Maroc : entre impératifs géopolitiques et pression de la rue, la normalisation avec Israël ravive les tensions internes

Par : Mohammed CHOUAKI

Au Maroc, la question de la normalisation avec Israël s’inscrit désormais au croisement de considérations géopolitiques stratégiques et d’une contestation populaire persistante. Si Rabat continue de consolider ses relations avec Tel-Aviv dans le cadre des Accords d’Abraham, la rue Marocaine, elle, reste largement mobilisée contre ce rapprochement, révélant un décalage croissant entre diplomatie d’État et sentiment populaire.

Sur le plan géopolitique, la normalisation répond à des objectifs clairement assumés par le Royaume. Elle s’inscrit dans une logique de diversification des alliances, de renforcement des partenariats sécuritaires et technologiques, mais aussi de consolidation du soutien international sur des dossiers sensibles, notamment celui du Sahara Occidental. Le rapprochement avec Israël, appuyé par les États-Unis, a ainsi permis à Rabat de renforcer sa position sur la scène internationale.

Cependant, cette orientation stratégique se heurte à une réalité sociopolitique interne marquée par un attachement historique à la cause Palestinienne. Dans les principales villes du Pays, les mobilisations populaires se multiplient, portées par des organisations politiques, des syndicats et des collectifs citoyens. Ces manifestations traduisent une opposition durable, qui dépasse les clivages partisans et s’enracine dans une mémoire collective solidaire du peuple Palestinien.

La rue Marocaine exprime ainsi une forme de contestation à la fois symbolique et politique. Les slogans et mots d’ordre dénoncent une « normalisation de fait » perçue comme contraire aux valeurs populaires, mais aussi comme un alignement stratégique jugé risqué dans un contexte régional instable. Cette mobilisation régulière, bien que contenue, agit comme un baromètre de la sensibilité nationale sur la question Palestinienne.

Dans ce contexte, les autorités Marocaines adoptent une posture d’équilibre délicate. D’un côté, elles poursuivent le développement des relations bilatérales avec Israël, notamment dans les domaines économiques, militaire et touristique. De l’autre, elles maintiennent un discours officiel de soutien à la solution à deux États et aux droits des Palestiniens, cherchant à atténuer les tensions internes.

Cette dualité met en lumière une équation complexe : comment concilier des choix géopolitiques dictés par des intérêts stratégiques avec une opinion publique largement réticente ? À moyen terme, la persistance de la contestation pourrait peser sur la gestion interne de ce dossier, sans pour autant remettre en cause, à court terme, les orientations diplomatiques du Royaume.

Ainsi, la normalisation avec Israël apparaît comme un révélateur des recompositions en cours au Maroc, où la realpolitik étatique se confronte à une rue vigilante, attachée à des constantes historiques et identitaires fortes.

• Manifestation à Rabat contre la normalisation avec Israël : des milliers de personnes ont défilé dans la capitale pour dénoncer le rapprochement avec Tel-Aviv et exprimer leur solidarité avec Gaza

• Mobilisation à Casablanca : plusieurs rassemblements ont été organisés avec des slogans contre la normalisation et en faveur de la cause Palestinienne

• Rassemblement à Tanger en 2025 : la ville a été le théâtre d’une nouvelle mobilisation contre les liens avec Israël et en soutien à Gaza.

• Marches dans plusieurs villes Marocaines : des manifestations ont aussi eu lieu à Tanger, Oujda, Agadir, Taza ou encore Berkane, avec drapeaux Palestiniens et banderoles anti-normalisation.

Grande marche à Rabat en octobre 2024 : des dizaines de milliers de personnes ont manifesté près du Parlement pour réclamer la fin de la normalisation

Par : Mohammed CHOUAKI

Auteur/autrice

Views: 3

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *