Maroc – Israël : une alliance militaire qui change d’échelle

Par : Mohammed CHOUAKI

Drones, défense aérienne, artillerie, missiles et satellites : le Maroc serait devenu l’un des principaux clients de l’industrie de défense Israélienne. Une analyse récente du Jewish News Syndicate (JNS) détaille ce partenariat qui pèse de plus en plus sur l’équilibre militaire au Maghreb.

Entre Israël et le Maroc, la coopération militaire a changé de dimension. Selon une analyse récente du Jewish News Syndicate (JNS), Rabat compte désormais parmi les plus gros clients de l’industrie de défense Israélienne. Cinq ans après la normalisation des relations entre les deux pays, les échanges ne se limitent plus aux déclarations diplomatiques. Ils portent sur des équipements lourds, des technologies sensibles et des programmes de long terme.

Une liste d’achats longue

La liste est impressionnante. Elle couvre presque tous les domaines de la guerre moderne : défense aérienne, drones, renseignement, artillerie, missiles et satellites.

Pour la défense aérienne, le Royaume s’est procuré le système Barak MX d’Israel Aerospace Industries (IAI). Ce système modulaire peut intercepter des avions, des drones, des missiles de croisière et certaines menaces balistiques à différentes portées.

Dans les airs, les Forces armées Royales ont acquis des drones Hermes, fabriqués par Elbit Systems, et Heron, fabriqués par IAI. Ces appareils servent à la surveillance, au renseignement et à l’acquisition de cibles.

Au sol, le Maroc renforce son artillerie avec 36 obusiers automoteurs ATMOS 2000 et les lance-roquettes multiples PULS d’Elbit Systems. Ces matériels sont conçus pour être mobiles et capables de frapper avec précision à longue distance.

Le projet LORA, un saut stratégique

Le projet le plus marquant concerne les missiles. Rabat envisagerait de coupler des missiles Israéliens LORA aux lance-roquettes mobiles HIMARS qu’il doit recevoir des États-Unis. Le LORA aurait une portée annoncée de 400 à 500 kilomètres.

Si ce projet se concrétise, le Maroc disposerait d’une capacité de frappe de précision dans la profondeur, rare dans la région. Associer une plateforme Américaine à des munitions Israéliennes montrerait aussi l’imbrication croissante du Royaume dans l’écosystème militaire Occidental.

De la normalisation à l’alliance

Ce partenariat est né en décembre 2020 avec les accords d’Abraham. Le Maroc avait alors repris ses relations avec Israël, et Washington avait reconnu la souveraineté Marocaine sur le Sahara Occidental. Le protocole de coopération sécuritaire signé à Rabat en novembre 2021 a ensuite donné un cadre officiel à la coopération militaire : achats d’armes, échanges de renseignement, formation et, selon plusieurs sources, production locale de certains équipements.

Pour Israël, le Maroc est un marché important et un partenaire stable au Maghreb et en Afrique. Pour Rabat, l’accès à ces technologies sert à moderniser rapidement ses forces et à prendre l’avantage dans une région marquée par de fortes rivalités.

Un équilibre régional sous tension

Cette montée en puissance pose la question de l’équilibre militaire au Maghreb. Des drones de surveillance aux missiles de longue portée, en passant par les satellites de renseignement, les capacités acquises par le Maroc dépassent largement la simple modernisation d’une armée. Elles traduisent un choix stratégique clair : un ancrage durable aux côtés d’Israël et des États-Unis.

Ce choix ne fait pas l’unanimité, y compris au Maroc, où la normalisation avec Israël reste contestée par une partie de l’opinion, surtout depuis la guerre à Gaza. Il risque aussi d’alimenter une course aux armements dans une région déjà tendue, où chaque nouvelle acquisition est observée de près par les pays voisins.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

Auteur/autrice

Views: 3

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *