De la sécurisation du marché à la construction d’une capacité nationale : l’Algérie doit-elle désormais produire ce qu’elle importe ?

Par Dr Amina Salhi

En Algérie, la question alimentaire ne peut plus se limiter à la disponibilité des produits sur les marchés. La véritable question stratégique est désormais la suivante : sommes-nous capables de produire durablement, localement et à un coût maîtrisé ce que nous devons aujourd’hui importer pour répondre aux besoins du marché ?

En septembre 2026, cette interrogation prend une dimension particulière. La maîtrise du pouvoir d’achat, la disponibilité des produits alimentaires, le coût des intrants et la pression croissante sur les ressources hydriques imposent de repenser notre conception de la sécurité alimentaire.

L’importation peut être nécessaire pour répondre à une situation conjoncturelle. Elle permet d’assurer rapidement l’approvisionnement, de préserver l’équilibre du marché et de répondre aux besoins du consommateur.

Mais l’importation ne doit pas devenir notre capacité de production par défaut.

Le véritable enjeu est donc de passer progressivement d’une logique de sécurisation du marché à une logique de construction de capacité nationale.

Cette transition concerne particulièrement la filière des viandes rouges.

L’objectif ne devrait pas être uniquement d’augmenter le nombre de têtes disponibles, mais de construire une filière performante : amélioration génétique des races locales, maîtrise de la reproduction, meilleure efficacité alimentaire, suivi sanitaire, développement de fermes d’engraissement modernes, modernisation des abattoirs, traçabilité, chaîne du froid et organisation de la distribution.

Autrement dit, nous devons passer d’une logique de volume à une logique de productivité.

Un cheptel performant n’est pas seulement un cheptel nombreux. C’est un cheptel capable de produire davantage, avec moins de pertes, moins de ressources consommées et une meilleure adaptation aux conditions climatiques nationales.

Mais cette ambition nous conduit immédiatement à une autre question : avec quelle ressource en eau allons-nous produire davantage ?

L’Algérie doit désormais intégrer la contrainte hydrique au cœur de toute politique agricole.

Nous ne pouvons pas concevoir l’avenir agricole uniquement en fonction des superficies disponibles. Il faut désormais raisonner en termes de rendement par hectare, mais également de rendement par mètre cube d’eau.

La priorité doit donc être donnée aux productions stratégiques, aux techniques d’irrigation économes, à la valorisation des eaux disponibles, à la recherche agronomique et au développement de solutions adaptées aux zones arides.

Dans cette perspective, le Sud algérien peut représenter un potentiel considérable. Mais son développement agricole doit être pensé scientifiquement : disponibilité de l’eau, énergie, choix des cultures, salinité des sols, technologies d’irrigation, infrastructures logistiques et compétences humaines doivent être étudiés simultanément.

La question n’est donc pas de savoir si nous devons produire partout.

La question est de savoir **où produire, quoi produire, avec quelles ressources et pour quel objectif stratégique.

La même logique doit être appliquée à l’élevage.

L’Algérie possède des ressources génétiques locales précieuses. Leur amélioration, leur conservation et leur valorisation peuvent constituer un véritable levier de souveraineté. La recherche doit accompagner les éleveurs afin de sélectionner progressivement des animaux plus fertiles, plus résistants, à croissance améliorée et mieux adaptés aux conditions nationales.

C’est ainsi que nous pourrons construire une filière capable de réduire progressivement sa dépendance extérieure.

La souveraineté alimentaire ne signifie pas nécessairement produire absolument tout localement, quelles que soient les conditions économiques ou naturelles.

Elle signifie surtout posséder la capacité de décider: savoir ce que nous devons produire, ce que nous pouvons produire, à quel coût, avec quelles ressources, et dans quelles situations l’importation demeure nécessaire.

L’Algérie a aujourd’hui l’opportunité de franchir une nouvelle étape.

Après avoir appris à sécuriser son marché, elle doit désormais apprendre à sécuriser sa capacité de production.

Car le véritable indicateur de notre sécurité alimentaire ne sera pas seulement la capacité à remplir les marchés aujourd’hui.

Il sera notre capacité à les remplir demain, par une production nationale compétitive, résiliente et durable.

La question n’est donc plus seulement : « Que devons-nous importer aujourd’hui ? »

Mais surtout :

« Que devons-nous commencer à produire dès aujourd’hui pour ne plus avoir à l’importer demain ? »

Par : Dr Amina SALHI – Alger

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