
Par : Mohammed CHOUAKI
Vingt ans après avoir été la première femme de l’histoire de France à accéder au second tour d’une élection Présidentielle, Ségolène Royal a Officialisé, le 10 juillet 2026, sa candidature à la primaire du Parti Socialiste en vue de la Présidentielle de 2027. Ancienne Ministre, ex-Présidente de région et aujourd’hui Présidente de l’Association France-Algérie, celle qui fut battue par Nicolas Sarkozy en 2007 tente un retour qu’elle présente « avec humilité, sans ego ».
Une candidature annoncée « avec humilité, sans ego »
C’est par un long message publié sur X que Ségolène Royal a mis fin au suspense, au lendemain d’un vote des militants Socialistes ayant tranché en faveur d’une primaire fermée pour désigner le Candidat de « l’espace socialiste » à la Présidentielle de 2027.
« J’ai décidé de participer à la primaire après de nombreux échanges avec des gens rencontrés, des élus, des citoyens actifs dans des associations », a-t-elle écrit, précisant prendre cette initiative « avec humilité, sans ego et sans posture de supériorité comme on en voit trop », dans l’idée de « servir, en étant à l’écoute, avec discernement, expérimentée et respectueuse des différences de points de vue »
L’ancienne Députée des Deux-Sèvres, âgée de 72 ans, justifie notamment sa démarche par le risque d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite, évoquant l’hypothèse que la première femme Présidente de la République puisse être issue de ce camp politique — une allusion directe à Marine Le Pen. Ce n’était toutefois pas une surprise totale : dès l’été 2025, elle avait confié au Figaro qu’elle « ne se déroberait pas » si une primaire respectueuse des statuts du PS venait à être organisée, tout en se défendant de toute « acharnement de la candidature » .
Un parcours politique long de près de Cinquante ans
Née Marie-Ségolène Royal à Dakar, diplômée de Sciences Po Paris puis de l’ENA (Promotion Voltaire, la même que François Hollande, dont elle a partagé la vie de 1978 à 2007 et avec qui elle a eu quatre enfants), Ségolène Royal entre en politique auprès de François Mitterrand avant de devenir Députée des Deux-Sèvres en 1988, un mandat qu’elle conservera jusqu’en 2007.
Elle occupe plusieurs portefeuilles Ministériels sous la gauche : Ministre de l’Environnement dans le Gouvernement Bérégovoy, Ministre Déléguée à l’Enseignement Scolaire puis à la Famille sous Jospin, avant de Présider pendant dix ans, de 2004 à 2014, la région Poitou-Charentes. En 2006, elle remporte largement la primaire socialiste avec 60,65 % des voix, devançant Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, puis devient en 2007 la première femme à se qualifier pour le second tour d’une élection Présidentielle Française, où elle est finalement battue par Nicolas Sarkozy (53,06 % contre 46,94 %).
Revenue au Gouvernement de 2014 à 2017 comme Ministre de l’Écologie, de l’Énergie et de la Mer sous François Hollande — elle y fait notamment voter la loi de transition énergétique pour la croissance verte —, elle devient ensuite Ambassadrice chargée des négociations internationales pour les pôles Arctique et Antarctique jusqu’à sa révocation en 2020, après plusieurs sorties critiques envers l’exécutif.
Ses tentatives de retour se sont multipliées depuis : quatrième de la primaire Socialiste de 2011, battue aux Législatives de 2012 face à Olivier Falorni, puis aux Sénatoriales de 2021 pour les Français de l’étranger, elle avait aussi proposé sa candidature à Matignon après la censure du Gouvernement Barnier fin 2024.
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Présidente de l’Association France-Algérie, une figure appréciée à Alger
Élue le 18 décembre 2025 à la Présidence de l’Association France-Algérie (AFA), fondée en 1963 pour promouvoir le dialogue entre les deux peuples, Ségolène Royal a succédé à Arnaud Montebourg dans ce rôle qui l’a replacée sur le devant de la scène diplomatique quelques mois avant l’annonce de sa Candidature. Elle est décrite par Le Monde comme l’une des personnalités politiques Françaises les plus appréciées en Algérie, au même titre que Jean-Pierre Raffarin, Jean-Pierre Chevènement ou Dominique de Villepin.
Dès le 26 janvier 2026, elle effectue un déplacement de quatre jours à Alger, répondant à une double invitation de la Chambre Algérienne de Commerce et d’Industrie et de la Chambre de commerce et d’industrie Algéro-Française. Elle y prononce un discours axé sur la mémoire coloniale, plaidant pour que la France nomme certains crimes de la colonisation et répare des blessures « non excusées », tout en critiquant la loi sur le « rôle positif de la colonisation » votée sous la Présidence Sarkozy.
Elle formule plusieurs propositions concrètes : la restitution à l’Algérie d’objets de l’époque coloniale, dont les effets personnels de l’Emir Abdelkader conservés au musée de Chantilly (tente, armes, manuscrits) et le canon Baba Merzoug érigé en colonne dans le port militaire de Brest ; le transfert d’archives historiques ; et l’ouverture du dossier des essais nucléaires Français menés dans le désert Algérien. Elle affirme avoir déjà pris contact avec la conservatrice de Chantilly et le Maire de Brest à ce sujet.
Reçue par le Président Algérien lors de son déplacement, elle a également affirmé avoir obtenu le transfert du journaliste Franco-Algérien Christophe Gleizes — condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » — de la prison de Tizi-Ouzou vers un établissement proche d’Alger, un geste salué comme un signe d’apaisement dans une relation bilatérale fortement dégradée depuis l’été 2024.
Sur place, un responsable de la Chambre de Commerce et d’Industrie Algéro-Française la décrit comme « l’antidote » à la ligne jugée plus dure incarnée par l’ancien Ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, tandis qu’elle appelle Paris à renouer rapidement avec Alger, avertissant qu’« un jour, il sera trop tard ».
Le programme d’une Candidate qui veut « une France tranquille »
Ségolène Royal présente sa Candidature comme portée par la volonté de « retrouver une France tranquille ». Elle promet d’appliquer les engagements pris lors de la COP21, qu’elle avait présidée, et de rétablir un « ordre juste » — le concept phare de sa campagne de 2007 — dans l’éducation, la santé et la sécurité du quotidien, avec une « tolérance zéro » revendiquée face aux agresseurs et aux violences faites aux enfants.
Sur le plan économique et énergétique, elle met en avant une « urgence énergétique » pour les petites et moyennes entreprises et reproche au Gouvernement d’avoir stoppé le déploiement des bornes de recharge électrique. En matière diplomatique, elle plaide pour que la France retrouve sa « stature » internationale et son rôle de « puissance médiatrice », citant en exemple son propre engagement dans le dossier Algérien et défendant une ligne d’apaisement sur la guerre en Ukraine, position qui lui a valu d’être accusée de complaisance envers la Russie — accusation qu’elle rejette catégoriquement.
Elle revendique par ailleurs la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, le sexisme et l’homophobie, et avait défendu, avant l’annonce de sa candidature, le retrait de la réforme des retraites et un « Gouvernement d’Union Républicaine » allant de la gauche au centre.
Dans un ouvrage publié à l’automne 2025 chez Fayard, largement perçu comme un manifeste pour 2027, elle avait déjà théorisé cette « nouvelle vision pour la France », allant jusqu’à déclarer ne pas exclure un ticket avec l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin et estimer que « le moment d’une femme est venu » à la tête de l’État.
Une primaire Socialiste très disputée
La candidature de Ségolène Royal s’inscrit dans une primaire de l’« espace Socialiste » où la concurrence s’annonce dense. Sont déjà déclarés le Député PS de l’Eure Philippe Brun, qui revendique une « ligne populaire » axée sur les salaires, et le Député PS de l’Essonne Jérôme Guedj, en lice depuis février et qui a confirmé sa participation le 23 août 2026, tout comme l’Eurodéputé Raphaël Glucksmann, cofondateur de Place publique, qui a affirmé vouloir se présenter « pour la gagner » et non pour une candidature de témoignage, en excluant tout accord futur avec La France insoumise.
Le Premier Secrétaire du PS Olivier Faure, désavoué par le vote des militants en faveur d’une primaire fermée, n’a pas encore tranché, de même que Boris Vallaud, Chef de file des Députés Socialistes, qui a récemment déclaré avoir « envie d’aller à la bagarre ». À l’inverse, plusieurs figures de la gauche ont choisi de contourner cette primaire : François Hollande, qui se dit disponible sans vouloir être « un candidat de témoignage » ; le Maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane, Candidat déclaré depuis le 9 juin et qui a qualifié la primaire d’« énergivore, chronophage, inutile » ; et l’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve, entré dans la course dès le 16 juillet en appelant à un « large rassemblement » dépassant les « primaires étriquées » .
Selon le service politique de TF1-LCI, cette primaire fermée du Parti Socialiste et de ses alliés devrait se tenir mi-octobre 2026, avec un premier tour le Week-end du 10 octobre et un second tour une semaine plus tard, en vue de désigner le représentant de la Social-Démocratie pour le premier tour de la Présidentielle, fixé au 18 avril 2027.
Un pari incertain, vingt ans après 2007
Sans mandat électif depuis plusieurs années et affaiblie par une série de revers électoraux successifs — quatrième de la primaire de 2011, battue aux Législatives de 2012 puis aux Sénatoriales de 2021 — Ségolène Royal part davantage en outsider qu’en favorite de cette primaire, face à des candidats plus jeunes comme Raphaël Glucksmann ou Philippe Brun. Mais sa notoriété intacte, son statut de Pionnière — première femme à avoir atteint un second tour de Présidentielle — et le rôle diplomatique qu’elle s’est taillé à la tête de l’Association France-Algérie lui offrent une visibilité singulière à l’approche de l’échéance de 2027.
Reste à savoir si cette candidature, portée « avec humilité » selon ses propres mots, parviendra à convaincre un espace Socialiste éclaté, alors que Jean-Luc Mélenchon continue de dominer les intentions de vote à gauche selon plusieurs sondages cités par la presse Française.
Sources : La Dépêche, Ouest-France – Le Figaro – Le Monde – Wikipédia – TF1 Info – APS – LCP – Gala – RTL
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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