
Par : Mohammed CHOUAKI
Depuis son arrivée au pouvoir à la suite des coups de force de 2020 et 2021, Assimi Goïta a progressivement opéré un virage politique profond, transformant la transition Malienne en un système de pouvoir durable fondé sur la rupture avec l’ordre ancien, le recentrage souverainiste et le verrouillage du jeu partisan. En quelques années, l’homme fort de Bamako est passé du statut de Chef de transition à celui de dirigeant qui entend inscrire son autorité dans la durée.
Au départ présenté comme le garant d’un retour à l’ordre constitutionnel, le pouvoir issu de la junte a finalement pris une direction bien différente. Après avoir évincé le Président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, puis consolidé son emprise en mai 2021 en écartant les autorités civiles de transition, Assimi Goïta a progressivement imposé une ligne plus ferme, moins ouverte au compromis politique et davantage centrée sur la stabilité sécuritaire et le contrôle institutionnel.
Une rupture assumée
Le virage politique de Goïta s’explique d’abord par une rupture nette avec les partenaires traditionnels du Mali, notamment la France et les structures régionales jugées trop contraignantes. Le pouvoir Malien a ainsi renforcé sa distance vis-à-vis de la CEDEAO, avant de sortir de l’organisation avec ses alliés du Burkina Faso et du Niger, dans une logique de souveraineté revendiquée. Cette recomposition régionale s’est accompagnée d’un rapprochement avec la Russie, présenté par Bamako comme un choix stratégique pour diversifier ses appuis sécuritaires.
Sur le plan intérieur, ce virage s’est traduit par une réduction progressive de l’espace politique. Les activités de plusieurs Partis ont été suspendues, tandis que les consultations organisées par le pouvoir ont servi de base à des décisions institutionnelles majeures, dont la prolongation de la transition et la concentration accrue des leviers du pouvoir autour du Chef de l’État. La nouvelle Constitution adoptée en 2023 a, elle aussi, participé à cette reconfiguration du système politique.
Le pari de la stabilité
Pour les autorités Maliennes, cette orientation est justifiée par l’argument de la stabilité. Face à l’insécurité persistante, aux défis territoriaux et à la fragilité de l’État, Goïta et ses soutiens soutiennent qu’un pilotage fort est nécessaire pour éviter l’effondrement du pays. Le discours officiel met en avant la restauration de l’autorité, la reconquête territoriale et la refondation de l’État comme priorités absolues.
Mais ce choix politique a un coût. La promesse initiale d’une transition courte débouchant sur des élections crédibles s’est éloignée, au profit d’un pouvoir de plus en plus durable. En 2025, de nouvelles dispositions ont prolongé la durée du mandat de transition jusqu’en 2030, confirmant l’ancrage de la junte dans la durée. Pour ses détracteurs, il ne s’agit plus d’une transition, mais d’une Présidence militarisée qui s’installe sans véritable contre-pouvoir.
Une stratégie souverainiste
Le virage de Goïta ne se limite pas à la sécurité ou à l’institutionnel. Il s’inscrit aussi dans une stratégie idéologique plus large, fondée sur la dénonciation des ingérences extérieures et la mise en avant d’une souveraineté nationale réaffirmée. Cette posture rencontre un écho dans une partie de l’opinion, sensible au discours de rupture avec les anciennes tutelles et à la promesse d’un Mali maître de ses choix.
Dans le même temps, cette ligne politique a renforcé l’isolement diplomatique de Bamako auprès de plusieurs partenaires occidentaux et d’organisations régionales. Le pays a cependant trouvé dans l’Alliance des États du Sahel un nouvel espace d’alliances, aux côtés du Burkina Faso et du Niger, qui partage la même vision d’un rééquilibrage stratégique dans la région. Ce basculement redéfinit non seulement la politique Malienne, mais aussi l’équilibre géopolitique du Sahel.
Un tournant durable
Le « virage politique » d’Assimi Goïta semble désormais aller bien au-delà d’une simple phase de transition. Il correspond à l’installation d’un nouveau modèle de pouvoir, plus centralisé, plus militaire et davantage tourné vers la souveraineté revendiquée que vers une ouverture démocratique rapide. Pour ses partisans, il s’agit d’une reconstruction patiente de l’État. Pour ses adversaires, d’une dérive autoritaire assumée.
Dans les faits, Goïta a réussi à transformer une transition de crise en architecture politique durable, en s’appuyant sur la sécurité, le discours souverainiste et la recomposition des alliances régionales. Le Mali entre ainsi dans une nouvelle phase, dont l’issue dépendra autant de la situation sécuritaire que de la capacité du pouvoir à produire des résultats concrets pour la population.
Sources : bbc – jeune Afrique – afrik – Wikipédia –
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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