
Par : Mohammed CHOUAKI
La reconnaissance de la RASD par Madrid, Paris et Rome, si elle venait à être actée ou confirmée dans ses formes les plus officielles, constituerait un séisme diplomatique majeur autour du dossier du Sahara Occidental. Une telle évolution mettrait fin à des ambiguïtés longtemps entretenues par les grandes capitales Européennes et redessinerait les lignes d’un contentieux qui continue de diviser la région.
Pendant des années, ces trois Pays ont adopté des positions prudentes, souvent ambiguës, oscillant entre soutien au processus Onusien, calculs bilatéraux et préservation de leurs intérêts stratégiques au Maghreb. Mais le simple fait que leur position soit aujourd’hui évoquée dans des termes plus nets montre à quel point le dossier Saharien reste un marqueur central des rapports entre l’Europe du Sud et l’Afrique du Nord.
Pour Rabat, une telle reconnaissance serait perçue comme une rupture politique de grande ampleur, voire comme un affront diplomatique direct. Pour le Front Polisario et ses soutiens, elle constituerait au contraire une avancée symbolique et politique considérable, susceptible de renforcer la légitimité de la RASD sur la scène internationale. Dans les deux cas, l’impact dépasserait largement le cadre bilatéral pour toucher l’ensemble des équilibres régionaux.
Le sujet est d’autant plus sensible que Madrid, Paris et Rome ne peuvent être considérées comme des acteurs secondaires. L’Espagne porte la responsabilité historique la plus directe, la France demeure un acteur influent dans le dossier Maghrébin, et l’Italie cherche depuis plusieurs années à consolider sa présence politique et économique en Afrique du Nord. Une évolution de leur ligne sur la RASD aurait donc une portée bien au-delà du seul dossier Saharien.
Au niveau Européen, une telle orientation ouvrirait aussi un débat sur la cohérence des positions des États membres face au droit international et au principe d’Autodétermination. Elle relancerait les interrogations sur la capacité de l’Union Européenne à parler d’une seule voix dans une crise où les intérêts nationaux continuent de primer sur une doctrine commune.
Ce dossier reste l’un des plus inflammables de la diplomatie régionale. Et si Madrid, Paris et Rome franchissaient réellement le pas d’une reconnaissance formelle, les conséquences politiques seraient immédiates : crispation avec Rabat, encouragement pour le camp favorable à la RASD, et repositionnement forcé de plusieurs capitales Européennes sur le Sahara Occidental.
Par : Mohammed CHOUAKI
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