Le Cefir une expérience associative originale portée par un Algérien Mustapha BOURAS et son équipe

Par : Mustapha BOURAS

Une action associative construite autour de trois axes : éducation et communication interculturelle, pépinière de créateurs d’entreprises, valorisation de l’autre par le co-développement.

Venu de l’émigration, j’ai toujours privilégié le travail sur le terrain. Pour cela, j’ai bénéficié de trois chances personnelles. La première c’est d’avoir compris très vite grâce à la rencontre d’une religieuse, l’importance de l’action associative. L’association Rencontre, devenue Cefir (Centre d’Éducation et de Formation Interculturel Rencontre), a été lancée il y a 30 ans. La deuxième est que j’avais émigré à Dunkerque, chez les gens du Nord, très travailleurs. La troisième est d’avoir été amené à collaborer avec des hommes et des femmes dans une école d’ingénieurs, l’Icam de Lille, qui m’ont appris à faire et à finir.

Aborder la question des discriminations à partir d’indicateurs de gestion publique ou privée de celles-ci, me gêne. J’ai baigné dans une culture Islamo-Chrétienne, qui valorise une démarche d’humanité et de charité. Les nombreuses discriminations touchent des gens qui sont uniques. On ne peut « formater » les douleurs personnelles. Ma manière de lutter contre la discrimination faite à des gens qui sont pauvres, c’est une démarche humaine normale. Je ne vois pas pourquoi on en est arrivé à faire des lois pour officialiser la discrimination. Après les Trente Glorieuses, on a eu la lutte contre l’exclusion et maintenant la lutte contre la discrimination. Quelle vision du développement ! Je suis convaincu que l’émergence de leaders économiques et sociaux permettra de régler ces tensions discriminatoires.

Pour le moment, on construit des réseaux plutôt sur la pauvreté et les difficultés, mais il faut inventer une ingénierie de mise en réseau des réussites des jeunes issus de l’immigration. Eux-mêmes, lorsqu’ils veulent monter un orchestre, ne se valorisent pas. Trouver du travail sur un marché de l’emploi qui a une dimension mondialisée, c’est plus difficile, les repères changent. Comment contribuer à les aider ?

Parmi les projets lancés par le Cefir, il y a d’abord « Cré’action ». De plus en plus de jeunes sont diplômés (bac + 4, voire + 6…) et représentent une richesse humaine inemployée : c’est un gâchis. Les années passent et le RMI reste le RMI, le chômeur reste chômeur. L’expérience de Cré’action est financée par le Programme d’initiative communautaire Equal. Fils d’un petit patron Algérien, je suis plutôt porté sur l’entreprise et j’essaie d’aider à ce que vive une culture d’entreprise, sans qu’il y ait à l’interpréter idéologiquement (« patronat », etc.). Nous embauchons avec un petit salaire, dans une sorte de « nursery », des gens qui ont des idées. Notre stratégie est celle d’un accompagnement pour les aider à monter des projets spécifiques. Cela ne se fait pas en deux ou trois mois. Toute une équipe accompagne la création et la reprise d’entreprise dans le cadre de notre centre de formation. Depuis six ans, sur dix personnes que nous prenons en pépinière, six ou sept réussissent.

La deuxième expérience dont je veux parler pour lutter contre les discriminations, c’est la communication. Louise La Faye, sœur de l’Assomption, qui m’a interpellé il y a 35 ans, parlait à des femmes Arabes en Arabe pour leur donner des explications (c’était l’époque des regroupements familiaux à Dunkerque). Elle m’a sensibilisé à ce fait qu’il faut comprendre les gens pour les aider et il faut aimer quelqu’un pour le comprendre. L’enseignement de la langue Arabe, la connaissance de la culture Musulmane (Avicenne, Averroès, Omar Khayyam, Ibn Arabi…) sont plus que nécessaires. Or il y a une carence de connaissances entre les peuples (même quand on a un haut niveau d’études), qui entraîne un défaut de dialogue des cultures.

Notre association a accompli un travail de communication interculturelle et elle a pris le nom de Centre d’éducation et de formation interculturelles. Une radio a été créée, qui émet en Arabe à Dunkerque, mais en flamand aussi. Une revue est publiée et nous éditons un certain nombre d’informations sur toutes les cultures. Il y a vingt ans, la colonie la plus importante sur les chantiers était portugaise.

Depuis, nous avons réalisé des dossiers sur l’Algérie, ou sur la ville de Fès au Maroc. Le travail de terrain passe par un travail éducatif.

Notre troisième action est une manière de valoriser l’autre. Il faut discuter, tendre la main et se comprendre. Et cela concerne à la fois celui qui vient et celui qui reçoit. Les deux doivent faire un effort de compréhension. Une dernière expérience, que je considère comme la plus importante, concerne les jeunes immigrés du Maghreb. Sur le plan du développement macroéconomique, il y a d’un côté de la Méditerranée un manque d’encadrement et, de l’autre, un problème de chômage. Il faut que les pouvoirs publics, de part et d’autre, se décident à coopérer ensemble à ce que l’on appelle le co-développement.

Il y a tellement de choses à faire de l’autre côté qu’il faut les aider à se développer en bénéficiant du soutien des Français d’origine Maghrébine ; cela pourra même éviter à certains d’immigrer.

 Concrètement, le Cefir a financé la création d’une maison de l’Euro-Méditerranée dans la médina de Fès, et nous sommes en négociation pour une expérience similaire en Algérie, à Tiaret.

Notre manière de faire, c’est d’avoir d’abord un projet associatif – de rencontre –, ensuite de s’engager sur le terrain, et d’être dans une dynamique territoriale et non pas de se noyer dans des dispositifs ou des démarches venant « d’en haut ».

Par: Mustapha BOURAS – Dunkerque

President fondateur

www.cefir.fr

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