Législatives en Algérie : l’ANIE impose un tri inédit, les Partis sous pression

Par : Mohammed CHOUAKI

À quelques jours du scrutin législatif du 2 juillet 2026, le paysage politique Algérien aborde la dernière ligne droite dans un contexte de recomposition accélérée, marqué par les effets durables du processus de validation des candidatures conduit par l’Autorité Nationale Indépendante des Elections (ANIE).

Une application rigoureuse de la loi électorale

En appliquant strictement l’article 200 de la loi électorale, l’ANIE a opéré un tri inédit dans les listes en lice. Au total, 3 174 candidats ont été écartés, soit près de 30% des 10 168 postulants, contre 6 994 candidatures validées. Seules 77 listes ont été initialement acceptées, tandis que 31 ont été rejetées.

Dans plusieurs Wilayas, les conséquences ont été significatives. À Oran, près de 60 candidatures ont été invalidées, dont 12 Députés sortants et plusieurs élus locaux. À Béjaïa, bien que les 14 listes en compétition aient été maintenues, elles ont été fortement remaniées pour les 9 sièges en jeu.

Partis traditionnels fragilisés

Aucune formation politique n’a échappé à ce filtrage.

Plusieurs partis ont vu leurs listes profondément remaniées :

• Le RND et le Mouvement El Bina ont chacun perdu 9 candidatures

• Le TAJ, le MSP et le Front El Mostaqbal enregistrent 8 rejets chacun

• Le FLN compte 7 candidatures invalidées, contre 6 pour le MPA

Le FFS a subi un revers notable avec l’exclusion de plusieurs figures expérimentées, tandis que le RCD, engagé dans un retour politique, a également été affecté par ces invalidations.

Des critères de plus en plus stricts

Les motifs de rejet s’inscrivent dans une logique de durcissement des conditions d’éligibilité. L’ANIE a notamment retenu :

• Des soupçons de liens avec des milieux d’affaires

• Des interférences jugées incompatibles avec la transparence électorale

• Des tentatives d’influence directe ou indirecte sur les électeurs

Ces critères traduisent une volonté affichée de moralisation de la vie politique, désormais au cœur du processus électoral.

Remplacements et ajustements en urgence

Après les décisions de rejet, les Partis ont dû procéder, dans des délais contraints, à la désignation de candidats de remplacement. La majorité des formations a réussi à reconstituer ses listes dans les délais légaux, limitant ainsi le risque d’invalidation globale.

Les recours introduits sont restés marginaux, confirmant globalement les décisions de l’ANIE et consolidant le nouveau paysage électoral.

Une campagne sous tension

Depuis l’ouverture officielle de la campagne le 9 juin, les partis tentent de repositionner leurs stratégies, souvent contraintes par des listes remaniées et l’absence de certaines figures locales influentes.

Dans ce contexte, la question de la moralisation de la vie politique s’impose comme un enjeu central du scrutin. Ce « grand ménage » électoral redéfinit les équilibres en présence et pourrait favoriser l’émergence de nouveaux profils, au détriment des réseaux politiques traditionnels.

À l’approche du vote, prévu le 2 juillet, cette recomposition accélérée laisse entrevoir une compétition plus ouverte, mais aussi plus incertaine, dans un paysage politique en pleine mutation.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

Auteur/autrice

Views: 7

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *