
Par : Mohammed CHOUAKI
Le dossier des biens mal acquis, longtemps enlisé dans les méandres de la coopération judiciaire Franco‑Algérienne, vient de franchir un seuil symbolique. L’Algérie a fait savoir qu’elle avait adressé une centaine de demandes d’entraide à la justice Française, visant à identifier, saisir et, le cas échéant, récupérer des avoirs soupçonnés de provenir de corruption ou de détournement d’argent public. Ces dossiers concernent surtout d’anciens Responsables et hommes d’affaires liés à l’ère Bouteflika, dont les patrimoines à l’étranger restent, pour l’opinion Algérienne, le symbole de décennies de gaspillage et de gangrénèrent du service public.
Pour Paris, ce chiffre – même approximatif – impose une nouvelle réalité : l’Algérie n’entend plus se contenter de simples promesses de coopération. La visite du Ministre Français de la Justice, Gérald Darmanin, à Alger a été l’occasion de reconnaître officiellement l’ampleur de ces demandes et de marquer une volonté de débloquer les dossiers en cours. Les autorités Françaises ont annoncé qu’elles entendaient désormais accorder une attention particulière à ces commissions rogatoires, ce qui se traduit, dans les faits, par davantage de contacts entre parquets, de communications sur les comptes bancaires, les propriétés et les sociétés écrans.
Derrière cette coordination technique se joue un enjeu politique délicat. Pour Alger, la réussite de ces procédures est un levier de légitimité : elle donne corps à la lutte anticorruption menée depuis 2019 et montre que la justice Algérienne peut aller au‑delà des frontières. Pour Paris, l’équilibre est plus flou : coopérer, c’est soutenir la souveraineté d’un État partenaire ; mais chaque saisie d’avoir implique des risques diplomatiques, des réactions des intéressés et des répercussions dans la Communauté Algérienne en France.
À ce stade, la véritable mesure du changement ne sera pas dans le nombre de demandes, mais dans le nombre de dossiers effectivement instruits, de biens réellement saisis et de fonds récupérés. Le dossier des biens mal acquis reste un terrain d’épreuve pour la Justice Française : peut‑elle, sans dérive ni complotisme, répondre aux attentes d’une société Algérienne avide de justice, tout en respectant les règles du droit et les garanties procédurales ? La prochaine étape, une réunion de coordination à Paris, devra trancher entre la rhétorique de la coopération et la réalité des procédures.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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