
Par : Mohammed CHOUAKI
Marine Le Pen large favorite des sondages, mais entravée par la justice ; explosion des candidatures à droite et à gauche : voici où en est la bataille pour l’Élysée.
Un contexte politique inédit
À moins de six mois de la campagne Officielle, la Présidentielle Française de 2027 s’annonce comme l’une des plus ouvertes et des plus imprévisibles depuis des décennies. Emmanuel Macron, élu en 2017 puis réélu en 2022, ne peut pas se représenter : la Constitution Française limite à deux le nombre de mandats consécutifs. Son second quinquennat s’achève au printemps 2027, laissant le pays sans « candidat sortant naturel » et ouvrant un boulevard à plus d’une trentaine de personnalités déclarées ou pressenties.
Le paysage politique Français reste fracturé en trois blocs difficiles à réconcilier : l’extrême droite portée par le Rassemblement National, un centre-droit et une Macronie en pleine recomposition, et une gauche toujours divisée entre plusieurs pôles rivaux.
Marine Le Pen, favorite mais sous bracelet électronique
Selon les derniers sondages, notamment celui publié fin août par Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche, Marine Le Pen domine très largement toutes les configurations testées, avec entre 34 % et 35,5 % des intentions de vote au premier tour — soit une avance de quinze à vingt points sur son plus proche poursuivant. Elle a officialisé sa quatrième candidature le 7 juillet 2026.
Mais sa candidature reste marquée par un épisode judiciaire majeur. Le même jour, la cour d’appel de Paris l’a reconnue coupable de détournement de fonds publics et de complicité de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants Parlementaires Européens du Front National, un dossier portant sur des faits étalés sur plus de onze ans. Elle a été condamnée à trois ans de prison, dont un an ferme aménagé sous forme de bracelet électronique, ainsi qu’à quarante-cinq mois d’inéligibilité, dont trente assortis du sursis. Les quinze mois restants ayant déjà été exécutés en raison de l’exécution provisoire de la première condamnation, Marine Le Pen reste juridiquement éligible pour 2027, même si elle devra porter un bracelet électronique pendant un an — une contrainte dont elle avait pourtant affirmé, à plusieurs reprises, qu’elle rendrait toute campagne impossible.
Longtemps envisagé comme le « plan B » du Rassemblement National en cas d’inéligibilité de sa Présidente, Jordan Bardella s’est finalement rangé derrière Marine Le Pen après la décision de la cour d’appel, promettant de mettre « toute son énergie » à la faire élire plutôt que de se présenter lui-même.
Le camp central : la bataille Philippe-Attal
Sans candidat Macroniste évident, deux anciens Premiers Ministres se disputent l’héritage du « bloc central ». Édouard Philippe, aujourd’hui Maire du Havre et Président du Parti Horizons, s’est imposé dans les enquêtes d’opinion comme le mieux placé de cette famille politique, avec 17 à 20,5 % des intentions de vote selon les configurations, loin devant Gabriel Attal, crédité de 12 à 12,5 %. Philippe multiplie depuis l’été les propositions destinées à marquer les esprits sur le plan économique et institutionnel.
Gabriel Attal, qui a officialisé sa candidature le 22 mai 2026 sous la bannière de Renaissance, promet de son côté « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 » et affirme rester persuadé que le rassemblement du camp Présidentiel se fera derrière lui. Les deux hommes, qui incarnent des générations et des styles très différents au sein de la Macronie, ne sont pour l’instant pas parvenus à s’accorder sur une candidature unique, ce qui affaiblit mécaniquement le poids électoral du centre.
Fait notable : dans une hypothèse de second tour testée par un sondage réalisé pour Public Sénat et vingt titres de la presse quotidienne régionale, Édouard Philippe l’emporterait face à Jordan Bardella par 52 % contre 48 %, ce qui en ferait, sur le papier, le seul rival sérieux capable de battre l’extrême droite.
Une gauche toujours émiettée
À gauche, l’union de 2022 du Nupe appartient au passé. Jean-Luc Mélenchon, figure historique de La France Insoumise, a annoncé sa candidature début mai 2026 et reste crédité de 14 à 14,5 % des intentions de vote, mais en recul face à la percée de Raphaël Glucksmann.
Raphaël Glucksmann, tête de file de Place publique et figure montante depuis les élections Européennes de 2024, a confirmé sa candidature le 24 août 2026. Il progresse dans les enquêtes d’opinion, entre 11,5 % et 14 % selon les scénarios, et fait par endroits jeu égal avec Mélenchon pour la deuxième place à gauche.
Le Parti Socialiste, de son côté, a vu son premier Secrétaire Olivier Faure Officialiser sa candidature le 31 août, dans un contexte où l’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve et l’ancien Président François Hollande (crédité de 7,5 à 8 %) restent également sur les rangs, illustrant la difficulté du « pôle socialiste » à se rassembler derrière un nom unique. François Ruffin, dissident de La France Insoumise, complète ce paysage avec environ 6 % des intentions de vote.
La droite classique et les autres forces en présence
Bruno Retailleau porte les couleurs des Républicains depuis l’officialisation de sa candidature le 20 avril 2026. Son score varie fortement selon les configurations testées : entre 6 % et 9,5 %, en fonction notamment de la présence ou non de Gabriel Attal, avec qui il capte une partie de l’électorat commun au centre-droit.
Éric Zemmour (Reconquête !) est crédité de 4 à 4,5 %, loin de ses scores de 2022. D’autres personnalités, comme l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin, le Maire de Cannes David Lisnard, ou encore les candidats de la Gauche Radicale et de l’écologie (Fabien Roussel, Marine Tondelier), complètent une liste qui pourrait compter plusieurs dizaines de noms d’ici le dépôt Officiel des candidatures.
Qui a vraiment une chance d’être élu ?
Trois enseignements se dégagent des données disponibles à ce stade :
Marine Le Pen part clairement favorite du premier tour, avec une avance qu’aucun sondage ne remet en cause depuis plusieurs mois. Sa qualification pour le second tour paraît, sauf coup de théâtre judiciaire ou politique, l’hypothèse la plus probable.
La question décisive porte sur son adversaire du second tour. Si le « bloc central » parvient à se ranger derrière Édouard Philippe plutôt que de s’épuiser dans une primaire de fait avec Gabriel Attal, les hypothèses de second tour le donnent en position de l’emporter face au Rassemblement National, sur le modèle des reports de voix observés en 2017 et 2022. À l’inverse, une gauche toujours dispersée entre Mélenchon, Glucksmann, Faure et Ruffin risque de se priver d’une qualification, un scénario qui rappellerait l’élimination de Lionel Jospin en 2002.
Enfin, l’énergie politique du Rassemblement National reste en partie suspendue à la situation judiciaire de Marine Le Pen : sa condamnation, son passage devant la Cour de cassation en cas de pourvoi, et sa propre détermination à faire campagne sous bracelet électronique constituent une zone d’incertitude qui pourrait, in fine, redistribuer les cartes en faveur de Jordan Bardella.
En résumé
À un an du scrutin, la Présidentielle 2027 oppose une favorite en tête dans les sondages mais fragilisée judiciairement, un centre-droit divisé entre deux anciens Premiers Ministres, et une Gauche toujours en quête d’unité.
L’issue du second tour dépendra moins du niveau du Rassemblement National, solidement installé en tête, que de la capacité des autres forces politiques à se regrouper derrière un candidat capable de fédérer au-delà de leur camp d’origine.
Sources : Le Monde – Elabe – Euronews – Le Parisien – Les Echos – Bfmtv
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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