
Par – Abdelkader REGUIG
La 11ᵉ conférence d’examen du Traité sur la Non‑Prolifération des armes nucléaires (TNP) s’est ouverte le lundi 27 avril 2026 au siège des Nations Unies à New York dans une atmosphère électrique. Dès les premières minutes des travaux, un affrontement diplomatique de premier plan a opposé les États‑Unis et leurs alliés à la République Islamique d’Iran, lorsque celle‑ci a été élue à l’un des 34 postes de vice‑Président de la conférence malgré la vive opposition de Washington. Ce scrutin, intervenant dans un contexte de guerre ouverte entre l’Iran, les États‑Unis et Israël, constitue un camouflet retentissant pour l’administration Américaine et révèle l’isolement croissant des États‑Unis sur la scène multilatérale.
Un scrutin acquis grâce au Mouvement des Non‑Alignés
L’élection de l’Iran n’est pas le fruit du hasard. Le poste a été attribué à Téhéran sur nomination du Mouvement des Non‑Alignés (NAM) , un bloc diplomatique qui rassemble 121 pays en développement, principalement en Afrique, en Asie et en Amérique Latine. Fort de ce large soutien, l’Iran a été désigné Vice‑Président avec l’aval de 121 nations, tandis que la Présidence de la conférence a été confiée au Vietnam, un proche allié de la Chine et de la Russie.
Le Président de la conférence, l’Ambassadeur Vietnamien Do Hùng Việt, a précisé que l’Iran avait été choisi par « le groupe des Non‑Alignés et autres États », conformément aux règles de procédure régissant ce rendez‑vous quinquennal. Le TNP, entré en vigueur en 1970, réunit 191 États parties qui se réunissent tous les cinq ans pour évaluer sa mise en œuvre.
Une condamnation en règle de la part des États‑Unis
L’annonce de l’élection Iranienne a immédiatement provoqué une réaction acerbe de la délégation Américaine. Christopher Yeaw, Secrétaire Adjoint au contrôle des armements et à la non‑prolifération, a déclaré devant l’assemblée que la sélection de Téhéran constituait « une insulte au traité » et « une honte absolue et un embarras pour la crédibilité de cette conférence ». Il a affirmé qu’« il est indiscutable que l’Iran a depuis longtemps démontré son mépris pour les engagements de non‑prolifération du TNP » et a accusé Téhéran de refuser de coopérer avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) pour lever les doutes sur son programme nucléaire. « Plutôt que de saisir cette conférence pour défendre l’intégrité du TNP et demander des comptes à l’Iran, nous élisons l’Iran au poste de Vice‑Président », a‑t‑il déploré.
Le représentant Américain a également exprimé la « profonde stupeur » de l’administration Trump de voir un pays accusé d’afficher du « mépris » pour le traité accéder à un poste de direction de la conférence.
Le soutien de quelques alliés… et la défense russe
La position Américaine a été relayée par un petit nombre d’alliés fidèles. L’Australie et les Émirats Arabes Unis se sont joints à Washington pour dénoncer la nomination Iranienne. Le Royaume‑Uni, la France et l’Allemagne – les trois puissances Européennes signataires de l’accord de Vienne sur le nucléaire Iranien (JCPOA) – ont pour leur part exprimé leur « profonde inquiétude », sans toutefois s’associer pleinement à la charge Américaine.
En revanche, la Russie a fermement pris la défense de l’Iran. Le représentant Russe a rejeté toute tentative de stigmatiser Téhéran, accusant les États‑Unis, le Royaume‑Uni, l’Australie et les Émirats Arabes Unis de mener des « attaques politiques » et de politiser la conférence dès son ouverture. Moscou a appelé toutes les délégations à exprimer leurs critiques dans le cadre du débat général plutôt que de s’opposer à la composition même du bureau de la conférence.
La riposte Iranienne : « hypocrisie Américaine »
Face aux accusations occidentales, Reza Najafi, Ambassadeur d’Iran auprès de l’AIEA à Vienne, a répliqué avec virulence. Il a catégoriquement rejeté les déclarations Américaines, les qualifiant de « sans fondement et politiquement motivées ».
L’argument central de la contre‑attaque Iranienne repose sur un rappel historique cinglant : les États‑Unis sont le seul pays à avoir jamais utilisé l’arme nucléaire, à Hiroshima et Nagasaki en 1945. « Il est indéfendable que les États‑Unis, en tant qu’unique État à avoir jamais utilisé des armes nucléaires, et celui qui continue d’étendre et de moderniser son arsenal nucléaire, cherchent à se poser en arbitre du respect des engagements », a‑t‑il lancé à la tribune. M. Najafi a également dénoncé les récentes frappes Américano‑Israéliennes contre les installations nucléaires pacifiques Iraniennes , visées pourtant placées sous garanties de l’AIEA ,en les qualifiant de « violation grave du droit international et d’assaut direct contre l’intégrité du régime mondial de non‑prolifération ».
Un contexte de guerre et un message politique fort
Cette confrontation diplomatique survient dans un contexte exceptionnellement tendu. Depuis le 28 février 2026, les États‑Unis et Israël sont militairement engagés aux côtés de l’Iran dans un conflit ouvert, qui a fait des milliers de morts et déstabilisé toute la région du Moyen‑Orient. Le Président Donald Trump a réitéré dès la veille de l’ouverture de la conférence que l’Iran ne pourrait jamais disposer de l’arme nucléaire.
Dans ce climat de guerre, l’élection de l’Iran à un poste de direction d’une conférence sur la Non‑Prolifération nucléaire revêt une dimension hautement symbolique. Pour Téhéran, cette nomination constitue un triomphe diplomatique historique et un désaveu de la stratégie d’isolement menée par Washington. Selon l’agence de presse Iranienne Press TV, « le fort soutien international à l’élection de l’Iran représente une nette victoire pour le multilatéralisme et une puissante rebuffade à l’hégémonie Américaine ».
Pour les États‑Unis et leurs alliés, c’est un échec cuisant : malgré des pressions diplomatiques exercées jusqu’à la dernière minute, ils n’ont pas réussi à faire barrage à la volonté de la majorité des 121 nations Non‑Alignées, illustrant un rapport de force défavorable sur la scène Onusienne.
Un mandat d’un mois, des enjeux bien plus larges
Le mandat de Vice‑Président, bien que d’une durée d’un mois (jusqu’au 22 mai), permet à l’Iran de siéger au bureau de la conférence et d’influencer le déroulement des travaux. Mais l’enjeu dépasse largement la dimension procédurale : il s’agit d’une bataille de légitimité entre, d’un côté, une puissance Occidentale qui entend maintenir la pression sur le programme nucléaire Iranien, et de l’autre, un pays qui revendique son droit inaliénable à l’énergie nucléaire civile tout en dénonçant « l’hypocrisie » de ses adversaires.
Le paradoxe est saisissant : l’Iran est élu à la direction d’une conférence sur la non‑prolifération au moment même où l’AIEA a estimé, dès 2025, que le pays ne coopérait pas pleinement sur la présence de matières nucléaires non déclarées sur son territoire. « Si un État partie peut ignorer ses obligations, saper la vérification, déstabiliser sa région, menacer les voies navigables internationales et être quand même élevé à un poste de direction dans ce processus, alors nous devons nous demander quel message cette conférence envoie », s’est interrogé le représentant des Émirats Arabes Unis.
Conclusion
L’élection de l’Iran à la Vice‑Présidence de la conférence d’examen du TNP n’est pas seulement un fait procédural : c’est le reflet d’un rapport de force international en profonde mutation. Le large soutien octroyé par 121 pays via le Mouvement des Non‑Alignés montre que la lecture Occidentale du dossier nucléaire Iranien n’est plus hégémonique. Dans une enceinte où se joue l’avenir du régime de non‑prolifération, cette nomination, survenue en pleine guerre entre l’Iran, les États‑Unis et Israël, marque un tournant symbolique lourd de sens pour l’équilibre diplomatique mondial.
Par : Abdelkader REGUIG – OranContact : orarexe@ gmail.com
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