
Par : Mohammed CHOUAKI
Le rapport du Secrétaire Général des Nations Unies remis le 1er octobre au Conseil de Sécurité ne présente pas l’autonomie comme la seule solution. Il traite la résolution 2797 comme « une base » de discussion et maintient l’Autodétermination parmi les objectifs de tout accord final. Le document arrive après les déclarations de Massad Boulos et la rencontre de Mike Waltz avec le Front Polisario, à quelques semaines d’un vote décisif sur l’avenir de la MINURSO.
Le récit était bien installé. Depuis des mois, Rabat et ses relais médiatiques présentent la question du Sahara Occidental comme une affaire réglée, où la Communauté Internationale aurait fini par accepter la souveraineté Marocaine sur le territoire. Le rapport qu’António Guterres a remis aux membres du Conseil de Sécurité le 1er octobre, sous la cote S/2026/781, dit autre chose.
Le média EC Saharaoui a eu accès à ce rapport et aux documents sur le processus de négociations. D’après lui, ces textes décrivent une situation très éloignée de celle que le Maroc présente publiquement. La proposition Marocaine d’autonomie n’y est pas consacrée comme la seule solution, et le droit à l’Autodétermination du peuple Sahraoui n’est pas écarté.
Une reprise diplomatique inédite
Le rapport est présenté comme une version préliminaire, destinée aux quinze membres du Conseil avant sa publication Officielle. Il rappelle d’abord que la période examinée a été marquée par une reprise de l’activité diplomatique. Au premier trimestre 2026, l’envoyé personnel du Secrétaire Général, Staffan de Mistura, a facilité trois séries de négociations directes. Il l’a fait avec les États-Unis, porte-plume du dossier au Conseil de Sécurité. Le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie y ont participé.
C’est une première depuis sept ans. Ce retour à la table des négociations montre à lui seul une chose : pour les Nations Unies, le dossier n’est pas clos. On ne négocie pas ce qui est déjà réglé.
La résolution 2797, « une base » et non une conclusion
Rabat avait salué la résolution 2797, adoptée l’an dernier par le Conseil de Sécurité, comme une victoire définitive. Le texte Onusien la décrit comme « une base ». Cette formulation laisse la porte ouverte à l’examen d’autres idées, propositions et formules pendant les discussions. Le rapport fixe aussi pour objectif une solution politique définitive et mutuellement acceptable, sans exclure l’Autodétermination du peuple du Sahara Occidental.
La nuance est importante. Plusieurs capitales soutiennent sur le plan diplomatique l’initiative Marocaine de 2007. Mais ce soutien ne remplace pas un accord négocié entre les parties sous l’égide des Nations Unies.
À la table des négociations, un autre discours
Le document met aussi en évidence un décalage entre ce que Rabat dit en public et ce qu’il dit à huis clos. D’après le rapport, la délégation Marocaine s’est dite prête, pendant les différentes séries de négociations, à travailler avec le Front Polisario. L’objectif serait de négocier et d’appliquer ensemble une solution mutuellement acceptable, dont le résultat final serait élaboré et assumé conjointement par les deux parties.
Cette position contredit le discours qui présente le plan d’autonomie comme une formule pratiquement fermée à la discussion. Dans les faits, son contenu reste négociable.
Les discussions ont aussi porté sur la possibilité d’un cadre transitoire et sur d’autres points de convergence encore à définir. Washington et les Nations Unies cherchent à faire accepter aux parties un cadre de négociation pour un modèle d’autonomie détaillé. En parallèle, ils veulent mettre en place un processus de consultation de la population du Sahara Occidental, conformément au principe d’Autodétermination.
Souveraineté et autodétermination, le cœur du blocage
Le revers principal pour le Maroc est là. L’autonomie n’est présentée ni comme une solution imposée ni comme un résultat décidé à l’avance. L’autodétermination du peuple Sahraoui, elle, figure explicitement dans l’objectif de tout accord définitif. Le rapport place d’ailleurs les questions de souveraineté et de droit à l’Autodétermination parmi les plus difficiles à résoudre.
Des revers qui se succèdent
Ce rapport n’est pas un cas isolé. Il y a quelques jours, Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, a déclaré sur France 24 qu’une solution au Sahara Occidental était loin d’être imminente. Ce ton tranche avec celui de Rabat. Il a aussi salué le rôle positif de l’Algérie, alors que le Maroc l’accuse de bloquer toute avancée. Il a rappelé par ailleurs que l’Algérie ne peut pas imposer une solution aux Sahraouis, ce qui contredit la thèse Marocaine d’un Front Polisario sous tutelle d’Alger.
Autre signal : le représentant permanent des États-Unis auprès des Nations Unies, Mike Waltz, a reçu une délégation du Front Polisario. Cette rencontre fragilise la campagne de Rabat, qui cherche à discréditer le représentant légitime du peuple Sahraoui.
Les arguments Marocains tombent ainsi l’un après l’autre. Le plan d’autonomie n’est pas la solution exclusive, l’Autodétermination reste sur la table, et le Polisario reste un interlocuteur à part entière. L’écart se creuse entre la communication d’une victoire définitive et la réalité diplomatique.
Rendez-vous le 31 octobre pour la MINURSO
Tout se jouera désormais au vote sur la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (MINURSO). Le Maroc pousse pour mettre fin à cette mission, dont le rôle, comme son nom l’indique, est de préparer un référendum d’autodétermination.
D’après EC Saharaoui, le Conseil de Sécurité doit décider le 31 octobre entre deux options. La première consiste à prolonger le mandat de la MINURSO d’un an. La seconde consiste à le renouveler pour une durée plus courte, ce qui permettrait d’évaluer plus tôt l’avancée des négociations et les conclusions d’un examen stratégique sur l’avenir de la mission. Vu les événements de ces derniers jours, Rabat risque d’essuyer un nouveau revers.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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