
Par : Mohammed CHOUAKI
Brahim Ghali, le conflit du Sahara Occidental est entré dans une nouvelle phase. En pointant du doigt la position Américaine, le Président de la RASD entend dénoncer une diplomatie à deux vitesses et replacer le droit international au cœur du débat.
Une médiation « Dès le départ biaisée »
« Comment peut-on se prétendre médiateur tout en soutenant exclusivement la position de l’une des parties ? » C’est en ces termes que Brahim Ghali, Président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) et Secrétaire Général du Front Polisario, a qualifié l’initiative Américaine sur le Sahara Occidental. Dans un entretien accordé à la presse Espagnole fin juillet, le leader Sahraoui a estimé que la médiation portée par Washington n’avait « aucune chance de prospérer » tant que les États-Unis continuent de soutenir le plan Marocain d’autonomie.
Pour le Polisario, la contradiction est flagrante : d’un côté, l’administration Trump affirme vouloir favoriser une solution « durable et mutuellement acceptable » ; de l’autre, elle présente le plan d’autonomie Marocain comme la seule base possible de règlement. Cette position, selon Brahim Ghali, équivaut à prendre parti dans un conflit qui oppose le Maroc à un peuple revendiquant son droit à l’autodétermination.
Le poids du droit international
L’argument Sahraoui repose sur une lecture stricte du dossier : le Sahara Occidental reste, aux yeux des Nations Unies, un territoire dont le statut final n’a jamais été réglé. C’est précisément pour cette raison que les dirigeants Sahraouis rappellent régulièrement que toute solution doit passer par un cadre de négociation conforme aux résolutions Onusiennes.
« Le problème n’est pas seulement diplomatique, il est aussi juridique et politique », insiste Brahim Ghali. Pour le Front Polisario, accepter le plan d’autonomie Marocain sans consultation libre du peuple Sahraoui reviendrait à entériner une solution de force déguisée en compromis diplomatique.
Une impasse politique persistante
L’entretien de Brahim Ghali intervient alors que plusieurs signaux montrent l’enlisement du processus politique. Des analyses publiées récemment évoquent un processus amorcé sous l’égide de Washington mais qui peine à produire des avancées concrètes. Dans ce contexte, la méfiance Sahraouie à l’égard de la médiation Américaine ne relève pas seulement de la rhétorique, mais d’un constat d’échec accumulé.
La stratégie du Front Polisario consiste donc à maintenir la pression politique et juridique sur les États-Unis et leurs alliés. En ciblant la contradiction Américaine, Brahim Ghali cherche à faire apparaître le cœur du problème : on ne peut pas défendre le droit international dans les discours et soutenir, dans les faits, une position qui le contredit.
Un signal à plusieurs capitales
Au-delà de Washington, le message vise aussi les capitales Européennes qui ont progressivement accompagné la ligne Marocaine. En rappelant que la question Sahraouie reste ouverte, Brahim Ghali tente de replacer le conflit dans sa dimension originelle : celle d’un processus de décolonisation inachevé.
Cette sortie a donc une portée plus large qu’un simple désaccord tactique avec l’administration Américaine. Elle constitue une mise en garde contre toute tentative de normalisation diplomatique qui ferait l’économie du droit des Sahraouis à choisir eux-mêmes leur avenir.
Une bataille de narration
Dans le dossier du Sahara Occidental, chaque déclaration publique devient aussi un acte de narration politique. En accusant Washington de contradiction, Brahim Ghali ne cherche pas seulement à contester une ligne diplomatique ; il tente de reprendre l’avantage sur le terrain symbolique, en présentant le Polisario comme le camp du droit et les États-Unis comme un acteur incohérent.
Cette bataille d’interprétation reste centrale, car elle conditionne la suite du dossier dans les enceintes internationales. Tant que les États-Unis maintiendront un soutien explicite au plan Marocain d’autonomie tout en prétendant favoriser une solution consensuelle, la défiance Sahraouie restera entière.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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