitales n’auront pas retrouvé un canal de confiance minimal, chaque déclaration risquera d’être interprétée comme une nouvelle escalade.
Dans ce contexte, la sortie de TEBBOUNE apparaît comme un message de cadrage : l’Algérie refuse toute lecture humiliantes de ses rapports avec la France et entend rester maître de ses choix diplomatiques. La polémique sur les visas, loin d’être un simple épisode technique, est devenue un symbole de la relation Franco-Algérienne dans ce qu’elle a de plus tendu, de plus politique et de plus chargé historiquement.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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