
Par : Mohammed CHOUAKI
Le Maroc figure désormais parmi les grandes menaces perçues par les Espagnols, selon une récente enquête réalisée par le cabinet SocioMétrica et relayée par le média El Español. 57,6% des Espagnols considéreraient aujourd’hui le Royaume comme une menace pour leur pays, justifiant, dans un contexte de tensions diplomatiques et migratoires, une demande croissante de distance politique avec Rabat.
Perception sécuritaire et politique
L’enquête montre que le Maroc est rangé en deuxième position des menaces, juste derrière la Russie (68%) et devant Israël (52%), chez les citoyens interrogés. Cette perception s’inscrit dans un climat de suspicion accru sur la frontière sud de l’Espagne, où le Royaume est vu à la fois comme un partenaire incommodant et comme un facteur de risque sécuritaire, notamment en matière migratoire et de trafic de drogue.
Pression sur la relation bilatérale
Plus de 60% des Espagnols estiment que leur pays devrait « s’éloigner du Maroc », une attitude qui traverse également une partie des courants politiques Espagnols. Les enclaves de Ceuta et Melilla, les flux migratoires autonomisés et les contentieux diplomatiques récurrents alimentent une représentation du Maroc comme voisin à la fois proche et potentiellement hostile, ce qui fragilise un lien historique et économique autrefois plus apaisé.
Les tensions migratoires entre l’Espagne et le Maroc viennent d’un mélange de facteurs géopolitiques, économiques, diplomatiques et médiatiques.
1.Position géographique et frontières sensibles
Le Maroc est devenu une « porte d’entrée » pour des migrants subsahariens tentant de rejoindre l’Europe via les côtes Atlantique et Méditerranéenne, notamment à hauteur de Ceuta et Melilla. Les enclaves Espagnoles, très surveillées mais proches du territoire Marocain, concentrent une pression constante sur les barrières et les dispositifs de contrôle, ce qui alimente les affrontements ponctuels et les scènes de franchissement massif.
2. Accords de réadmission et contentieux sur l’« externalisation »
L’Espagne et l’UE comptent sur le Maroc pour maîtriser les flux et pour réadmettre des migrants originaires de pays tiers ou de son propre territoire, en vertu d’accords de réadmission (comme celui de 1992). À plusieurs moments de crise, Rabat a été accusé de relâcher ou de limiter la pression aux frontières (routes terrestres vers Ceuta/Melilla ou itinéraires maritimes), ce que certains analystes interprètent comme un moyen de pression diplomatique contre Madrid.
3. Instrumentalisation politique et dimension diplomatique
Plusieurs crises migratoires récentes (comme celle de Ceuta en 2021) ont été analysées comme des « crises diplomatiques déguisées », liées à des désaccords sur le Sahara Occidental ou à la politique Espagnole vis‑à‑vis du Polisario. Quand Madrid prend des décisions jugées hostiles par le Maroc (par exemple un changement de position sur le Sahara ou l’accueil de leader du Polisario), Rabat peut laisser passer davantage de personnes vers les enclaves, ce qui renforce la perception d’une « menace migratoire » en Espagne.
4. Pression économique et sociale au Maroc
Le Maroc fait face à une forte présence de migrants Subsahariens en transit ou en situation irrégulière, ce qui crée des tensions locales autour du logement, de l’emploi informel et de la sécurité dans certaines villes frontalières. Cette pression sociale nourrit, de part et d’autre, des discours sur la nécessité de durcir les contrôles, mais aussi des stratégies de « gestion arbitraire » (détentions, expulsions internes) qui alimentent les critiques et les drames humanitaires.
5. Narratifs médiatiques et peur du « grand remplacement »
En Espagne, l’afflux massif de migrants, même ponctuel, est largement relayé dans les médias et les discours politiques, ce qui renforce la perception d’un « risque existentiel » liée au Maroc, même si les chiffres annuels globaux restent moins élevés que sur d’autres routes migratoires. Ce climat nourrit un lien entre migration, sécurité et identité nationale, qui place le Maroc non seulement comme un partenaire mais comme une source potentielle de déstabilisation.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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