
Par – Abdelkader REGUIG
« L’œil qui dérange »
Alger, lundi. Sur l’estrade, le Secrétaire Général du FLN affiche un large sourire. Le slogan est martelé : « Algérie Victorieuse ». Dans les travées, quelques militants applaudissent. Mais dans les coulisses et sur les réseaux sociaux, l’ambiance est tout autre. Le Parti historique, celui de la guerre de Libération, traverse l’une des crises les plus graves de son histoire récente.
Une stratégie de campagne qui détonne
Le choix d’In Guezzam – Wilaya isolée du grand Sud – pour lancer officiellement la campagne était censé incarner « l’authenticité et le rajeunissement ». Mais sur le terrain, le décalage est criant. De nombreux militants historiques, issus de familles nationalistes, dénoncent une « prise d’otage » de l’appareil par une direction qui, selon eux, a rompu avec les fondamentaux du Parti.
Les chiffres qui accusent : Pa parité bafouée
La rupture avec la parité homme-femme est flagrante. À Oran, vitrine économique et politique de l’Ouest, la liste FLN ne comporte que deux femmes sur 22 postes. Soit moins de 10 %, quand les directives Présidentielles appellent à une représentation équilibrée. « C’est un retour en arrière inadmissible », souffle une militante de longue date, qui demande l’anonymat.
L’éviction des forces vives locales
À Oran toujours, le mécontentement est à son comble. Aucune personnalité issue des grandes familles influentes, de la société civile organisée ou des Zaouïas (confréries religieuses) n’a été retenue. Pire : des profils étrangers à la Wilaya, parfois sans ancrage local, ont été parachutés. Les militants s’interrogent : « Veut-on vraiment gagner les élections, ou simplement verrouiller l’appareil ? »
Le scandale du Mouhafadh d’Oran : incompétence et vidéo compromettante
L’affaire qui fâche le plus concerne la nomination imposée par la Direction Centrale du Mouhafadh (responsable local) d’Oran. Alors que des universitaires reconnus et des avocats réputés étaient candidats, un profil jugé « léger » et « inexpérimenté » a été préféré.
La situation a dégénéré après la diffusion sur Facebook – Largement relayée par le journaliste Sid Ahmed Benatia – D’une vidéo montrant ce responsable lors d’une soirée privée arrosée, avec des scènes de débauche. Ce même responsable avait déjà été imposé lors des législatives de 2021, puis reconduit pour 2026. Mais cette fois, l’Autorité Nationale Indépendante des Elections (ANIE) a refusé son investiture. Question qui fâche : comment la direction nationale a-t-elle pu, en connaissance de cause, maintenir un tel profil ? « Soient-ils ne savent rien, soit ils savent tout et ils s’en moquent », résigne un cadre Oranais.
Lille, laboratoire d’une purge à froid
À la circonscription de Lille (France), la méthode est la même : écarter les figures historiques. Mme Leïla Guiri, militante respectée, a été évincée au profit d’un parachuté sans légitimité locale. Réaction immédiate : Sept candidats démissionnent collectivement. Le responsable local du FLN à Lille a envoyé une alerte formelle à la Direction Nationale. Réponse : Silence Radio. Les militants parlent d’un « Mépris souverain ».
« Le temps des fables est révolu »
La grogne ne se limite plus à des murmures. Un appel solennel au départ du Secrétaire Général circule dans plusieurs Wilayas. Les signataires dénoncent « une purge organisée des cadres loyaux » au profit de transfuges issus d’autres Partis, parfois même d’anciens opposants. La direction est accusée de servir des ambitions personnelles claires : le Secrétaire Général viserait la Primature après les législatives, quitte à brader l’héritage de figures tutélaires comme Abdelhamid Mehri et Kaïd Ahmed.
Après l’Assemblée, la révolte ?
Selon nos informations, à l’issue de l’installation de la prochaine Assemblée Nationale, un front uni – emmené par plusieurs Wilayas emblématiques – comptera exiger le départ immédiat du patron du FLN. Dans un communiqué cinglant, les contestataires préviennent :
« Là où il y a silence et destruction, s’opère une trahison. Nous ne sommes pas des traîtres. Le temps des fables est révolu. Celui de l’action responsable doit commencer. »
Le FLN se retrouve ainsi face à une équation vertigineuse : gagner des élections (peut-être) sans perdre son âme (assurément). À voir l’ampleur de la fronde, la direction sortante joue peut-être son dernier mandat.
Contact : orarexe@gmail.com
Par: Abdelkader REGUIG – Oran
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Le parti des chouhadas, le parti des martyrs, n’est pas un simple outil politique. Il représente une mémoire, une histoire, un sacrifice et une fierté nationale. Ce parti, qui autrefois rassemblait et faisait l’unanimité, ne doit pas être sali, manipulé ou utilisé pour régler des comptes personnels.
Aujourd’hui, il devient urgent de préserver cette mémoire. Si certains veulent faire de la politique, accéder au Parlement, se présenter ou défendre leurs ambitions personnelles, la scène politique est vaste : qu’ils créent leur propre parti et qu’ils assument leurs choix librement.
Mais on ne touche pas à la mémoire des chouhadas. On ne transforme pas le symbole des martyrs en terrain de scandales, de règlements de comptes ou d’intérêts personnels. Nos martyrs ont déjà tout donné. Ils n’ont pas à subir une seconde injustice à travers l’image d’un parti qui devrait rester propre, respecté et fidèle à leur sacrifice.
Ce parti doit rester un symbole de mémoire, de dignité et de respect. Pas un instrument pour salir l’histoire.