
Par : Abdelkader REGUIG
Il y a des images qui valent tous les discours. Ce jour-là, à la 81e Assemblée Générale des Nations Unies, la salle s’est vidée avant même que Benjamin Netanyahu n’ouvre la bouche. Pas un départ discret, pas une protestation feutrée : une débandade massive, méthodique, spectaculaire. 77 délégations ont quitté l’hémicycle.
Quatre pays frontaliers d’Israël ,l’Égypte, la Jordanie, le Liban, la Syrie, n’étaient même pas présents dès le départ. L’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Iran ont brillé par leur absence. L’Indonésie, la Malaisie, l’Afrique du Sud, le Brésil, le Chili, la Colombie, Cuba, la Palestine, l’Algérie : tous ont tourné le dos. Une grande partie de l’Afrique, menée par Pretoria, a suivi. L’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, rares exceptions Européennes ,ont activement participé à ce walk-out.
Ce chiffre de 77 n’est pas une coquetterie statistique. C’est le baromètre d’un isolement. Le décompte exact reste difficile à établir avec certitude ,certains étaient absents dès le début, d’autres sont sortis au moment précis où Netanyahu montait à la tribune. Mais le signal est clair : jamais un Chef de Gouvernement Israélien n’avait été accueilli par un tel désaveu dans l’enceinte Onusienne.
Un génocidaire à la tribune ?
La question mérite d’être posée sans détour. Comment un homme visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité peut-il prendre la parole devant l’Assemblée des Nations ? Comment un Premier Ministre dont le pays est accusé de génocide à Gaza peut-il se permettre de monter à cette tribune ?
Jacques Attali, écrivain et ancien conseiller de François Mitterrand, n’a pas mâché ses mots : « Netanyahu est un génocidaire. » Jean-Pierre Mignard, avocat au Barreau de Paris, a enfoncé le clou : « Israël a perdu le combat de l’opinion publique mondiale. Irrémédiablement. »
Le général Michel Yakovleff, ancien Officier Général Français, a comparé la situation en Cisjordanie à « une épuration ethnique au même titre que ce qui s’est passé dans les Balkans ». Le docteur Israel Shahak, professeur israélien et survivant de la Shoah, avait cette phrase glaçante : « Les Nazis m’ont fait avoir peur d’être Juif, et les Israéliens me font honte d’être Juif. » Norman Finkelstein, politologue Américain, va plus loin : « Israël est devenu une nation de tueurs d’enfants. Ils tuent des enfants pour jouer. »
Ces voix ne sont pas des voix Arabes. Ce sont des voix Juives, Israéliennes, Occidentales. Elles comptent.
Ceux qui sont restés
Qui donc a eu le courage, ou l’indécence, de rester assis ? Les États-Unis, bien sûr. L’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie. Le Japon, l’Inde, la Chine. Les Émirats Arabes Unis et Bahreïn, ces monarchies du Golfe qui ont normalisé leurs relations avec Tel-Aviv. Le Kenya, le Mexique, El Salvador. Et le Maroc.
Oui, le Maroc. Une diplomate Marocaine était présente au second rang de la délégation, à côté du Mozambique. Plusieurs relais Marocains ont tenté de nier cette présence. Mais les images sont têtues. Le Maroc, qui a récemment approfondi ses liens avec Israël, assume désormais publiquement ce choix ,un choix que 90 % de sa population rejette, selon les enquêtes d’opinion. Le Roi Hassan II lui-même disait, dans L’heure de vérité sur Antenne 2, le 17 décembre 1989 : « La haine d’Israël et du juif est l’aphrodisiaque le plus puissant du monde Arabo-Musulman. »
Le « non » de Pezeshkian
Il y a des phrases qui tombent dans une salle comme une pierre dans un lac. Elles ne font pas de bruit tout de suite. Elles créent des ondes. Des ondes qui vont loin. Des ondes qui durent.
Ce mercredi, le Président Iranien Masoud Pezeshkian a jeté une pierre. Une seule. Mais elle a suffi : « Les armes nucléaires sont en Israël, mais les inspecteurs… » La phrase est restée en suspens. Mais tout le monde a compris.
Pendant ce temps, Pedro Sanchez, Premier Ministre Espagnol, a prononcé un discours qui a marqué les esprits. Il a dénoncé ce qu’il qualifie de génocide à Gaza, s’est opposé aux interventions militaires Américaines et Israéliennes contre l’Iran, tout en défendant le droit international face à la guerre en Ukraine.
Pour beaucoup, il incarne la possibilité d’un dirigeant qui résiste aux pressions des grandes puissances et place la paix, la justice et la vie humaine au cœur de son engagement.
Le Maroc, ce « conquérant » conquis
Netanyahu aurait déclaré : « Nous avons conquis le Maroc. » L’expression est révélatrice.
Rappelons les faits. La transmission de renseignements secrets du sommet Arabe par le Maroc à Israël lors de la guerre de 1967 aurait donné l’avantage décisif à l’État Hébreu. Aujourd’hui, Israël est le troisième fournisseur d’armes du Maroc, derrière les États-Unis et la France. Des accords ont été signés pour produire localement, en territoire Marocain, des Drones Kamikazes. L’armée Israélienne s’entraîne au Maroc, ce qui n’est arrivé dans aucun autre pays Musulman, même parmi ceux qui ont normalisé leurs relations avec Tel-Aviv.
La députée de gauche Marocaine Nabila Mounib accuse Israël de vouloir démembrer le Maroc en six États. L’accusation est grave. Mais elle intervient dans un contexte où 90 % des Marocains rejettent cette normalisation. Le pouvoir Marocain avance contre la volonté de son peuple. Et il le fait avec le soutien actif de Washington.
La légitimité en question
Que reste-t-il de la légitimité d’un Chef d’État qui se présente devant le monde drapé dans les couleurs de Washington ,bleu, blanc, rouge , plutôt que dans celles de son propre pays ? Un homme dont la présence est devenue indésirable au sein même de l’ONU. Un homme dont le discours a provoqué une hémorragie diplomatique sans précédent.
Les pays qui sont restés dans la salle sont ceux que l’on pourrait appeler les « parrains du génocide », ou, pour être plus précis, ceux qui sont dominés par des intérêts sionistes. Les États-Unis, l’Allemagne, la France. Ces noms sont désormais dans toutes les mémoires.
L’Amphithéâtre de l’ONU s’est vidé. Il ne restait que la délégation israélienne, le Maroc, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn. Quatre représentations dans une salle conçue pour en accueillir 193. L’image est saisissante. Elle dit tout.
Israël est devenu un fardeau pour la communauté internationale. Et ceux qui choisissent encore de s’asseoir à ses côtés portent désormais ce fardeau sur leurs épaules.
Contact : orarexe@gmail.com
Par : Abdelkader REGUIG
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