L’Algérie rurale : la richesse que nous n’avons pas encore totalement révélée

Par : Dr Amina SALHI

Et si nos territoires ruraux devenaient un nouveau moteur de création de valeur ?

Pendant longtemps, le monde rural a été principalement considéré sous l’angle de l’agriculture et de la production. On parlait de terres, de récoltes, d’élevage et de rendement.

Mais cette vision est aujourd’hui devenue trop étroite.

Le territoire rural n’est pas uniquement un espace agricole. Il peut être un espace économique, social, culturel et entrepreneurial, capable de produire de la richesse, de créer des emplois et de retenir les compétences.

L’Algérie dispose d’une diversité territoriale exceptionnelle : montagnes, plaines, hauts plateaux, zones steppiques et espaces sahariens. Chacun de ces territoires possède ses propres ressources, ses savoir-faire, ses produits et ses potentialités.

La question n’est donc plus seulement :

Que pouvons-nous produire dans nos territoires ruraux ?

Mais :

Quelle économie pouvons-nous construire autour de ce que chaque territoire sait déjà produire ?

Un fruit vendu comme matière première ne génère pas la même valeur qu’un produit transformé, conditionné, labellisé et commercialisé sous une identité territoriale.

Un lait vendu à l’état brut ne représente pas la même opportunité économique qu’une véritable chaîne locale intégrant transformation, qualité, emballage, distribution et commercialisation.

Un produit agricole traditionnel peut également devenir une marque territoriale, un produit touristique et même un ambassadeur économique à l’international.

C’est là que se trouve une opportunité considérable pour l’Algérie.

Il faut passer de l’agriculture rurale à l’économie rurale.

Cette transformation nécessite de rapprocher plusieurs activités : production agricole, transformation agroalimentaire, artisanat, tourisme rural, services, logistique, formation et innovation.

Le territoire ne doit plus être considéré comme un simple lieu de production, mais comme un écosystème économique complet.

Cette approche permettrait également de créer davantage d’opportunités pour les jeunes et les femmes rurales, en développant de nouvelles activités autour des ressources locales.

Car le développement rural ne consiste pas seulement à maintenir les populations dans leurs territoires.

Il consiste à faire de ces territoires des espaces où il devient économiquement intéressant de rester, d’investir et d’entreprendre.

La montagne peut produire plus que des récoltes. Elle peut produire de la valeur.

Les produits du terroir, les plantes aromatiques, les fruits, le miel, l’huile d’olive, les produits laitiers, l’élevage traditionnel et les savoir-faire locaux peuvent être intégrés dans des chaînes de valeur modernes.

Mais cela suppose une nouvelle approche : identifier les avantages de chaque territoire, mesurer leur potentiel économique, accompagner les producteurs, développer la transformation et surtout construire des débouchés commerciaux.

L’objectif n’est pas de reproduire partout le même modèle. C’est précisément l’inverse. Il faut construire des modèles adaptés aux territoires.

Une politique de développement rural réussie devrait donc répondre à trois questions simples :

  • Que possède ce territoire ?
  • Quelle valeur pouvons-nous créer à partir de cette richesse ?
  • Comment cette valeur peut-elle bénéficier durablement à sa population ?

C’est peut-être ainsi que nous pourrons transformer le rural d’un espace souvent associé aux difficultés en un espace associé à l’innovation, à la production et à la création de richesse.

L’Algérie n’a pas seulement besoin de produire davantage.

Elle a besoin de mieux valoriser ce qu’elle possède déjà.

La véritable richesse d’un territoire n’est pas seulement ce qui se trouve dans son sol.

C’est la capacité de ses habitants à transformer ses ressources en valeur, en emplois et en avenir.

Par : Dr Amina SALHI

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