
Par : Mohammed CHOUAKI
Longue artère du centre-ville d’Oran, l’avenue Larbi-Tebessi (ex-Loubet, parfois évoquée sous l’ancien nom colonial de Lourmel) relie la place des Victoires au square du Souvenir (Bamako), en bord de mer. Ces dernières années, entre opérations de libération des trottoirs et retour progressif d’une vie culturelle et commerciale, elle retrouve une partie de l’âme qui avait marqué les générations des années 80-90, tout en s’ouvrant à l’énergie d’une jeunesse connectée et créative.
Une avenue structurante, héritière d’un urbanisme « à la Parisienne »
Conçue dans la logique d’un axe urbain inspiré du modèle Parisien, l’avenue Larbi-Tebessi se distingue par ses larges trottoirs, ses alignements d’arbres et sa perspective visuelle qui mène directement vers la mer. Elle articule deux espaces majeurs du centre-ville : la place des Victoires, avec ses arcades et ses squares, et le square du Souvenir, point de rencontre entre la ville et le front de mer.
Cette configuration en fait depuis des décennies un lieu de passage obligé, un décor de la vie quotidienne Oranaise, mais aussi un espace de représentation : défilés, rassemblements, flâneries du vendredi, photos de mariage, sorties en famille.
Nostalgie des années 80-90 : cinémas, cafés et premiers espaces de jeunesse

Pour les Oranais nés dans les années 70-80, l’avenue Larbi-Tebessi évoque d’abord une époque où le centre-ville battait au rythme des cinémas, des cafés et des librairies. Même si les grandes salles historiques se concentrent plutôt sur d’autres artères (comme la rue Larbi Ben M’hidi, ex-Leclerc, avec le cinéma Le Maghreb), l’avenue Tebessi faisait partie du même continuum urbain où l’on venait « voir du Monde », acheter un livre, prendre un café, attendre le bus ou simplement marcher jusqu’à la mer.
Dans les années 80-90, cette portion du centre était aussi un espace de socialisation pour les lycéens et étudiants : rendez-vous avant les cours, discussions interminables sur les trottoirs, premiers pas vers l’autonomie urbaine. Beaucoup se souviennent des vitrines, des kiosques à journaux, des petites échoppes qui ont depuis disparu ou changé de vocation.
2020-2026 : libération des trottoirs et retour d’un usage piéton
Au fil des ans, comme beaucoup d’axes du centre-ville, l’avenue Larbi-Tebessi a souffert de l’envahissement des trottoirs par le commerce informel, les stationnements anarchiques et une circulation dense. Ces dernières années, plusieurs opérations de « libération de l’espace public » y ont été menées, avec l’appui de la Sûreté de Wilaya et des services chargés de l’environnement et du cadre de vie.
Ces interventions visent à :
• Rendre les trottoirs aux piétons, en particulier aux personnes âgées, aux familles et aux personnes en situation de handicap ;
• Améliorer la fluidité de la circulation et la sécurité routière ;
• Redonner à l’avenue son rôle de promenade urbaine, et pas seulement de voie de transit.
Sur le terrain, cela se traduit par des trottoirs plus larges, des espaces de marche dégagés, et une présence piétonne plus visible, surtout en fin de journée et le week-end.
Une nouvelle jeunesse : cafés modernes, culture de rue et réseaux sociaux
Si la mémoire des années 80-90 reste vive, l’avenue Larbi-Tebessi accueille aujourd’hui une jeunesse différente, marquée par les réseaux sociaux, la culture visuelle et de nouveaux modes de consommation.
On y voit émerger :
• des cafés et snacks au design plus contemporain, fréquentés par des étudiants, des jeunes professionnels et des créateurs de contenu ;
• des espaces propices aux photos et vidéos pour Instagram, TikTok et Facebook, avec en arrière-plan l’architecture du centre et, au bout, la mer ;
• une vie nocturne plus visible, même si elle reste encadrée, avec des groupes de jeunes qui se retrouvent en soirée pour discuter, écouter de la musique sur leurs téléphones, ou simplement « être ensemble » dans l’espace public.
Cette énergie nouvelle cohabite, parfois de manière tendue, avec une population plus âgée attachée au calme et à la tranquillité de l’avenue telle qu’elle était dans leur jeunesse.
Entre patrimoine et modernité : quel avenir pour Larbi-Tebessi ?
L’avenue Larbi-Tebessi se trouve aujourd’hui à un carrefour symbolique :
• d’un côté, un patrimoine urbain et architectural qui raconte l’histoire d’Oran, de la période coloniale à l’indépendance, puis aux décennies de construction nationale ;
• de l’autre, une ville qui cherche à se moderniser, à attirer les jeunes, à offrir des espaces de culture, de loisirs et de création.
Plusieurs pistes pourraient renforcer cette
« âme culturelle » retrouvée :
• valoriser le patrimoine bâti (façades, balcons en fer forgé, alignements d’arbres) par des opérations de réhabilitation ;
• encourager l’implantation de petits lieux culturels (galeries, librairies, scènes ouvertes) le long de l’axe ;
• organiser des événements de rue (marchés éphémères, expositions en plein air, performances musicales) qui fassent de l’avenue un véritable boulevard culturel, et pas seulement un lieu de passage.
Portrait d’une avenue qui se réinvente
Avenue Larbi-Tebessi, le passant d’aujourd’hui croise encore des visages connus, des commerçants installés depuis des décennies, des familles qui viennent comme avant « faire un tour jusqu’à la mer ». Mais il découvre aussi de nouvelles enseignes, de nouvelles façons d’occuper l’espace, de nouvelles modes vestimentaires et musicales.
Entre nostalgie des années 80-90 et énergie de la jeunesse 2026, l’avenue ne revient pas simplement à ce qu’elle était : elle tente de retrouver son rôle de cœur battant d’Oran, en y intégrant les codes, les rêves et les contraintes d’une nouvelle génération.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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