
Par : Dr Amina Salhi
Une approche prospective pour anticiper les crises avant qu’elles ne surviennent
Les crises alimentaires ne préviennent jamais. Une sécheresse exceptionnelle, une rupture des chaînes d’approvisionnement, une flambée des prix internationaux ou une crise sanitaire peuvent fragiliser, en peu de temps, les équilibres alimentaires d’un pays.
Dans le secteur bancaire, de nombreux États réalisent régulièrement des « stress tests » afin d’évaluer la capacité de leurs institutions financières à résister à des scénarios extrêmes. Cette démarche a permis d’améliorer la prévention des risques et de renforcer la résilience des systèmes financiers.
Une question mérite aujourd’hui d’être posée : pourquoi ne pas engager une réflexion similaire appliquée au système alimentaire ?
Un **Stress Test national de sécurité alimentaire** ne viserait pas à annoncer une crise, mais à mesurer la capacité du pays à faire face à différents scénarios.
Que se passerait-il si les précipitations diminuaient fortement pendant plusieurs campagnes agricoles ? Si les prix mondiaux de certaines matières premières connaissaient une hausse durable ? Si une perturbation logistique ralentissait l’approvisionnement de certaines régions ? Si une maladie animale ou végétale affectait une filière stratégique ?
L’objectif serait d’identifier les vulnérabilités, mais aussi les points forts du système alimentaire national, afin de mieux orienter les investissements, les politiques publiques et les dispositifs de prévention.
Une telle démarche mobiliserait les compétences des universités, des centres de recherche, des institutions techniques, des opérateurs économiques et des administrations concernées. Elle reposerait sur des données, des modèles scientifiques et des scénarios prospectifs, dans une logique d’amélioration continue.
Les résultats pourraient alimenter une réflexion sur les réserves stratégiques, la diversification des filières, la modernisation des infrastructures, le développement des capacités d’analyse et le renforcement des mécanismes de veille.
Dans un monde marqué par l’incertitude, la résilience devient un indicateur majeur de performance.
L’Algérie dispose de compétences scientifiques et institutionnelles capables de nourrir une telle réflexion. L’enjeu n’est pas de prévoir exactement la prochaine crise, mais d’être mieux préparé à y répondre.
Les pays les plus résilients ne sont pas ceux qui évitent toutes les crises. Ce sont ceux qui les anticipent, les évaluent et s’y préparent avec méthode.
Peut-être est-il temps d’ouvrir le débat sur un **Stress Test national de sécurité alimentaire**, afin que la prévention devienne une composante à part entière de la souveraineté alimentaire de demain.
Par : Dr Amina Salhi – Alger
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