La forêt Algérienne : Patrimoine à protéger ou richesse à produire ?

Par : Dr Amina SALHI

Et si protéger durablement nos forêts passait aussi par leur donner une véritable valeur économique ?

Pendant longtemps, la forêt a principalement été considérée comme un espace à protéger : lutter contre les incendies, préserver les arbres, surveiller les territoires et intervenir lorsque survient la catastrophe.

Cette approche demeure indispensable.

Mais face aux nouveaux défis climatiques, économiques et sociaux, une autre question mérite aujourd’hui d’être posée :

Et si la meilleure manière de protéger durablement nos forêts était aussi de leur donner une véritable valeur économique ?

L’Algérie possède un patrimoine forestier qui ne représente pas uniquement une richesse écologique. Il constitue également un potentiel économique, rural et territorial encore insuffisamment valorisé.

La forêt peut contribuer à créer de l’activité sans être dégradée.

Elle peut soutenir l’apiculture, les plantes aromatiques et médicinales, certains produits forestiers et de terroir, l’élevage organisé dans les espaces appropriés, l’écotourisme, ainsi que différentes activités de transformation et de valorisation.

L’enjeu n’est donc pas de                             « commercialiser la forêt », mais de construire une économie qui permette de valoriser ses ressources tout en garantissant leur renouvellement.

Protéger et produire ne sont pas nécessairement contradictoires

Au contraire.

Lorsqu’une population rurale tire une partie de ses revenus d’une forêt protégée et durablement exploitée, cette forêt devient également un capital économique qu’elle a intérêt à préserver.

C’est là qu’une nouvelle approche pourrait être développée : faire des populations riveraines des partenaires de la protection, et non uniquement des bénéficiaires de programmes publics.

Pourquoi ne pas développer des projets territoriaux associant collectivités, forestiers, éleveurs, apiculteurs, agriculteurs, chercheurs et investisseurs ?

Chaque territoire forestier possède ses propres caractéristiques.

Il ne faut donc pas lui imposer un modèle unique.

À chaque territoire sa vocation

Dans certaines zones, la priorité pourrait être l’apiculture.

Dans d’autres, les plantes aromatiques et médicinales.

Ailleurs, l’écotourisme, les produits du terroir, l’élevage adapté ou certaines activités de transformation.

Cette spécialisation permettrait de créer des écosystèmes économiques forestiers locaux, capables de générer des revenus et des emplois tout en renforçant la surveillance et la protection des espaces naturels.

Mais cette valorisation doit être encadrée par des règles strictes : capacités de charge, périodes d’exploitation, traçabilité, renouvellement des ressources, contrôle sanitaire et environnemental.

Le véritable défi est celui de la valeur durable

Une forêt brûlée représente une perte écologique.

Mais elle représente également une perte économique, sociale et territoriale.

À l’inverse, une forêt vivante peut produire de l’activité pendant des décennies si son exploitation est pensée avec intelligence.

C’est pourquoi la politique forestière de demain devrait peut-être mesurer non seulement les hectares protégés, mais aussi les emplois créés, les revenus générés, les ressources renouvelées et les territoires revitalisés.

Le Barrage vert ouvre également une perspective plus large

La restauration des territoires dégradés et la lutte contre la désertification ne devraient pas être pensées uniquement comme des opérations de plantation.

Elles peuvent devenir des projets économiques et territoriaux intégrés : restauration écologique, élevage adapté, valorisation des plantes, développement des activités rurales et création de chaînes de valeur locales.

Autrement dit, planter est nécessaire.

Mais faire vivre durablement le territoire autour de cette plantation est tout aussi essentiel.

Une nouvelle économie forestière Algérienne ?

L’Algérie pourrait progressivement construire une stratégie nationale autour d’un principe simple :

protéger la ressource, valoriser ce qui peut l’être, renouveler ce qui est prélevé et faire bénéficier les territoires de la valeur créée.

La forêt ne doit pas devenir une zone interdite au développement. Elle doit devenir un espace de développement responsable.

La véritable réussite ne serait donc pas seulement de compter les arbres sauvés après une saison difficile.

Elle serait de pouvoir dire, dans quelques années, que nos forêts sont plus résilientes, nos territoires ruraux plus actifs, nos populations davantage impliquées et nos ressources naturelles mieux valorisées.

La forêt Algérienne n’est pas seulement un patrimoine que nous devons transmettre.

Elle peut devenir un capital naturel capable de produire de la valeur, des emplois et de la résilience — à condition que nous sachions la protéger en la valorisant, et la valoriser sans jamais cesser de la protéger.

Par : Dr Amina SALHI – Oran

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